22 Tevet 5780‎ | 19 janvier 2020

Il y a 90 ans, le terrible massacre de Hévron

 Il a été l’un des événements les plus traumatisants de l’histoire du peuple juif au 20e siècle et a marqué un véritable tournant dans la relation complexe entre Juifs et Arabes sur la Terre d’Israël avant la Shoah. En un chabbat noir, le 24 août 1929, 67 Juifs vont être sauvagement assassinés par des Arabes de Hévron et des environs. Un massacre qui sonnera le glas de l’une des plus anciennes communautés juives… Jusqu’à la reconquête de juin 67 et la restauration du quartier juif en 1980. Rappel historique.   

Lorsqu’au début du 20e siècle, les Arabes d’Eretz Israël assistent à l’arrivée massive des pionniers de la seconde alya, ils comprennent que cette terre est en passe de leur échapper. Cette appréhension s’accentue à l’approche de la fin de la Première Guerre Mondiale avec la conquête de la Palestine par les Britanniques et surtout la déclaration Balfour. L’attribution du Mandat Britannique sur la Palestine par la Société des Nations en 1920 va provoquer un regain de tension nationaliste chez les Arabes. Les premières émeutes éclatent la même année à Jérusalem et font une dizaine de morts juifs. Elles sont orchestrées par Hadj Amin El Husseini qui est alors l’un des principaux incitateurs musulmans. Peu après son arrivée en Palestine, le Haut-Commissaire britannique Herbert Samuel espère pouvoir apaiser la colère des Arabes en accordant à El Husseini, futur allié d’Hitler, le statut de Grand Mufti de Jérusalem. Ce sera là une grossière erreur d’appréciation puisqu’El Husseini rehaussé par la dimension religieuse de cette fonction, va multiplier les appels à la défense des lieux saints de l’Islam et va poursuivre son entreprise d’incitation.

En effet, El Husseini va profiter de son nouveau statut pour internationaliser un conflit jusque-là local ou régional. Il va être le premier leader arabe à appeler à la défense d’El Aksa, avec des messages haineux qui ressemblent singulièrement à ceux lancés à notre époque par les radicaux palestiniens. Un exemple : El Husseini va faire imprimer à des centaines de milliers d’exemplaires un photo-montage sur laquelle on voit le Mont du temple avec le Second Temple de Jérusalem à la place de la Mosquée d’Omar (Dôme du Rocher) avec un message clair et toujours d’actualité : « Les Juifs veulent s’emparer d’El Aksa ». Durant l’été 1929, et avec plus d’intensité dans la seconde moitié d’août, El Husseini va accentuer sa campagne d’incitation. Il va diffuser des informations mensongères aux Arabes de Hévron et de la localité voisine de ‘Ha’lhoul. Il leur fait croire qu’à Jérusalem, les Arabes sont massacrés par les Juifs et lance : « Le sang musulman coule comme des ruisseaux. Ô arabes, vengez ce sang ».

Il convient de souligner que jusque-là, les Arabes de Hévron étaient restés relativement calmes. Les émeutes de 1920 et 1921 avaient même totalement épargné la Cité des Patriarches et d’une manière générale, la communauté juive, l’une des plus anciennes au monde (voir notre encadré) et la communauté musulmane coexistaient dans une relative sérénité. Par ailleurs, les leaders de la communauté juive dont Eliezer Dan Slonim, appelé le Muhtar de Hévron, et fils du grand rabbin ashkénaze de la ville, appartenaient au Vieux Ychouv et n’avaient pas de bonnes relations avec les soldats de la Hagana. Depuis le 15 août, les émeutes arabes se développent à Jérusalem attisées par le Mufti. Les rumeurs de pogrom vont se répandre jusqu’à Hébron mais les leaders de la communauté juive refusent de sombrer dans la psychose. Lorsque le vendredi matin précédant le massacre (23 août), une patrouille de la Hagana conduite par Baroukh Katinka arrive à Hévron porteuse d’informations inquiétantes sur un pogrom arabe imminent, les leaders du Ychouv la renvoie en affirmant qu’ils connaissent bien les Arabes, qu’ils ne croient pas aux messages alarmistes de la Hagana et préfèrent faire confiance aux policiers britanniques. Même les deux grands rabbins de la ville, l’ashkénaze rav Yaacov Yossef Slonim et le Sépharade rav Haïm Ra’hamim Franco ne tiennent pas compte des mises en garde de certains notables arabes. Mais dans l’après-midi, une foule d’Arabes se presse devant la synagogue Avraham Avinou. Un émeutier poignarde à mort Chmouel Halevy Rosenholtz, un étudiant de la yéchiva de Hévron. Il sera le premier martyr de cette terrible journée.

