18 Adar I 5779‎ | 23 février 2019

Voir plus clair, avec le rav Lionel Cohn La femme, pilier du foyer juif

Les événements qui jalonnent le séjour du peuple d’Israël en Egypte sont entourés par l’intervention des femmes. Avant les souffrances de l’esclavage, les sages-femmes protègent la naissance des garçons, après la sortie d’Egypte et le passage de la Mer Rouge, Myriam entonne, avec les femmes, après Moché, le Cantique de la Mer Rouge. Ce fait symbolise déjà
l’importance du rôle des femmes d’après la Torah. Mais, en réalité, ce n’est pas qu’ici que le rôle essentiel de la femme juive est souligné. Sarah donne des conseils à Avraham Avinou, et l’Eternel dit à son mari : « Ecoute sa voix». Rivka exprime son accord, quand on lui demande si elle accepte d’aller épouser Its’hak. Comme mère de Yaakov, elle lui conseille d’aller
recevoir les bénédictions de Its’hak, et là aussi, avec son épouse, Its’hak conseille à Yaakov de partir chez Lavan. Enfin, avant de quitter Lavan, Yaakov prend conseil de ses femmes, Rahel et Léa, qui l’encouragent à partir. Le dernier épisode décrit dans la Torah avant l’entrée en Terre Sainte, est également effectué par des femmes : les filles de Tselof’had ont
demandé à recevoir leur part en Erets-Israël, et l’Eternel leur donne raison. Ainsi s’achève le livre de Bamidbar. Il suffit de rappeler le rôle de la prophétesse Dvora, de la reine Esther, ou encore l’importance de la prière de Hanna, la mère du prophète Chmouel, pour évoquer l’importance de l’action des femmes dans la perspective de la Torah. Prétendre que les femmes sont secondaires dans le judaïsme relève évidemment d’un faux procès. L’attitude décrite comme celle des 3 K – küche, cuisine, kinder, enfants, kirche, religion – cette attitude définie comme une preuve de l’infériorité du rôle de la femme, est au contraire sanctifiée dans le judaïsme par l’élévation spirituelle de ces trois objectifs. On connaît, évidemment, les trois mitsvot spécifiques de la femme juive : ‘Halla, Nida, et Hadlakat nerot chel Chabbat. L’importance de la « casherout », base du foyer juif, la préparation du chabbat, fondement de la présence divine dans la religion juive, et enfin les règles de la pureté familiale, ces trois éléments qui déterminent la construction de la famille juive, sont une preuve incontournable du rôle fondamental de la femme juive. Ce sont ces éléments qui, selon la Tradition, caractérisaient la tente de Sarah, puis celle de Rivka. Ils étaient signalés par la présence d’une nuée – symbole de pureté – au-dessus de leur tente. Comment le peuple juif, mêlé depuis 2000 ans aux divers peuples traversés durant l’exil, aurait-il pu maintenir sa spécificité, sans cet attachement concret et spirituel à la Tradition ?
Lorsque le Tout-Puissant a voulu préparer le peuple à recevoir les Dix Commandements, Il s’est adressé à Moché en ces termes : « Ainsi, tu parleras à la Maison de Yaakov, et tu diras aux Enfants d’Israël » (Chemot-
Exode 1,3). Les commentateurs expliquent le premier terme « maison » comme destiné aux femmes, alors que le deuxième terme s’adresse aux hommes. Priorité est accordée aux femmes, au jour de la Promulgation de la Torah ! Ce sont, en effet, elles qui doivent assurer la pureté de la « maison» juive. Il est évident qu’il ne saurait être question d’infériorité, mais d’égalité absolue. La Torah n’a pas attendu les « suffragettes » ou les mouvements féministes pour accorder une place primordiale aux femmes et aux mères responsables de la pérennité du peuple d’Israël. Leur influence a contribué à éviter l’assimilation et à maintenir la flamme du foyer juif. Comme on l’a écrit ailleurs, il est essentiel de relever que, dans la société permissive actuelle, les femmes ont un rôle fondamental, rempart contre une civilisation matérialiste, pilier d’un foyer harmonieux. Leur force est d’apposer sur les pulsions physiques le sceau du divin. Il leur revient d’accomplir le programme du Psalmiste : « כל כבודה בת מלך פנימה – l’honneur de la fille du Roi s’exprime dans l’intériorité » (Tehilim 5,14) (« Ouvrons les yeux » p. 87).