12 Kislev 5781‎ | 28 novembre 2020

Voir plus clair, par le rav Lionel Cohn Une hypocrisie internationale

Il ne saurait être question, par principe, d’adopter une attitude sceptique pour une réunion internationale de plus de 80 pays – venus célébrer à Paris le centenaire de la fin d’une guerre atroce – car, par principe, une telle réunion a un but pacifique et doit exprimer un désir d’éviter une nouvelle « tentative de suicide » d’une humanité déboussolée. La cérémonie qui s’est déroulée à Paris, d’abord à l’Arc de Triomphe, puis au Forum de la Paix, est, certes, un événement d’une ampleur exceptionnelle mais, par ailleurs, tant de questions restent posées que l’avenir ne semble pas tellement chargé d’espoir.
Pour quelqu’un qui veut observer le devenir historique de l’humanité, il convient de réfléchir, et de garder les yeux ouverts sur la perspective d’avenir de l’humanité.  Il est vrai que l’Europe qui a été le théâtre de tant de guerres fratricides semble s’être débarrassée de ses démons chauvinistes, ce qui n’empêche pas qu’à l’intérieur de chaque pays ressurgisse une tentative nationaliste et xénophobe. Mais, au-delà de la petite Europe, les conflits sont loin d’être apaisés, que ce soit en Afrique, en Asie, en Amérique du Sud. La liste est longue, et faut-il accepter le verdict du Secrétaire Général de l’O.N.U. qui prétend que la situation actuelle évoque un engrenage invisible qui a conduit aux guerres de 1914 et de 1940 ? Dépassons ici ce débat et tentons de refuser ce parallèle inquiétant, pour espérer voir un avenir moins angoissant. La Torah, la foi en une orientation de l’Histoire, demande à dépasser cette perspective. Il est certain que la globalisation, aujourd’hui, impose une vue beaucoup plus générale : un conflit international entraînerait une telle conflagration qu’il serait difficile d’en envisager les conséquences. L’apparente concorde manifestée à Paris cache une réalité plus profonde. La paix réelle ne peut être basée que sur une idéologie constructive. Les guerres de religion, comme les grandes guerres du 20ème siècle, les guerres de conquête, les guerres entre  pays voisins et rivaux, toutes ces guerres n’ont qu’une fixation : établir un nouvel ordre « matériel », c’est-à-dire augmenter l’influence de leur pays. De Gaulle disait des Soviétiques : « Ce ne sont pas des communistes, ils continuent l’orgueil russe ». Vladimir Poutine le confirme aujourd’hui. La Chine, théoriquement marxiste, ne cherche qu’à affirmer son impérialisme. Et les exemples abondent. D’après la perspective de la Torah, c’est le mal moral qu’il s’agit d’éliminer. Les frères de Dina poursuivent les habitants de Sichem pour l’agression de leur soeur : « Pourrionsnous, disent-ils à leur père, accepter que notre soeur soit traitée comme une fille de mauvaise vie ? » (Beréchit 34.31). C’est ainsi que se justifie l’élection d’Israël : création d’un peuple unique, témoin d’un D.ieu unique qui doit, par l’intermédiaire de Son peuple, bénir toutes les nations. « Par toi, est-il annoncé à Avraham, seront bénies toutes les familles de la terre » (Beréchit 12 : 3). D.ieu a confié à Israël la mission de garantir dans le monde la trace de la Transcendance. Non pas guerre de
conquête, ni guerre idéologique, mais témoignage de la Création. C’est cette mission spécifique que les nations du monde, hier symbolisées par l’impérialisme grec, traduite aujourd’hui par toutes les avancées technologiques vidées de toute valeur humaine, ne peuvent accepter. Le Temple de Jérusalem représente cette particularité, symbolisée par le terme de « hod- הוד » – spiritualité non concrétisée par la matière, par des idoles – et, pour cette raison, les Grecs ont voulu non pas « brûler » le Temple, mais le souiller, en y introduisant une statue. La réponse d’Israël à ce défi des nations est la petite lumière de ‘Hanoucca, car le feu s’oppose à la loi de la pesanteur – du bas vers le haut – et traduit une dimension différente. Mais cette dimension implique une responsabilité cosmique, un devoir exigeant, car le particularisme d’Israël a une vocation universelle : nullement dominer, mais éclairer. Face à une hypocrisie des nations qui ne semblent vouloir s’unir que pour satisfaire des jouissances matérielles, le rôle d’Israël  doit être de porter le témoignage du Créateur dans la création. Il ne s’agit certes pas de minimiser le rôle des O.N.G. (Organisations Non Gouvernementales) qui tentent quelquefois d’introduire une dimension humaine dans les démêlés politiques, mais leur influence reste cependant marginale. Le rôle, l’effort de la spiritualité juive, est une tâche, un devoir difficile, mais il s’agit ainsi d’affirmer le but réel de la Création, témoigner dans l’univers de la présence de
l’Eternel.