17 Kislev 5781‎ | 3 décembre 2020

Arbres généalogiques : plus qu’un « passe-temps »

A l’occasion de la fête de Tou Bichvat, le Nouvel an des arbres, les feuilles qui suivent présentent une espèce d’un autre type : les arbres généalogiques. Comme leurs homologues végétaux, leurs racines ont été plantées très profondément au fil du temps et la découverte de ces dernières ne s’avère pas toujours aisée pour les Juifs. La branche de l’Afrique du Nord comme celle des pays d’Europe de l’Est avec la Shoah ont été brutalement coupées de leur sève. Cependant, de multiples associations et centres de généalogie juive ont vu le jour en France, aux Etats-Unis et en Israël, au cours des dernières années. Ils font souvent tronc commun et apportent une aide précieuse à ceux qui désirent creuser leur histoire familiale. Comment expliquer l’engouement actuel pour la recherche généalogique ? S’agit-il d’un phénomène récent ou bien a-t-il toujours existé ? Quelle est la position de la Torah sur ce sujet ? L’équipe de Haguesher vous explique comment constituer votre arbre généalogique et vous livre les fruits de son enquête…

 

Pourquoi rechercher ses ancêtres ?

Pourquoi est-il important que les Juifs recherchent leur arbre généalogique ? Selon Jacques Taïeb, auteur du livre Juifs du Maghreb : noms de famille et société, il s’agit avant tout d’une démarche qui permet de ne pas oublier son histoire : « Par son nom de famille, l’homme se place d’emblée dans la continuité historique (…) Cette fidélité n’a plus aujourd’hui l’automatisme tranquille de naguère – et encore plus pour le judaïsme maghrébin, qui après avoir perdu sa géographie, est encore plus exposé à l’oubli de son histoire, qu’il n’a jamais d’ailleurs particulièrement bien connue (…) Un arbre pousse mieux et plus haut autant que ses racines sont plus profondes et aussi impératif que soit l’avenir, il n’exige pas que sur l’autel, on lui sacrifie le passé ».

 

L’implication de la jeune génération dans l’histoire familiale

Pour certains, rechercher ses ancêtres constitue une source de joie et de fierté. Ils entreprennent cette recherche dans l’espoir que leurs enfants se sentent impliqués dans l’histoire familiale et transmettent, à leur tour, les coutumes et valeurs spirituelles ancestrales. Cette nécessité se fait criante à une époque où l’assimilation et l’individualisme sont des options souvent plus tentantes. Les recherches généalogiques sont souvent un moyen de perpétuer le souvenir de ces communautés disparues. La Shoah, l’émigration forcée des Juifs d’Afrique du Nord souvent accompagnée d’un processus d’assimilation, a coupé les Juifs de leurs racines. La recherche de ses ancêtres constitue alors une façon de retourner au judaïsme. Parfois au contraire, c’est le retour religieux qui pousse le Juif à rechercher ses racines. Dans certains cas, la recherche généalogique dépasse la dimension nostalgique ou historique, et a des implications halakhiques et sociales. En effet, si une personne a des difficultés à prouver sa judaïté, la recherche de ses racines s’avèrera indispensable.

 

Un outil pour prouver sa judaïté

La question se pose avec acuité en Israël lorsque des olim d’Europe de l’Est ou de l’ex-URSS doivent prouver qu’ils sont juifs avant de se marier, condition exigée par le rabbinat local. Cette procédure très simple pour un individu né en Israël peut se révéler complexe pour les nouveaux immigrants. Dans la plupart des pays de diaspora, le Beth Din de la ville est généralement en possession de documents permettant d’attester le judaïsme des membres de la communauté. Toutefois, dans l’ex-URSS, la continuité de la vie juive a été entravée par le système communiste et il est en conséquence souvent difficile pour les Juifs de cette région de prouver leur judaïté. De plus, la loi du Retour octroie la citoyenneté israélienne selon des critères qui ne sont pas ceux de la Halakha. De fait, de nombreux olim s’installent en Israël, se sentent israéliens et juifs en tous points, alors que leur judaïté n’a pas été dûment vérifiée. Dans la plupart des cas, le problème n’est soulevé qu’au moment du mariage. Or, la procédure pour prouver ses origines juives prend généralement du temps. Les personnes concernées n’étant souvent pas religieuses, renoncent alors à se marier selon la loi juive et repoussent ainsi le problème à la génération suivante. Mais plus le temps passe, et plus les vérifications sont difficiles.

