9 Kislev 5781‎ | 25 novembre 2020

Lorsque la raison et la foi se rencontrent, à qui la place ?

  

Mardi 4 décembre, une lettre manuscrite d’Albert Einstein, écrite un an avant sa mort, parlant de… D.ieu s’est vendue à New York à… 2,89 millions de Dollars ! Cela vaut bien la curiosité de connaître ce qu’elle contient. Nous, pratiquants et croyants sommes toujours curieux de savoir ce que des Hommes réputés pour leur grande intelligence et leur savoir, surtout s’ils étaient juifs, pensaient du sujet. Einstein était-il croyant ? Était-il (ne serait- ce qu’un peu) pratiquant ? Fréquentait- il une synagogue, a-t-il été enterré dans un cimetière juif ? La réponse est un peu compliquée. Car si pour un juif comme vous et moi, la croyance en D.ieu et la pratique religieuse font partie du même champ sémantique, pour Einstein, comme pour Spinoza, pas du tout ! Alors D.ieu existe, bien sûr ! Einstein a écrit à propos de D.ieu « Un esprit largement supérieur à celui de l’Homme, et en face duquel nous, avec nos modestes pouvoirs, devons-nous sentir humbles », mais la « religiosité », comme il appelle la pratique religieuse, non ! Le pont qui nous paraît évident entre la foi en D.ieu et l’accomplissement de ses commandements est rompu. Comment est-ce possible ? Comment peut-on vénérer D.ieu comme Einstein, être en extase devant la beauté de la
perfection de l’univers et ne pas pratiquer le Chabbat, ne pas prier, louer D.ieu ? Comment Spinoza qui a vécu sans pratiquer la Torah a pu mourir
avec ses derniers mots : « J’ai servi D.ieu selon les lumières qu’il m’a données… » Le Rav Chimchon Pinkous relève cette question existentielle par rapport à la Tefila. Il explique que la raison ne peut admettre une connexion entre D.ieu infini, illimité, maître de toutes les forces, et l’être humain, vulnérable, mortel, presqu’insignifiant. L’intelligence humaine ne peut concevoir que nous puissions parler avec D.ieu encore moins qu’il nous écoute. Job avait déjà dit : « il est impossible que D.ieu si haut si puissant soit conscient de mon existence et de ma souffrance ». Car aussi intelligent que soit l’Homme, son intelligence et sa raison sont limitées et les conclusions qu’il en tirera leur ressembleront. D.ieu n’a pas de limite, et les
règles qui régissent ce monde et tout ce que nous comprenons ne s’applique pas à Lui. Ainsi, si nous concevons la grandeur comme un détachement des petites choses, des détails, ceux-ci étant subordonnés par définition, la véritable Grandeur est d’être à la fois ici et là-bas, d’être partout à la fois, d’être près de chacun de nous, à vouloir le bien de chacun et sentant
la souffrance de chacun. David Hamelekh dans Tehilim décrit la grandeur de D.ieu ainsi : « Qui est comme D.ieu maître de toutes les forces, Assis tout en Haut et regarde tout en bas, (présent) au Ciel et sur la Terre ». En effet, la connexion est réelle ! Et le miracle se produit par Sa volonté. Car, si D.ieu est infini, illimité et maître de toutes les forces, il peut franchir cette embûche : se pencher vers nous et par là même nous donner la possibilité de se rapprocher de Lui. Venant de Lui, tout est possible. Tout est relatif ! Alors oui, notre entendement est limité, nous sommes mortels, mais n’avons-nous pas nous aussi une infime partie de cet infini ? Une partie de D.ieu lui-même ? Cette Nechama qu’il nous a insufflée afin   que nous ne soyons pas perdus ? Que nous puissions le retrouver malgré notre handicap? Mais pour cela, il faut être à son écoute au lieu de l’étouffer, il
faut la nourrir, la développer. Ainsi, tout est possible, l’infini se relie à l’infini et la connexion est non seulement possible mais surtout très puissante et très efficace ! Mais c’est là qu’entre en jeu le libre-arbitre
que nous avons de choisir notre chemin : écouter la raison et s’arrêter là,
ou suivre la voie intérieure, celle qui est directement reliée à D.ieu Car quel mérite y a-t-il de pratiquer les Mitsvot lorsque la raison l’ordonne ?Comment dans ce cas obtiendrons-nous notre place dans le monde futur dont le seul billet d’entrée est le libre choix du bien ?
Dommage pour Einstein, dommage d’être si près et si loin à la fois ! Palper D.ieu et le rejeter ! A quoi sert l’intelligence si elle mène l’homme à sa perte ? Si ses cendres sont éparpillées au vent selon sa volonté…