17 Kislev 5781‎ | 3 décembre 2020

L’histoire de la semaine – Donnez, donnez, donnez…

En Erets Israël, il arrive souvent que des téléactrices vous appellent pour collecter des fonds en faveur d’une telle ou telle bonne cause. Et si vous acceptez de leur livrer votre cœur (et par la même occasion votre carte bleue), elles vous adressent souvent la bénédiction suivante. Je te la répète en hébreu car elle sonne tellement mieux en version originale : « Yéhi ratson chétiyou tamid bein hanotenim vélo bein haloke’him ». Ce qui, au cas tu ne l’aurais pas compris, signifie : « Puissiez-vous toujours compter parmi ceux qui donnent et non pas parmi ceux qui prennent ! »

Personnellement, j’ai toujours trouvé que c’était l’un des plus beaux souhaits que l’on puisse adresser à quelqu’un. En effet, cette jolie formule nous rappelle que, contrairement aux apparences, le fait de pouvoir partager notre bonne fortune avec ceux qui en ont besoin est un privilège, non pas seulement un devoir, ni encore moins un fardeau.

Et puis un beau jour, dans la Paracha que nous lirons cette semaine, je suis tombée sur un Dvar Torah qui est encore plus éloquent que cette magnifique bénédiction. Découvre-le et tu m’en diras des nouvelles :

Dans le deuxième verset de Térouma, nous lisons : « Parle aux enfants d’Israël et qu’ils me prennent une offrande de chaque personne généreuse ». Ce passage décrit les nombreuses offrandes que les enfants d’Israël auront la possibilité d’offrir pour la construction du Tabernacle. Et puisqu’il est question d’offrande, n’aurait-il pas été plus logique d’employer le verbe « donner » plutôt que celui de prendre dans ce contexte ? La réponse, nous disent les maîtres du Moussar, c’est que les seules choses qui nous appartiennent véritablement sont celles que nous donnons à autrui. Car ceux sont celles qui se transformeront en diamants spirituels pour l’éternité !

Si la Torah emploie de le verbe « prendre », c’est donc parce qu’elle veut nous apprendre qu’en fin de compte, donner revient à prendre !

D’ailleurs, si j’avais un peu plus d’audace à l’israélienne, la prochaine fois qu’une collectrice de tsédaka m’appelait, je partagerais peut-être avec elle cette belle réflexion que tu viens de lire. Et puis je conclurais en disant : « Lééfekh, yéhi ratson chééyé tamid bein haloke’him  – Au contraire, puissè-je être toujours parmi ceux qui ‘prennent’ ». En espérant qu’elle saisira véritablement mon jeu de mots et ne le prendra pas de travers…

En attendant l’appel de la prochaine collectrice de fonds, permets-moi de te raconter une histoire qui illustre à la merveille cette définition novatrice des verbes « prendre » et « donner ». Elle se déroule il y a environ huit siècles, à l’époque où le judaïsme espagnol vivait son « âge d’or ». Prêt(e) ?

*           *           *

Rabbi Chemouël Hanaguid avait plus d’une corde à son arc. Il excellait à la fois dans sa connaissance du Talmud, de la grammaire hébraïque, de la poésie et de la philosophie. Le calife Badis ne tarda pas à remarquer ce jeune homme bourré de talents et le nomma grand vizir et trésorier du royaume de Grenade.

Rabbi Chemouël s’acquitta de sa mission pendant plus de trente ans, en se distinguant par son honnêteté et sa droiture hors-pair. Grâce à ses judicieux conseils, le calife remporta de nombreuses guerres et fit prospérer son royaume. C’est la raison pour laquelle ses coreligionnaires lui donnèrent le surnom Hanaguid – le prince.

Mais comme cela arrive si souvent dans notre histoire, lorsqu’un juif accède à un poste aussi prestigieux, il éveille immanquablement la jalousie des non-juifs. Déterminés à le démettre de ses fonctions, ces derniers vont alors inventer toutes sortes de prétextes et de mensonges pour le discréditer auprès du souverain. Malheureusement, Rabbi Chemouël Hanaguid n’échappa pas à cette triste règle.

