9 Kislev 5781‎ | 25 novembre 2020

La police recommande l’inculpation du Premier ministre pour corruption

Prime Minister Benjamin Netanyahu seen during a vote at the assembly hall of the Israeli parliament on February 13, 2018, on the state budget vote for 2019. Photo by Yonatan Sindel/Flash90 *** Local Caption *** äöáòä ëðñú îìéàä ú÷öéá äîãéðä ðúðéäå áðéîéï ðúðéäå øàù äîîùìä

La nouvelle est tombée mardi soir : la police israélienne a décidé de recommander au conseiller juridique du gouvernement Avi’hai Mendelblit d’inculper le Premier ministre de corruption et d’abus de confiance dans les deux dossiers concernant Mr Nétanyaou, le dossier 1000 des cadeaux qu’il aurait reçus de ses amis milliardaires en particulier le producteur Arnon Miltzan et l’australien James Paker, ainsi que dans le dossier 2000 lié aux rencontres de Mr Nétanyaou avec le patron du Yediot A’haronot Arnon Moses.

Mais ce qui est plus important encore, dans ces recommandations, ce sont les preuves recueillies par les enquêteurs de la police dans ces deux affaires.

Jusqu’à présent on avait en effet du mal à établir qu’il y avait eu de la part de Binyamin Netanyaou une contrepartie aux généreux cadeaux de cigares luxueux et de champagne rosé fourni régulièrement et pendant des années au couple Nétanyaou par Arnon Miltzan. On avait évoqué il y a de longs mois d’une aide que Mr Nétanyaou aurait apporté à son ami Mitzan dans l’obtention d’un visa en passant par l’ex-Secrétaire d’Etat John Kerry. Mais ce qu’avancent désormais les enquêteurs c’est une contrepartie d’une envergure tout à fait différente. En effet, il semblerait que le Premier ministre ait été le catalyseur d’une loi visant à dispenser les Tochavim ‘Hozrim, les citoyens israéliens de retour dans leur pays, d’impôts. Une telle loi aurait permis à Arnon Miltzan de faire l’économie de plusieurs dizaines de millions de dollars. Et cela pourrait être pour la Justice israélienne un cas naturel de corruption. D’ailleurs les policiers auraient l’intention de recommander également l’inculpation de Miltzan pour le même chef d’accusation.

Il convient de souligner comme l’a fait Mr Nétanyaou peu après avoir pris connaissance des recommandations de la police que celles-ci n’ont aucune valeur juridique et que seule comptera la décision du conseiller juridique du gouvernement Avi’hai Mendelblit.

Selon les estimations des experts juridiques, la procédure précédant la décision du conseiller juridique pourrait se prolonger sur plusieurs mois et n’intervenir qu’à l’automne prochain après que le Premier ministre ait bénéficié, en vertu de la loi, d’une audience spéciale durant laquelle il répondra, ou fera répondre par ses avocats aux accusations et aux soupçons qui pèsent sur lui. Si sur le plan purement juridique, Mr Nétanyaou peut continuer à gouverner même en étant inculpé, il faudra vérifier au cours des prochains mois si le Likoud, ainsi que les autres partenaires de sa coalition gouvernementale continueront à lui accorder une pleine confiance. On soupçonne dans l’entourage du Premier ministre, le parti Koulanou de Moché Kahlon d’être susceptible de quitter le gouvernement et de provoquer ainsi la chute du gouvernement mais au sein de Koulanou on affirme qu’il n’est pas question de quitter la coalition. Et pour cause : les sondages sont mauvais pour cette formation qui détient actuellement le portefeuille des Finances et qui risquerait de tout perdre si elle venait à provoquer la chute de la coalition. Au sein du Likoud il sera intéressant de vérifier comment les ténors du parti réagiront à ces développements : s’ils continueront à soutenir bec et ongles leur chef de file ou bien s’il atténuent leur soutien inconditionnel.

 

 

Nétanyaou : « Il n’y aura rien car il n’y a rien »

Réagissant immédiatement après le communiqué de la police recommandant son inculpation, le Premier ministre a fourni une version élaborée de son fameux leitmotiv : « Il n’y aura rien car il n’y a rien ». Mr Nétanyaou a rappelé ses « états de service » et son entier dévouement à la sécurité de l’Etat d’Israël et il a affirmé qu’il continuerait à gouverner tant qu’il aura la confiance du peuple. Il s’est à nouveau étonné des accusations portées contre lui par l’inspecteur en chef Roni Alcheikh et s’est demandé comment un enquêteur qui se croit suivi peut-il enquêter en son âme et conscience sur les actes de celui qui aurait commandité ce suivi ?

D.H.