17 Tishri 5782‎ | 23 septembre 2021

Entretien avec Rav El’hanan Grossbaum

Haguesher: Vous avez été le principal instigateur du voyage en France du Roch Yéchiva de ‘Hévron et vous avez eu le privilège d’être son accompagnateur, pourriez-vous nous expliquer en quoi êtes-vous liés à l’action entreprise par la section francophone du Igoud Bné Hayéchivot ?
Rav Grossbaum: Tout d’abord, en tant que responsable de la branche de Lev Léa’him de Jérusalem, j’ai été conduit à connaître les Olim de France et à me rapprocher d’eux afin de pouvoir les aider, notamment pour l’inscription des enfants dans les écoles, l’orientation des jeunes dans les Yéchivot… Parallèlement,  en tant que membre de la direction du Igoud Bné Hayéchivot d’Erets-Israël, j’ai pris conscience de la nécessité d’ouvrir une section similaire destinée à encadrer les ba’hourim francophones qui habitent en Israël et qui étudient dans les Yéchivot israéliennes. L’idée a ainsi été lancée… Puis, suite à mon voyage en France l’an dernier lors duquel j’ai rencontré les Raché Yéchivot de la région parisienne, dont Rav Its’hak Kats Chlita et Rav Yéhouda Tolédano Chlita, notre projet s’est étendu à un plus vaste public : il vise à encadrer également ces centaines de ba’hourim français qui quittent le cocon familial pour venir étudier dans les Yéchivot israéliennes. L’an dernier, la section francophone du Igoud Bné Hayéchivot a ouvert ses portes et les responsables, Rav Gamliel Sebbag et Rav Réfaéli Chama, se sont rapidement investis pour mettre en place une équipe d’Avrékhim qui encadrent les jeunes de France et organisent rencontres et activités, à leur attention. Dans ce même élan d’action tournée vers les ba’hourim français, j’ai proposé au Rav David Cohen Chlita d’entreprendre ce voyage en France
pour renforcer les ba’hourim… et cette fois, hors du cadre de leur Yéchiva… en venant
à leur rencontre, tout près de chez eux ! Certes, le Rav David Cohen Chlita dirige
la Yéchiva de ‘Hévron mais est-t-il informé de la situation des ba’hourim en général dans l’ensemble des Yéchivot et plus particulièrement, des défis spécifiques que doivent relever les ba’hourim de France ?
Absolument. En réalité, le Igoud Bné Hayéchivot est directement placé sous sa direction et il en est de même pour la section francophone de cet organisme : les responsables et les délégués suivent ses conseils et ses recommandations. Aucune décision n’est prise sans le consentement du Rav David Cohen Chlita qui suit de près, et jusqu’aux moindres petits détails, toutes les activités du Igoud Bné Hayéchivot. Lors de ce voyage en France, le Rav a découvert le tissu communautaire français dans toute sa diversité, qu’a-til pu constater comme caractéristiques propres au judaïsme français ?
Tout d’abord, à l’inverse de ce que nous trouvons aux Etats- Unis ou en Angleterre, il n’y a pas de grand Makom Torah qui regroupe un nombre important d’Avrékhim ou une grande Yéchiva telle que Lakewood ou Gateshead qui réunisse uniquement des Bné-Torah. En France, il y a ce cachet particulier où sur le même banc de la synagogue, des Juifs d’horizons divers prient côte à côte : un Juif à peine Chomer Chabbat, près d’un autre qui soit profondément engagé dans la pratique des Mitsvot qui prient à
côté du Ba’hour Yéchiva ou d’un Talmid ‘Hakham. Autre qualité remarquable des Juifs de France : il est extraordinaire de constater le respect voué à la Torah et le Kavod accordé aux Talmidé ‘Hakhamim de la part de l’ensemble du public. A peine un Rav entre t-il dans une synagogue qu’une foule s’attroupe autour de lui pour lui poser une question, demander un conseil, une bénédiction… Aussi, à travers ces différents cours et rassemblements organisés dans les villes de France, l’on a pu réaliser qu’il y avait,
somme toute, un public important de Bné- Torah dispersé dans les 4 coins de l’Hexagone… même s’il serait difficile de le chiffrer précisément… Qui aurait pensé qu’il y a, actuellement, près de 90 Ba’hourim strasbourgeois dans les Yéchivot Guedolot ! Et, pour l’ensemble des jeunes français, ils sont près de 350 à fréquenter les Yéchivot Ketanot et environ 900, Bli Ayin Hara, à avoir effectué ce noble choix, à savoir, d’intégrer une Yéchiva, après leur cursus scolaire. Pour le Rav Cohen Chlita, il n’y a aucun doute que ces jeunes français, déterminés à progresser et motivés à étudier sérieusement peuvent aisément s’adapter au monde des Yéchivot. Quel a été le moment fort de ce séjour ?