Un beau jour, les ministres du royaume répandirent la rumeur voulant que le vizir avait détourné les caisses royales en sa faveur. Le calife, qui connaissait l’honnêteté de son second et ne voulait absolument pas se défaire de lui, balaya ces fausses accusations d’un revers de la main. Mais les ministres étaient bien décidés à éloigner ce Juif de la cour royale. Que firent-ils ? Ils dressèrent un bilan détaillé de sa fortune, qui s’avérait être colossale, dans l’espoir d’éveiller les soupçons du calife.

Le venin de la médisance fit son effet et, bientôt, le doute commença à poindre dans le cœur du souverain… Et si, sous ses abords d’honnête homme, ce Juif profitait de sa position pour se remplir les poches ? Et si sa fortune phénoménale n’était pas discrètement siphonnée du Trésor Royal ? Il fallait absolument qu’il tire cette affaire au clair.

Sans plus attendre, le calife convoqua Rabbi Chemouël Hanaguid et le somma de dresser un bilan complet de son patrimoine en prenant bien sûr soin de préciser l’origine de chaque bien.

Quelques jours plus tard, le vizir fut de retour au palais royal, avec à la main une liste détaillée. Mais lorsque le calife la consulta, il entra dans une terrible colère. Et on aurait presque pu le comprendre… Le bilan du vizir affichait un patrimoine d’une valeur de seulement un dixième de celui dressé, au dinar prêt, par les ministres.

— Et moi qui te croyais au-delà de tous soupçons ! tonna le calife en frappant l’accoudoir de son trône d’un poing rageur. Je constate de mes propres yeux que tu cherches à me cacher la véritable ampleur de ta fortune !

Sur ces mots, le calife lui présenta la liste incriminante réalisée par ses subordonnés, certain de prendre le vizir de court. Mais Rabbi Chemouël ne perdit en aucun cas la face.

— Votre Altesse m’a prié de dresser l’inventaire de mon propre patrimoine. Je me suis exécuté à la lettre ! Je vous ai préparé la liste détaillée des sommes que j’ai reversées à des œuvres caritatives et à des institutions juives avec la dîme (le maasser = 1/10e) de mes revenus.

— C’est bien ce que je me disais ! répliqua le calife, les yeux lançant des éclairs de furie. Vous essayez de m’impressionner avec votre philanthropie alors que je sais maintenant que toute cette fortune provient de fonds détournés !

— Votre Altesse, permettez-moi de m’expliquer jusqu’au bout. Dans la tradition juive, on considère que seul l’argent que nous donnons pour une bonne cause nous appartient véritablement. Car ces actes de charité sont inscrits à tout jamais dans notre patrimoine spirituel. Pour ce qui est du reste du patrimoine, celui qui porte officiellement mon nom, je ne le considère pas comme mien car si votre altesse le désirait, il pourrait me le confisquer à toute heure… Voilà pourquoi le bilan que j’ai dressé contient exclusivement le montant de mes dons à la charité !

Bien qu’audacieuse, la réponse de Rabbi Chemouël Hanaguid trouva grâce aux yeux du calife. Parce qu’il éprouvait un grand respect pour la religion juive, il sut apprécier la belle leçon qu’elle véhiculait. Et il le renvoya chez lui avec tous les honneurs ! Quant aux ministres, ils n’eurent plus qu’à ravaler leur jalousie…

*           *           *

L’histoire est terminée mais j’espère que son message continuera de nous inspirer bien après avoir tourné la dernière page du Haguesher. Il est vrai que quand on glisse une petite pièce dans la tsédaka ou quand on aide un copain ou une copine à rattraper un cours d’anglais qu’il/elle a manqué, on a l’impression d’avoir « perdu » quelque chose. Après tout, notre portefeuille semble  un peu plus léger et cette heure passée à expliquer les mystères du preterit irrégulier aurait pu être mise à profit pour terminer ce passionnant bouquin. Mais Rabbi Chemouël Hanaguid nous remet les pendules à l’heure. En donnant, nous sommes toujours les premiers gagnants…

Ora Marhely

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