29 Nisan 5781‎ | 11 avril 2021

Pour leur avenir, les Juifs de Perpignan voient grand

L’inauguration du nouveau centre communautaire de deux mille mètres carrés et de sa synagogue, le 20 juin, marque pour le président Daniel Halimi un « redéploiement » et le gage d’un dynamisme renforcé.

« Un redéploiement » : c’est ainsi que Daniel Halimi, président de la communauté de Perpignan (Pyrénées-Orientales) depuis 2004, qualifie l’ouverture en ce mois de juin de l’Espace Hameïri, nouveau centre culturel doté d’une synagogue en plein centre-ville et de… deux mille mètres carrés. Excusez du peu pour à peine sept cents familles juives dans l’agglomération. Mais la vocation du bâtiment est d’intéresser l’ensemble de la population aux différentes facettes du judaïsme et de son histoire – millénaire dans la région !
Rappelons qu’Hameïri fut l’un des principaux commentateurs du Talmud dans l’Europe médiévale. Il vécut dans cette partie nord de la Catalogne au 13e siècle de l’ère commune. Son œuvre la plus célèbre demeure le Beth Habe’hira (« Maison de l’élection »).
L’inauguration du centre s’est déroulée ce 20 juin en fin d’après-midi en présence du grand rabbin de France, Haïm Korsia, du président du Consistoire, Joël Mergui, du préfet et de nombreux élus – à commencer bien sûr par le maire, Jean-Marc Pujol, à la tête d’une municipalité de droite.
De quel « redéploiement » s’agit-il ? Eh bien, à Perpignan, la démographie juive reste stable. La communauté accueille même chaque année quelques jeunes couples et des retraités parisiens en mal de soleil. « Non seulement la kehila n’est pas moribonde, contrairement à ce qui prévaut souvent en province, mais de plus il y a beaucoup d’emplois à pourvoir dans le tourisme, la production agro-alimentaire, etc. On dit que la ville est gangrenée par le chômage : c’est un mythe, on peut trouver un travail intéressant ici à condition de s’adapter aux demandes du marché. Et la douceur de vivre dont nous bénéficions, elle, n’est pas une légende », proclame Daniel Halimi, qui n’a pas sa langue dans la poche.
Bref, la communauté, emmenée sur le plan cultuel par le ravMordekhaï Bensoussan, veut se développer à travers l’Espace Hameïri sans perdre ce qu’elle possède déjà : le centre du quartier du Moulin-à-Vent. Six cents mètres carrés où les événements festifs, sedarim collectifs et d’autres manifestations continueront d’être organisés. Il comprend en outre un mikvé pour hommes et femmes.
En revanche, la synagogue du quartier Saint-Mathieu, décrépie, datant des années 60 et dont l’environnement social s’est dégradé, n’est plus en activité depuis fin mai. La nouvelle, celle dont rêve le président, pourra accueillir trois cents personnes et se trouvera au deuxième étage de l’Espace Hameïri. Les travaux sont en cours et leur avancement dépendra… du budget. Mais une ouverture semble probable à l’horizon 2020.
En attendant, on prie au sous-sol : une salle provisoire de cent places, bien équipée, est opérationnelle. On compte entre soixante-dix et quatre-vingts fidèles le Chabbat matin. Le talmud Torah (avec une trentaine d’inscrits) est d’ores et déjà installé ici, et des salles de conférences et de réceptions sont quasi-achevées. A terme, une boucherie et une épicerie casher devraient voir le jour au même endroit.
« A Hameïri, tout est moderne, ultra-sécurisé, il y a une cour agréable pour les enfants car nous sommes dans une ancienne école désaffectée, qui sera au final entièrement restaurée : le gage d’un dynamisme renouvelé pour le judaïsme catalan ! », se réjouit par anticipation Daniel Halimi.

Axel Gantz