9 Kislev 5781‎ | 25 novembre 2020

Des passionnés de culture juive réunis à Strasbourg

 

La Société d’histoire des israélites d’Alsace et de Lorraine a organisé les 10 et 11 février son colloque annuel au centre communautaire de la Paix, attirant Juifs et non-Juifs autour de thèmes captivants comme le décryptage des registres des mohalim.

 

La Société d’histoire des israélites d’Alsace et de Lorraine, présidée aujourd’hui par Jean-Camille Bloch, est une vieille dame : elle a été fondée en 1905. Depuis quatre décennies, elle organise un colloque annuel. Le dernier en date s’est déroulé motsaé Chabbat 10 février et le dimanche 11 dans le cadre du centre communautaire de la Paix, à Strasbourg. L’avantage de la manifestation est qu’elle attire des Juifs peu habitués à fréquenter les offices. Elle les incite à s’intéresser à leurs racines. Par ailleurs, des non-Juifs viennent en nombre se familiariser avec une culture qu’ils côtoient peu ou prou, du fait de l’importance séculaire de notre religion dans le paysage local. Cela contribue indirectement à focaliser l’attention de tous sur l’état d’abandon qui caractérise plusieurs synagogues rurales dans l’Est de la France, les Juifs s’étant regroupés au fil du temps, et surtout depuis la guerre, dans les grandes villes.

Cette fois, dix intervenants – experts ou amateurs passionnés – se sont relayés devant un auditoire d’une centaine de personnes. L’une des chevilles ouvrières du colloque, Norbert Schwab, est à la fois trésorier de la Société et professeur d’histoire-géographie à l’école strasbourgeoise Aquiba (qui fêtera le 8 mars son soixante-dixième anniversaire). Il rapporte que le fil conducteur des exposés était « les personnalités juives » de la région. On a parlé du parcours de Pierre Mendès-France – l’ancien chef du gouvernement était certes d’origine bordelaise et de lointaine ascendance portugaise mais avait aussi des ancêtres alsaciens -, de Salomon Grumbach, un homme politique du cru, socialiste, qui a vécu au tournant des 19e et 20e siècles ou encore de Joseph Cala. Ce Polonais qui a migré à Paris et s’est replié sous l’Occupation dans les montagnes vosgiennes et jurassiennes a été injustement fusillé par des maquisards qui l’ont pris pour un traître ayant prétendument « vendu » des résistants et même ses propres coreligionnaires pour sauver sa famille de la Shoah. Cette terrible méprise est rappelée sur une plaque à sa mémoire à Besançon. On a également évoqué le destin des prêteurs juifs de la Renaissance.

L’assistance a été captivée par les explications d’Avraham Malthête, un généalogiste qui décrypte méticuleusement les registres des mohalim du passé, rédigés en yiddish occidental (judéo-alsacien) ou en hébreu. Une mine d’informations. Il a ainsi retrouvé le circonciseur de la famille du grand sociologue Emile Durkheim, né à Epinal. Sur des petits dessins tracés par les mohalim aux côtés de notes précisant l’identité des bébés, il a remarqué des considérations relatives à la guerout de tels ou tels parents. On découvre avec surprise, grâce à Avraham Malthête, que des dizaines de chrétiens d’Alsace-Lorraine se sont convertis au judaïsme en plein cœur du 19e siècle, à une époque où l’assimilation était forte et les conversions de Juifs au catholicisme ou au protestantisme hélas fréquentes.

Norbert Schwab insiste enfin sur les brassages qui ont marqué sa communauté. « Ici, dit-il, certains ont le sentiment de préserver des traditions uniques et particulières, contre vents et marées… Mais nous avons souvent accueilli des Juifs italiens, séfarades ou d’Europe orientale et pas seulement au 20e siècle. Il y a eu des mélanges constants et apports divers qui ont façonné nos coutumes et notre mode de vie. Ce type de colloque permet d’en prendre conscience ».

Axel Gantz