Le lendemain matin, 24 août (18 Av), en plein chabbat, à l’heure de l’office du matin, les émeutiers arabes s’approchent des maisons du quartier juif de Hévron proche du Caveau des Patriarches. En quelques heures, les Arabes en transe, vont massacrer 67 Juifs soit plus d’un dixième de la population juive de la ville (environ 600 personnes) ! Les Britanniques sous la direction du commandant local du poste de police, seront quasiment inexistants et ils ne viendront pas en aide à la communauté juive. Lorsque le rav Slonim, le grand rabbin de Hévron les alerte et leur parle de massacre, les Britanniques se contentent de lui suggérer de rester chez lui. Par contre, et c’est probablement l’un des tournants les plus dramatiques de ces affrontements, les Britanniques vont, à la suite de ce massacre faire sortir l’intégralité de la communauté juive de la ville de Hévron et donc sanctionner les victimes sans pour autant s’en prendre aux assassins. De facto, ils vont déraciner la communauté qui veillait depuis plus de 2000 ans au repos éternel des patriarches. Il faudra attendre Pessa’h 1968 soit moins d’un an après la victoire éclair de la guerre des Six Jours pour que des Juifs conduits par le rav Levinger et par le rav Hanan Porat zal reviennent s’installer à Hévron et y passer le Séder de Pessa’h. Et ce n’est que douze ans plus tard à la suite d’un autre massacre : celui de 6 habitants juifs de Bet Hadassa, proche du Caveau des Patriarches que le gouvernement israélien de Menahem Begin décidera de restaurer le Quartier Juif et de le repeupler.

L’antique communauté juive de Hévron

La communauté juive de Hévron est considérée comme la plus ancienne d’Eretz Israël. Selon certaines sources, il y a toujours eu des Juifs à Hévron, depuis que le roi David en avait fait la capitale de son royaume, avant Jérusalem. Des documents attestent d’une présence juive au 13e siècle et d’un développement de la communauté qui fait suite au tremblement de terre ayant dévasté la ville sainte de Safed en 1837. Au milieu du 19e siècle, la communauté compte un millier d’âmes dont à peu près la moitié de Sépharades et l’autre moitié d’Ashkénazes. Au début du 20e siècle, le mouvement Habad-Loubavitch s’installe à Hévron après avoir acheté Bet Romano. En 1924, le rav Nathan Tsvi Finkel fondateur de la yéchiva de Slobodka crée à Hévron, la yéchiva Knesset Israël qui comptera au moment des émeutes 200 élèves ! Les communautés ashkénazes et sépharades cohabitent dans la cité mais ses membres ne se marient pas entre eux. Les Sépharades parlent l’arabe tandis que les Ashkénazes sont plus occidentalisés. Depuis le milieu du 19e siècle, la communauté ashkénaze est guidée par les rabbanim de la célèbre famille Slonim. Les deux communautés sépharades et ashkénazes, qui s’identifiaient à l’approche orthodoxe de l’ancien Ychouv étaient globalement hostiles au projet sioniste mais elles admettaient la légitimité de l’achat de terres par le mouvement sioniste.