 

Le centre Chorachim : une aide pour les Juifs assimilés

Le rav Har Chalom dirige le centre Chorachim créé il y a quatre ans dans le but d’aider les olim à prouver leur judaïté, indépendamment de leur désir de se marier. En coopération avec le rabbinat d’Israël, le centre utilise les moyens de la généalogie juive pour retrouver les ancêtres d’olim en provenance de l’ex-URSS, mais aussi d’Amérique du Sud, des Etats-Unis, d’Europe de l’Est. Ils discutent avec la personne concernée et avec sa famille, ils rassemblent les certificats ainsi que les photos de famille, ils enquêtent auprès de cousins de premier et deuxième degrés, ils se servent aussi de leurs connaissances sur l’histoire et les coutumes de certaines communautés pour confirmer ou infirmer certaines informations, ils essaient enfin de construire un arbre généalogique trois ou quatre générations en arrière. Parfois, ils voyagent même jusqu’au pays d’origine pour discuter avec la grand-mère maternelle. « Nous travaillons en collaboration avec les Baté Din du rabbinat d’Israël et sommes en contact direct avec les personnes désirant prouver leur judaïté car nous parlons leur langue, comprenons leur culture, et obtenons ainsi leur coopération pour prouver leurs origines. Nous avons aussi des contacts en Ukraine, en Russie, et avons les connaissances pour estimer la validité de certificats par exemple. Nous rassemblons donc le maximum de preuves de façon professionnelle, avant de transmettre au Beth Din notre recommandation. Mais seul le Beth Din a le pouvoir d’accorder un certificat de judaïsme », explique le rav Har Chalom. Le centre intervient aussi lorsqu’une personne née d’une mère convertie doit prouver la validité de la conversion de cette dernière, ou encore lorsqu’une personne issue d’une famille assimilée depuis plusieurs générations, doit prouver son ascendance juive maternelle. « Souvent, ce sont les chefs de communauté de diaspora qui se tournent vers nous pour vérifier ou infirmer la judaïté de ressortissants de l’ex-URSS, qui se trouvent dans leur communauté », précise le rav Har Chalom. Celui-ci raconte qu’il s’est rendu dernièrement dans un village d’Ukraine pour discuter avec la grand-mère d’une jeune fille arrivée en Israël depuis de nombreuses années, mais qui n’avait pas pris la peine de prouver sa judaïté. Après la Shoah, sa grand-mère s’était faite enregistrer en tant qu’ukrainienne non-juive, et ce statut n’avait pas été modifié depuis. En discutant avec elle, le rav fut convaincu de sa judaïté : elle parlait yiddish, elle savait décrire certaines coutumes familiales juives, elle lui montra des photos de sa famille et lui parla de ses parents. Il y a quelques semaines, cette femme est décédée. Grâce au travail généalogique du centre Chorachim, sa petite-fille a pu se marier et être pleinement réintégrée au peuple d’Israël.

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Comment faire son arbre généalogique ?

 

Les premiers pas

Tout d’abord, rassemblez le maximum de renseignements et de documents autour de vous : consultez les cartes d’identité, livrets de famille, passeports, livrets militaires, documents de naturalisation, actes civils de mariage, déclarations de décès, correspondance, etc. Ensuite, allez interviewer toute personne de la famille susceptible d’avoir des connaissances sur vos ancêtres : parents, grands-parents, oncles, tantes, cousins proches et éloignés. Commencez par vous-même : recherchez des documents qui vous permettent d’identifier des personnes ou des dates, comme des faire-part, des vieilles photos de famille qui permettent souvent de retrouver des dates de mariage, de naissance, etc. Essayez de vous rappeler si vous ou vos frères et sœurs portez le prénom de l’un de vos ancêtres. Utilisez les mêmes questions pour interroger les membres de la famille susceptibles de vous aider. Des questions précises les aideront à retrouver la mémoire. N’hésitez pas à enregistrer votre interlocuteur et à prendre note des informations qu’il vous donne. Le moindre renseignement, même approximatif, est précieux. Continuez en écrivant aux mairies responsables des certificats d’Etat civil. Pour remonter plus dans le temps, on pourra consulter les archives françaises qui comprennent l’Etat civil depuis 1792 : on y trouvera mention des naissances, mariages et décès à condition de connaître leurs lieux de résidence. Si l’on n’y trouve pas les renseignements souhaités, on pourra se tourner vers les recensements de population, les archives militaires, les archives fiscales et notariales ainsi que les dossiers de naturalisation. En effet, de nombreux hommes juifs qui sollicitaient la naturalisation française, entraient dans la Légion étrangère afin de démontrer leur attachement à la France.

