9 Kislev 5781‎ | 25 novembre 2020

Bientôt la fin du tunnel pour les Juifs de Belleville ?

Le rav Israël Altabé, du mouvement ‘Habad-Loubavitch, a pris en charge lacommunauté marocaine du 11e arrondissement de Paris, il y a moins d’un an, peu après l’assassinat de Sarah Attal-Halimi zal qui résidait quelques mètres plus loin. Il témoigne pour Haguesher. La famille Altabé est peut-être unique en France ! Le rav Israël Altabé est chalia’h ‘Habad et ses cinq frères… aussi ! Ils exercent à Nice, Marseille, Saint-Raphaël, Domont (dans le Val-d’Oise) et dans le 12e arrondissement de Paris. Quant à Israël, âgé de trente ans seulement, il a été nommé l’été dernier rabbin de la communauté « Or David », rue du Moulin Joly, dans le 11e arrondissement. Il est d’origine turque (son père était mohel) et Loubavitch. Pourtant, il a été choisi et est apprécié par les membres de cette kehila parce qu’il n’a pas changé le rite d’un iota, ou plutôt d’un yod, mais surtout parce que son dynamisme s’est déjà propagé à l’ensemble du quartier. On est ici en plein cœur de Belleville, haut lieu historique du judaïsme parisien depuis l’arrivée des Polonais, dans les années 20, puis des séfarades – notamment constantinois – après la décolonisation. La choule est installée dans les locaux de l’école Ozar Hatorah. Avant sa nomination, le rav Altabé s’occupait beaucoup des jeunes de la communauté, ce qui a accéléré la décision du conseil d’administration de pérenniser sa fonction au sein de la synagogue. Dépourvue de rabbin pendant deux ans, elle était animée auparavant par le rav Asher Amar et a été fondée par le rav David Bouskila, qui a laissé une trace indélébile dans ce secteur de la capitale avant de réaliser son alya il y a environ une décennie. Des habitués du kahal l’ont d’ailleurs suivi en Eretz et le minyan a décliné peu à peu : aujourd’hui, on dénombre une cinquantaine de fidèles le Chabbat matin contre cent vingt à cent cinquante en 2008. « Belleville s’est métamorphosée, rapporte le rav Altabé. Il y a encore quelques commerces et deux restaurants casher, mais les départs ont été massifs. Comme dans d’autres quartiers populaires, les Juifs ont pris les voiles. Certains pour Israël, la plupart pour l’ouest parisien, les alentours du bois de Vincennes ou pour des communes de banlieue réputées tranquilles. Ici, le foncier est rare et cher et les trafics pullulent ». Maghrébins, Africains, Asiatiques… : les immigrés sont nombreux et les relations interethniques nettement moins apaisées qu’autrefois. Les jeunes couples hésitent à s’installer dans les environs : ils craignent que leurs enfants ne soient pris à partie. Et puis, il y a eu la terrible affaire Sarah Attal-Halimi zal, qui habitait à deux pas d’« Or David », rue Vaucouleurs. Son assassinat, en avril 2017, a marqué si fortement les esprits que certaines femmes hésitaient carrément, dans les mois qui ont suivi, à sortir de chez elles. Il faut se souvenir en outre que les attentats de novembre 2015 se sont produits en particulier dans le 11e, au Bataclan et dans les rues avoisinantes. A telle enseigne que plus rien n’étonne les Juifs bellevillois : ils ont été choqués par le meurtre récent de Mireille Knoll zal dans les conditions barbares que l’on sait, entre le cimetière du Père-Lachaise et la place de la Nation, mais… surpris ? Pas vraiment. Pourtant, le tableau n’est pas si désespérant. Loin de là ! Si le malaise est palpable, les actes et incivilités antisémites sont rares et même rarissimes dans le quartier. L’é
tablissement Ozar Hatorah, tout comme l’antenne Heikhal Menahem du groupe scolaire Sinaï, boulevard de Ménilmontant, ou les bureaux du CASIP-COJASOR (près du métro Couronnes) sont bien sécurisés. Et l’embourgeoisement est en marche, du fait de la hausse constante des prix de l’immobilier. Globalement, la police semble plus efficace et les services municipaux souhaitent réinvestir utilement la voie publique. Le rav Altabé en est persuadé : « Les années difficiles sont derrière nous, dit-il. Le quartier va retrouver son visage accueillant, j’en suis sûr ». Dans sa synagogue, il multiplie les activités pédagogiques : un cours est consacré aux Pirké Avot, un autre est réservé aux dames… Le dimanche matin, les jeunes participent désormais à un « Torah ados » endiablé. Au menu : tefila, chiour et foot. La passion du nouveau rabbin pour le kirouv l’amène à proposer toutes sortes d’événements festifs ou axés sur le limoud en direction du kahal mais aussi des résidents des 19e et 20e arrondissements, situés un peu plus haut. Il n’hésite pas à payer de sa personne en faisant du porte-à-porte pour inciter nos coreligionnaires bellevillois à s’engager pleinement dans la vie cultuelle et communautaire – y compris rue Vaucouleurs, qui compterait encore une dizaine de foyers juifs. « Un peu de lumière repousse beaucoup d’obscurité », remarque notre interlocuteur, selon une formule célèbre du Rabbi de Loubavitch.
Axel Gantz