12 Kislev 5781‎ | 28 novembre 2020

VOIR PLUS CLAIR AVEC LE RAV LIONEL COHN Une inquiétude lancinante

A passerby walks in front of posters for the forthcoming COP21 World Climate Summit in Paris, France, November 2, 2015. The upcoming conference of the 2015 United Nations Framework Convention on Climate Change (COP21) will start in Paris on November 30, 2015. REUTERS/Philippe Wojazer - PM1EBB20WYB01

Dans cette période qui va des Yamim Noraïm à Souccot, d’une édification spirituelle à la construction matérielle, de la fin de l’été au début de l’automne, d’une introspection réfléchie à une expansion
joyeuse, dans cette période qui, pour le fidèle à la Torah, doit traduire une harmonie apaisante à la veille de l’hiver, il semble qu’une certaine morosité, de plus en plus inquiétante, gagne l’atmosphère ambiante
de la planète. Au-delà de la défiance universelle face à un Donald Trump, toujours imprévisible, l’Europe semble plus divisée que jamais dans cette guerre sourde entre les valeurs occidentales et la poussée islamiste de plus en plus envahissante. Entre temps, Poutine fait avancer ses pions dans un Moyen-Orient instable, et l’Iran promet une destruction d’Israël. La Chine assure son hégémonie économique dans le monde, et l’imbroglio coréen ne semble pas proche d’être résolu. L’on pourrait continuer la liste des conflits régionaux, au Nicaragua comme en Birmanie, par exemple.                                            Comment réfléchir à cette litanie des difficultés planétaires ? On sait qu’à la fête de Souccot, à l’époque du Temple, on offrait comme sacrifices 98 agneaux – 14 pour chacun des 7 jours de la fête – et on offrait en plus 70 taureaux de façon dégressive (13 le premier jour, jusqu’à 7 le septième jour).                            Les commentaires rabbiniques expliquent qu’il y a là une allusion symbolique aux 70 nations du monde qui vont diminuer progressivement. Le but de ces sacrifices est d’obtenir une expiation pour les fautes des nations. Les Hazal ajoutent que si les nations savaient l’importance, pour eux, du Temple de Jérusalem, ils le protègeraient au lieu de le détruire. Cela mérite une réflexion : en une période où l’humanité semble s’enfoncer de plus en plus dans une sorte de dépression angoissante, la Torah nous délivre un message d’espoir. Il y a un lien entre le désespoir actuel et le message d’Israël. Que signifie
ici le terme d’expiation ? Les nations – « unies ou désunies » ! – ont du mal à retrouver un facteur d’unification, car chacune est liée à ses intérêts particuliers. Il s’agit ici d’un processus fondamental. Il est naturel que chacun veuille défendre ses intérêts particuliers, mais ce que la Torah recommande, c’est de « dépasser » le MOI pour tendre à l’universel. C’est ici le sens d’un « sacrifice ». On sait que cette idée de sacrifice n’apparaît guère à l’époque moderne, mais ce qu’elle implique est essentiel pour la construction de l’humanité. La globalisation actuelle pourrait, et peut être devrait, être une étape vers l’unification de l’humanité mais elle risque aussi d’être un danger : un savant contemporain,                Paul Ehrlich – célèbre biologiste membre du Département de Biologie d’une université de Californie
– s’inquiète d’un effondrement total de la civilisation actuelle. Des civilisations marginales ont disparu, mais le danger actuel provient du fait de la dimension globale de la société moderne.         L’effondrement, écrit-il, peut provenir d’un appauvrissement brutal des populations, ou d’une violence généralisée (voir « Le Monde » 9/2/13).  C’est assurément le danger qui guette la civilisation contemporaine, si elle ne fait pas l’effort du sacrifice pour découvrir un projet unifiant l’humanité. Il ne s’agit pas d’une utopie écologiste qui ne peut réellement alimenter l’espoir nécessaire. L’inquiétude lancinante actuelle ne pourra se dissiper que si, prenant conscience de ce danger, les nations cherchent à retrouver une difficile harmonie. Il y a lieu d’espérer que les obstacles actuels annoncent l’époque messianique. Dans son livre « Vers l’Harmonie », le Rav Elie Munk affirme craindre un effondrement de la civilisation matérialiste technique provoqué par
la puissance destructrice « terrifiante des engins de guerre », mais, affirme-t-il selon
la Torah, au lieu d’alimenter une angoisse
existentielle, cela doit prouver l’avènement
prochain d’une ère nouvelle où l’humanité
s’unira dans la foi en une orientation divine
de l’Histoire.