12 Kislev 5781‎ | 28 novembre 2020

El Al ou la haine des orthodoxes ?

Rabbi Avraham Shlomo Finzel and ultra orthodox jews protest against El Al airlines, outside the company offices at Ben Gurion airport near Tel Aviv on November 25, 2018. Photo by Avi Dishi/Flash90 *** Local Caption *** áï âåøéåï çøãé çøãéí àìéîåú îùøãéí äôâðä àì òì îôâéï ôâéðéí ðâã çáøä èéñä àáøäí ùìîä ôéðæì

Après le scandale provoqué par l’attitude d’El Al durant le vol de New York à Tel Aviv du 16 novembre qui a failli transgresser Chabbat, Haguesher vous propose de découvrir l’éditorial indigné d’un journaliste israélien religieux Kalman Liebskind paru vendredi dernier dans le Maariv, face aux accusations mensongères de la compagnie aérienne israélienne :

L’histoire de ce vol El Al 002, New York-Tel-Aviv aurait pu se terminer par de simples excuses d’El Al à ses clients. Au lieu de cela, c’est devenue une affaire nationale qui suscite de nombreuses réactions. La situation était pourtant d’une clarté absolue : d’un côté, un client qui a acheté un billet et que la compagnie s’est engagée à ramener chez lui avant Chabbat, et de l’autre, une compagnie aérienne, puissante qui n’a pas tenu ses engagements. Dans ce genre d’histoire, la presse a toujours tendance à prendre parti pour le simple client face au géant commercial. Pourtant dans le cas précis, l’exception confirme la règle. Car plus que les puissants, nous aimons détester une autre catégorie de personnes :
les orthodoxes. Alors que le responsable de cette affaire, la compagnie El Al, aurait dû se trouver naturellement sur le banc des accusés, une guerre des versions s’est engagée, et la riche compagnie a réussi à se poser en victime de ce « conflit ». Pourtant les faits ne sauraient être plus clairs : alors que tous les clients étaient à l’heure pour l’embarquement du vol, ce sont les hôtesses de l’air, en retard de plusieurs heures, qui ont empêché le départ de l’avion à l’heure prévue. Pas de doute que tous les prétextes invoqués d’une météo capricieuse, d’embouteillages monstres dus à la neige, les ayant empêchées d’arriver à temps à l’aéroport, ne sont absolument pas avérés. Pas de doute non plus, que le pilote a menti aux passagers en affirmant que l’avion arriverait à temps en Israël, alors que ces voyageurs étaient prêts à rester à New York à leurs frais pour ne pas risquer de transgresser chabbat. Pas de doute non plus sur le fait qu’il ne leur a dit la vérité qu’une fois que le vol avait décollé. Mais ce n’est pas tout : lorsqu’il est devenu évident que l’avion devrait se poser à Athènes pour ne pas transgresser le chabbat, El Al ne s’est pas organisée pour qu’il y ait assez de nourriture pour tous, ni d’endroit où passer la nuit pour tout le monde. De facto des passagers qui ne se connaissaient pas ont dû partager une
même chambre dans un hôtel aux abords de l’aéroport d’Athènes. En temps normal, El Al aurait été clouée au pilori pour bien moins que cela et des têtes seraient tombées à la direction. Mais les choses ont
pris une tout autre tournure lorsqu’El Al a saisi l’opportunité de stigmatiser une fois de plus la population orthodoxe. Au lieu d’endosser son erreur, El Al l’a rejetée sur des passagers orthodoxes sous prétexte que l’un d’eux aurait levé la voix sur les hôtesses de la compagnie. D’un seul coup,
tous les orthodoxes du vol sont ainsi devenus les dindons de la farce. Et voilà comment au lieu d’insister sur la manière dont El Al a laissé des clients qui avaient payé des milliers de shekels, sans vêtements de rechange pendant trois jours, la compagnie aérienne israélienne a monté en épingle cette histoire d’orthodoxes perturbateurs ? Dans la plupart des cas de ce genre, El Al aurait convoqué une conférence de presse afin de s’excuser auprès des voyageurs pour le désagrément subi. Elle aurait trouvé comment les indemniser et se serait engagée à ce que cela n’arrive plus. Ici, El Al n’a même pas cru bon de présenter des excuses parce qu’il s’agit d’orthodoxes ! La haine dirigée contre ce public est un constat amer et il faut bien avouer qu’ils sont les seuls à attiser autant de haine et contre lesquels on se permet l’inacceptable. Au moindre incident, ils sont aussitôt  tous mis dans le même sac, comme s’ils étaient tous les mêmes, un seul bloc. Imaginez faire la même chose avec tout autre groupe de population, qui serait stigmatisé dans son ensemble, comme un seul homme. Les orthodoxes ne font pas l’armée et ne contribuent pas à la société, ils profitent de tous les budgets, alors rien de grave à ce qu’ils reçoivent une petite claque de temps en temps. Le dimanche suivant le vol, le directeur adjoint des opérations d’El Al, a été interviewé à la radio. Il a admis que lorsque l’avion était dans la file d’attente pour le décollage, il était clair que l’avion arriverait à l’aéroport à Tel Aviv, treize minutes avant l’entrée de Chabbat, ce qui impliquait forcément une transgression puisque personne ne pouvait atteindre son lieu d’habitation dans ce laps de temps. Le directeur s’est embourbé en soumettant des solutions telles que la possibilité de dormir à l’aéroport, ou encore d’arriver dans la ville de Kfar Habad, une ville où il suffit de toquer à une porte pour trouver un lit et un repas ! Après tout entre orthodoxes, pas besoin de se connaître ou d’être de la même famille pour s’accueillir l’un l’autre, tous les orthodoxes se valent ! Le soir, les médias titraient : « Troubles sur un vol El Al » assortis du témoignage de l’une des voyageuses qui décrivait l’agressivité des orthodoxes et des citations des propos des hôtesses de l’air publiées sur leur compte Facebook. Puis vinrent ceux d’une autre femme qui se plaignait d’avoir été insultée et menacée après avoir posté sur les réseaux sociaux une réflexion contre les orthodoxes, alors que le directeur adjoint du service commercial s’engageait à agir « avec détermination et sans compromis contre ces voyageurs violents. » Une fois que tout le monde avait compris qui étaient les bons et qui étaient les méchants, les médias ont ajouté que les orthodoxes avaient une autre version de l’histoire, avançant qu’ils voulaient descendre de l’avion avant le décollage et qu’ils n’ont fait usage d’aucune violence. Un journaliste qui était à bord de l’avion a, par la suite, pris la défense des voyageurs orthodoxes, mais il était déjà trop tard, le mal était fait. Le directeur adjoint d’El Al a conclu son interview en affirmant que son « équipe avait fait face aux incidents de façon ferme et sensible ». L’attitude d’El Al et son annonce selon laquelle « la compagnie ne tombera pas dans le piège d’un discours discriminatoire », apparaît comme des plus cyniques, à l’instar de la déclaration du directeur d’El Al : « nous avons été entraînés, malgré nous, dans un dialogue de division, et d’échange d’accusations les uns contre les autres, entre un public et un autre, et c’est quelque chose qui va à l’encontre de tous nos principes et nos valeurs. » Au-delà du traitement de cette affaire par les médias, El Al devrait se poser des questions et présenter des excuses à ses clients. Pas seulement pour ce vol, mais aussi et surtout, pour le profit qu’elle a tiré de toute cette boue jetée sur le public orthodoxe.
Kalman Lieskind