9 Kislev 5781‎ | 25 novembre 2020

Alliance, extériorité ou intériorité ?

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Le terme hébraïque utilisé pour exprimer l’alliance – BRITH – est fondé sur la racine BAR qui exprime le DEHORS, l’extérieur, car l’alliance implique une relation de l’UN avec l’AUTRE, c’est-àdire une « sortie » de l’intérieur vers l’extérieur. En réalité, tout dialogue, toute conversation – quelle qu’elle soit – traduit un arrachement de la conscience de l’individu avec son locuteur, mais dans la racine envisagée ici, cet arrachement inclut un ACCORD, un souhait positif de maintenir ce lien. C’est la signification de l’Alliance entre le Tout-Puissant et le peuple d’Israël qu’il est essentiel d’approfondir.

Il convient de tenter de comprendre, de saisir la portée de cette alliance qui commence avec le patriarche Avraham Avinou. Si l’on envisage l’adresse de l’Eternel à Avraham, il apparaît que l’alliance se situe à trois niveaux tels qu’ils sont exprimés dans la Torah : alliance scellée dans le corps – c’est la brith milah –, alliance promettant la possession de la Terre d’Israël, et alliance incluant la promesse d’être « le peuple de l’Eternel », c’est-à-dire de recevoir la Torah. Ces trois dimensions, véritables termes de l’alliance – corps, terre, Loi – sont destinées à accompagner l’histoire du peuple. Une alliance engage, évidemment, les deux protagonistes de l’alliance : le Créateur et Israël. Si l’un des deux, à D. ne plaise, ne se conforme pas aux termes de l’alliance, elle devient caduque.

Cela signifie que le « dualisme » qui fonde les termes de l’alliance reste obligatoirement actuel tout au long de l’Histoire de l’humanité, depuis qu’au Mt Sinaï l’alliance avec Avraham fut confirmée. Le dialogue qui traduit la rencontre entre l’Un et le multiple est inscrit dans les lettres hébraïques : Bar – בר – est formé de la lettre 2 =) ב (et de la lettre 200 =) ר ; (à ce niveau déjà on peut lire la relation entre l’Etre essentiel, et le symbole du pluriel. Ces deux mêmes lettres qui, seules, expriment l’extériorité, sont les deux premières lettres des deux premiers mots de la Torah : ברא בראשית (Beréchith Bara). Elles représentent le double au niveau de l’unité et des centaines et ce sont également les deux premières lettres du terme qui traduit l’influx divin dans le monde : Berakhah – ברכה .Dans ce dernier mot, la lettre 20 =) כ – (qui exprime aussi le double au niveau des dizaines – s’ajoute aux deux autres lettres. Il y a ici, inscrit dans le fondement de l’alphabet hébraïque, une allusion évidente au deuxième partenaire de l’alliance, la Création. L’alliance avec Israël est spécifique, mais elle est également signifiante pour l’humanité entière. Avec la Création, un sens est donné. Cet arrachement de la divinité, qui s’extrait – כביכול ,pourrait-on dire – d’Elle-même pour être reconnue, célébrée par le créé, cet arrachement se traduit dans le passage du Singulier au Pluriel. Concrètement, cela s’exprime par la Berakhah – qui a une double signification, ou plutôt une double direction : du haut vers le bas, et du bas vers le haut : influx divin, venant d’en haut – expression de la Création, intériorité qui se révèle à l’extérieur, et, en sens contraire : « bénédiction » venant d’en bas vers le haut : reconnaissance venant de l’extérieur vers l’intériorité. Cette reconnaissance est la condition nécessaire au débordement de l’influx divin dans le monde. Ce dialogue est nécessaire pour la confirmation, l’assurance du maintien de l’alliance entre la communauté d’Israël et le Créateur. Le Roi Salomon a résumé ce dialogue de « אני לדודי ודודי לי » : remarquable façon – verset qui sert d’acrostiche à Eloul : « Je suis à mon bien-aimé et mon bien-aimé est à moi » (Chir Hachirim 6, 3). Dialogue, alliance dépendant de l’être créé, dépendant de nous, et alors se réalisera l’alliance et se répandra sur la créature la bénédiction divine.