9 Kislev 5781‎ | 25 novembre 2020

Une victoire électorale de la Droite passe par un solide jeu d’alliances

Israeli Minister of Interior Affairs and head of the Shas party Aryeh Deri at the campaign opening event of the "Shas Political party" in Bat Yam on February 10, 2019. Photo by Yehuda Haim/Flash90 *** Local Caption *** áçéøåú ôúéçú ÷îôééï áçéøåú ùØñ àøéä ãøòé

Il reste moins de deux semaines avant la clôture des listes électorales pour la 21ème Knesset et moins de deux mois avant la consultation électorale du 9 avril. Et force est de constater que plus l’on approche de ces deux échéances, plus une constatation s’impose : la droite israélienne, avec à sa tête Binyamine Nétanyaou, semble peu à peu prendre conscience que sa victoire que l’on considérait comme évidente il y a deux mois, est encore bien loin d’être assurée. En effet, si la coalition sortante veut pouvoir conserver le pouvoir au lendemain du scrutin d’avril, il faudra qu’elle se débarrasse de son surplus d’égo et qu’elle sache s’unir pour faire face à ce bloc de centre-gauche formé de Gantz et Lapid qui, contrairement à certaines estimations préalables, continue à totaliser plus de 30 mandats et pourrait bien terminer la campagne devant le Likoud. Ceci suscite une réflexion : au fur et à mesure que l’on approche de la date de clôture
des listes, le 21 février, il semble de plus en plus probable que, sauf changement de dernière minute, le Likoud ne s’alliera pas avec une autre formation de droite. Pour l’instant, ceux qui auraient pu naturellement composer avec le grand parti de Droite, en l’occurrence Moché Kahlon à
la tête de Koulanou et Avigdor Liberman comme chef de file d’Israël Betenou, restent persuadés qu’ils franchiront allègrement le seuil d’éligibilité qui est, rappelons-le, de 3,25 % des suffrages exprimés. Les instituts de sondage ne partagent pas tous leur appréciation mais qu’importe : pour eux, fusionner avec le Likoud de leur rival Nétanyaou est une humiliation si forte qu’ils ne sont pas prêts à l’endosser même si à la clé se profile un fauteuil de député et peut-être également de ministres. Sur ce front, même Nétanyaou a, paraît-il, renoncé à convaincre les deux chefs de file et il préfère se focaliser sur des alliances plus « traditionnelles au sens propre et au sens figuré du terme ». C’est la raison pour laquelle le Premier ministre a téléphoné, il y a quelques jours, au leader du Foyer Juif, le rav Rafi Peretz. Il lui a demandé de tout faire pour fusionner non seulement avec Ihoud Leoumi de Betzalel Smotrich, mais également avec les plus radicaux d’Otzma, ainsi qu’avec l’ex-ministre de l’Intérieur et ex-leader de Shass, Elie Ychaï. Et concrètement, après que les pourparlers ont volé en éclats, en début de semaine entre Foyer Juif et Ihoud Leoumi, Smotrich et le rav Peretz ont décidé de se soumettre aux pressions de leur électorat et ont repris leurs tractations. Mardi, le rav Peretz se déclarait très confiant et prédisait qu’au bout du compte, un accord entre ces deux composantes du sioniste religieux pourrait être conclu avant ce Chabbat. Mais ce n’est pas
tout. Au-delà de cet accord, Elie Ychaï, leader de Yahad, pourrait lui aussi fusionner avec le Foyer Juif et Ihoud Léoumi, ce qui pourrait permettre à ce bloc d’atteindre 7 à 8 députés. Il faut préciser qu’au sein de la mouvance sioniste religieuse, on conserve intact le souvenir de l’année 92 lorsque les
responsables du Parti National Religieux avaient provoqué d’eux-mêmes les élections législatives qui avaient abouti au retour de Rabin et de la gauche au pouvoir… Dans ces jeux d’alliances qui n’ont jamais paru aussi intenses que durant l’actuelle campagne électorale, il convient de s’attarder
sur le cas du parti Chas. Après plusieurs hésitations et après avoir soigneusement pesé le pour et le contre, le leader du parti orthodoxe sépharade et ministre de l’Intérieur, Arié Derhy, a annoncé qu’il n’accepterait pas d’union avec les Harédim du Judaïsme Unifié de la Torah parce qu’il craignait qu’une telle union ne masque le message identitaire spécifique du Chas. Il est donc peu probable qu’une alliance sépharade-ashkénaze n’intervienne dans le courant orthodoxe. Arié Derhy se dit
prêt à aller jusqu’au bout en solo et il table une fois de plus sur l’immense majorité des sondages qui ont toujours minimisé l’importance du soutien populaire dont bénéficie le parti orthodoxe. Au-delà de ces précieux calculs d’alliances, Binyamine Nétanyaou doit aussi prendre gare à ne pas démobiliser ses forces vives, après les primaires et la composition d’une liste relativement séduisante. En effet, depuis ces primaires, certains députés relégués à des rangs non réalistes de la Liste (au-delà de la 35ème place) expriment leur mécontentement d’autant plus qu’il s’agit de députés tels que David Bitan et Miki Zohar qui ont été, au cours des 4 dernières années, parmi les plus fidèles soutiens du Premier ministre. Leur
mécontentement est arrivé aux oreilles du Premier ministre qui a accepté, pour les apaiser, de renoncer à attribuer à un candidat de son choix privilégié la 21ème place dans la liste électorale du Likoud. Ce qui devrait permettre à Bitan et Zohar de revenir à un classement plus avantageux. Le
cas plus problématique est celui de Gidéon Saar qui est devenu littéralement la bête noire du Premier ministre. Son élection au 4ème rang dans la liste électorale du Likoud a prouvé que sa cote de popularité dans les instances du parti est demeurée intacte. Mais là, Mr Netanyaou n’est pas prêt à jeter l’éponge et il continue à critiquer ouvertement Saar, même au risque d’affaiblir le Likoud… Daniel Haïk