9 Kislev 5781‎ | 25 novembre 2020

Yossi Charvit, spécialiste de l’histoire du judaïsme algérien :

« La reconnaissance par l’Allemagne des Juifs d’Algérie comme survivants de la Shoah est un fait positif »

 

Maître de conférences à l’Université Bar-Ilan et au Collège d’Efrat, ainsi qu’auteur de plusieurs ouvrages sur l’histoire des Juifs d’Algérie, Yossi Charvit a analysé pour Haguesher cette récente mesure prise par Berlin.

 

Haguesher : Quelle a été votre réaction à l’annonce du nouveau statut de « survivants de l’Holocauste » que vient d’accorder l’Allemagne aux Juifs d’Algérie ?

 

-Denis Charvit : Malgré le fait que cette décision soit intervenue un peu trop tardivement de la part de l’Allemagne, je crois qu’elle est positive parce qu’elle constitue une importante reconnaissance – à la fois historique et symbolique – du sort commun subi par les Juifs d’Algérie pendant la période nazie et plus particulièrement entre juillet 1940 et novembre 1942, date du débarquement américain à Alger et à Oran.

 

-Mais ne trouvez-vous pas que cette indemnité forfaitaire et unique de… 2 556 euros par personne concernée est une piètre compensation pour toutes leurs souffrances ?

 

-C’est vrai. Il faut rappeler que Vichy avait retiré aux Juifs d’Algérie leur nationalité française et avaient renvoyés les fonctionnaires de leurs emplois et les enfants des écoles, sans parler de ceux qu’on envoya dans les camps de travail de l’administration de Vichy ! Mais l’essentiel, c’est justement que cette mesure concerne « ceux qui ont souffert à titre collectif » pendant la période de la Shoah. Or c’est là une précision essentielle montrant que l’Allemagne reconnaît enfin la Shoah comme génocide de tout le peuple d’Israël, et pas seulement comme le massacre des Juifs européens. Cette reconnaissance confirme que le processus d’extermination des tous les Juifs, planifié par Hitler, a toujours commencé par des décrets discriminatoires et des lois raciales, suivis par la ghettoïsation, puis le regroupement dans les camps de travail et enfin l’envoi dans les camps de la mort. Ce que l’on avait commencé à voir en Afrique du Nord, notamment en Libye et surtout en Tunisie.

 

-Les délégués de la Claim Conference ayant mené les négociations avec Berlin ont fait remarquer que cette mesure fera date car, même si elle ne concerne que 24 000 personnes ayant connu cette époque – dont 4 000 Juifs d’Algérie vivant aujourd’hui en Israël -, elle désigne ainsi un « dernier groupe » à bénéficier de ce statut. Est-ce votre avis ?

 

-Tout à fait ! Il est justement très symptomatique que cette ultime reconnaissance concerne les Juifs d’Algérie. Et ce, après tous les efforts déployés dans ce sens depuis plus d’une décennie, d’abord par l’ex-député à la Knesset, le Dr. Shimon Ohayon – qui fit adopter une loi commémorant le sort des Juifs des pays arabes -, puis par l’association Moriel et l’un de ses responsables, Julien Zenouda. Ce qui eut pour effet de pousser d’abord le gouvernement de l’Etat hébreu à devoir lui-même agir afin d’intégrer cette partie douloureuse de la mémoire des Juifs d’Afrique du Nord dans l’histoire et le patrimoine communs à tous les Israéliens.

Propos recueillis par Richard Darmon

 

Les personnes concernées voulant fixer un rendez-vous dans les centres d’inscription de la Claim Conférence à Paris, Lyon, Marseille ou Toulouse peuvent se renseigner sur le site www.fonds-ipa.fr .