12 Tammuz 5781‎ | 22 juin 2021

Le pourquoi des frappes américaines, britanniques et françaises en Syrie

Les attaques très ciblées menées le 14 mars dernier par les USA, la Grande-Bretagne et la France ont constitué une sorte d’« avertissement moral » adressé au régime Assad contre toute utilisation future d’armes chimiques.

A U.S. Air Force B-1B Lancer, deployed to Al Udeid Air Base, launches a strike as part of the multinational response to Syria's use of chemical weapons is seen in this image from Al Udeid Air Base, Doha, Qatar released on April 14, 2018. U.S. Air Force/Handout via REUTERS. ATTENTION EDITORS - THIS IMAGE WAS PROVIDED BY A THIRD PARTY - RC1E73E5B3E0

Les trois cibles très localisées visées par les forces occidentales à Damas et à Homs contre des installations clandestines de recherches et de production d’armes chimiques étaient porteuses d’un seul et unique message adressé au président Assad afin qu’il cesse de recourir à l’emploi d’armes chimiques pour tuer des membres de son propre peuple.
Autre message indirect sous-jacent à ce premier objectif : l’utilisation d’armes conventionnelles par le régime de Damas dans la sanglante guerre civile menée depuis 7 ans contre la rébellion sunnite ne devrait pas susciter un engagement ou une intervention plus large des Etats-Unis et de ses deux alliés européens, alors qu’au contraire l’emploi éventuel d’armes chimiques ne sera quant à lui plus toléré, les trois alliés occidentaux se réservant donc le droit de ré-intervenir au cas où leur avertissement n’aurait pas été entendu… Et ce, d’autant que les forces d’Assad ont recouru depuis 2011 au moins une cinquantaine de fois à des armes chimiques contre la population assiégée de quartiers tenus par la rébellion.

Le régime d’Assad pas du tout menacé

Même si cette fois, il semble positif que la Maison Blanche n’ait pas renoncé à la dernière minute à « punir » la Syrie – comme l’avait lâchement fait le président Barack Obama en 2013 après l’attaque meurtrière de l’aviation d’Assad dans un quartier périphérique de Damas qui avait fait 200 morts parmi les civils -, l’existence en tant que telle du régime Assad n’aura donc guère été menacée par ces dernières frappes. Et ce, tout simplement parce qu’elles n’ont en rien entravé le déploiement aérien russe et la présence militaire iranienne qui verrouillent sur le terrain le régime du maître de Damas.
Utiles dans le sens où elles ont dressé une « ligne rouge » indépassable contre le recours à des armes de destruction massive prohibées par le droit international et le mémorandum sur le désarmement chimique de la Syrie (signé en 2013 par les USA… et la Russie !) – et ce à la fois à l’encontre du régime syrien mais aussi de l’Iran, de la Turquie, des groupes djihadistes islamistes et même, bien sûr, de la Russie -, ces attaques confirment que l’administration Trump sait quant à elle veiller à ce que ses « lignes rouges » ne soient pas dépassées. Même si elles n’avanceront en rien le dénouement de cette guerre civile qui est loin de pouvoir s’achever…

Londres et Paris ne suivront pas toujours chaque démarche de Washington

De surcroît, la présence active des aviations française et britannique aux côtés de forces américaines pour avertir Assad et lui imposer une « limite humanitaire » dans sa répression de la rébellion, a ainsi défini un nouveau type d’interventions ponctuelles et limitées en forme d’avertissement de ces trois grands pays occidentaux sur des objectifs précis. Ce qui ne signifie pas forcément que Londres et Paris « suivront » à l’avenir Washington à chaque pas…
Toutefois, ces frappes illustrent aussi le fait incontournable que, ne pouvant pas chasser l’Iran et la Russie du territoire syrien (sauf au prix d’une énorme conflagration régionale, voire mondiale), Washington a donc placé les agissements de Téhéran et de Moscou « sous surveillance ». Richard Darmon