Il me semble qu’on ne pourrait décrire par de simples mots, l’émotion et l’ambiance particulière de joie et d’A’hdout vécue tant par le Rav que par l’ensemble de l’assistance au moment où le Roch Yéchiva est descendu de l’estrade pour se joindre aux chants et aux danses des Ba’hourim pendant près d’une demi-heure lors du grand Kinouss organisé à Paris. Un tel événement a permis à chaque ba’hour de se sentir fier d’appartenir à ce merveilleux Olam Hatorah, d’être heureux de faire partie de « quelque chose de si beau et si grand » et… s’armer d’énergie positive avant d’entamer le « Zman ‘Horef ». Concrètement, qu’est-ce que le Rav David Cohen Chlita a mis en place comme projet ou programme pour les ba’hourim de France ?
Ses directives ont été très claires, elles pourraient se résumer en trois points essentiels.
En premier lieu, il a invité les responsables des « Yéchivot Ben Hazemanim » de France à proposer
un réel programme aux Ba’hourim lorsqu’ils rentrent chez eux pour les vacances. Il leur a suggéré de prévoir, aux côtés des heures d’étude, des activités récréatives, sorties et soirées musicales afin de créer une véritable structure qui réponde aux besoins des jeunes et leur évite d’être livrés à eux-mêmes. Ensuite, il a demandé aux Rabbanim et responsables communautaires de valoriser les ba’hourim, lors de leur retour en France : leur offrir une montée à la Torah, leur donner l’opportunité de faire un Dvar Torah en public, de donner cours aux plus jeunes ou encore… de prendre part activement au sein des activités communautaires… voici quelques exemples qui leur seraient fort bénéfiques. Dernier point et bonne nouvelle pour les familles de France : Rav David Cohen s’est engagé à intervenir personnellement pour aider les adolescents des Yéchivot Ketanot de France à intégrer une Yéchiva Guedola qui soit compatible au niveau et au profil de chacun. Pour ce faire, le Rav sera en contact avec les directeurs
des Yéchivot Ketanot de France aussi bien qu’avec ceux des Yéchivot Guedolot d’Israël pour suivre l’inscription mais aussi veiller à la bonne intégration des ba’hourim pour qu’ils soient épanouis à la Yéchiva. Pour conclure, comment envisagez-vous poursuivre et renforcer votre action auprès des francophones d’Israël ? Grâce à mon expérience acquise au sein de Lev Léa’him, et plus récemment par le biais de la section francophone du Igoud Bné Hayéchivot, je connais bien le public francophone.
Désigné 5e membre de la liste de Déguel Hatorah, je compte poursuivre l’action entamée par l’adjoint au maire Its’hak Pindrus, je serai en charge des requêtes des Français de Jérusalem pour répondre favorablement à leurs besoins et à leurs attentes… Au plaisir de me tenir à votre écoute !
Haguesher vous souhaite beaucoup d’Hatsla’ha dans votre futur parcours !
Propos recueillis par YOKHEVED LEVY