 

Les sources juives

L’étape parallèle à ce premier tour d’horizon est la recherche de documents religieux : recherchez la kétouba (acte de mariage) qui mentionne le nom des époux, leur filiation paternelle, le lieu et la date du mariage. Certaines familles ont conservé des archives familiales de kétoubot. A une époque, il existait des carnets de circoncision dans lesquels chaque mohel avait coutume de noter les circoncisions qu’il avait effectuées (prénom et nom de famille du nouveau-né, prénom de son père et date de la circoncision). Souvent, ils ont été conservés par leurs descendants. Les registres d’inhumation plus ou moins complets selon les régions, les cimetières et les carrés juifs sont, eux aussi, susceptibles d’apporter certaines informations généalogiques. A ces sources, il faut ajouter les Archives de l’Alliance Israélite universelle, la bibliothèque et les collections du Musée d’art et d’histoire du judaïsme, ainsi que les archives du Consistoire central et du consistoire de Paris. La Shoah ayant touché un grand nombre de familles de France, on peut trouver des listes de déportés et de recensements au Mémorial des Juifs de France, de Serge Klarsfeld ; les fichiers des Juifs arrêtés sont consultables aux Archives nationales ; le mémorial de la Shoah et le centre Yad Vashem à Jérusalem contiennent eux-aussi de nombreuses informations.

 

Les associations de généalogie juive

L’étape suivante consiste à se tourner vers les multiples associations spécialistes du sujet qui seront d’une grande aide dans vos recherches. En France, le Cercle de Généalogie Juive figure parmi les associations les plus actives dans ce domaine. Fondé en 1984, il est membre de l’International Association of Jewish Genealogical Societies (IAJGS) et de la Fédération Française de Généalogie (FFG). Le Cercle, qui réunit des généalogistes amateurs et expérimentés, vous propose de vous aider à rechercher vos ancêtres juifs quelles que soient vos origines géographiques et vos connaissances de départ. Il permet d’échanger des informations et de créer des contacts avec d’autres adhérents (par l’intermédiaire d’une rubrique question-réponse), d’obtenir une liste de sites français ou internationaux sur le sujet. De plus, dans la revue publiée par le Cercle, vous trouverez des articles méthodologiques, des archives, une présentation de bibliothèques, des livres et revues susceptibles de vous aider.

 

Les spécificités des sources selon les régions

Pour rendre votre recherche plus efficace, posez-vous la question pour chacun de vos ancêtres juifs : A-t-il vécu en France, en Afrique du Nord ou en Europe de l’Est ? Chaque région a ses caractéristiques et ses archives propres. Si vos ancêtres proviennent d’Europe Centrale ou d’Europe de l’Est, sachez que l’Etat civil y a été établi dans le courant du 19e siècle, plus ou moins tardivement selon les pays. Une des premières démarches consiste alors à consulter le site de JewishGen, en langue anglaise. Le JGFF (JewishGen Family Finder) regroupe plus de 80 000 généalogistes juifs à travers le monde et permet de prendre contact avec ceux qui sont susceptibles de vous aider. Si vos ascendants résidaient en France, l’Etat civil a été établi en 1792. Pour remonter plus en arrière, vous devrez vous concentrer sur les sources spécifiques à chaque région : Paris, Alsace, Lorraine, Comtat Venaissin et Bordeaux. Divers livres d’histoire, dictionnaires et registres ont été publiés sur le sujet. Enfin, si vos ancêtres viennent d’Afrique du Nord, sachez que l’Etat civil a été établi en Algérie en 1836, en Tunisie en 1881 et au Maroc en 1912, parallèlement au début du protectorat français. Les archives sont conservées au ministère des Affaires Etrangères parmi les archives consulaires, ou au Centre des archives diplomatiques de Nantes. Il est très difficile de trouver des données officielles précédant le protectorat français. Essayez de vous faire aider par l’association Etsi (littéralement, « mon arbre »). Fondée en 1998, elle est dédiée aux recherches sur l’histoire et la généalogie des familles séfarades. Selon ses fondateurs, la spécificité propre à chaque région rend les recherches généalogiques en milieu séfarade plus difficiles, ce qui tend à décourager les participants. Le but d’Etsi est donc de mettre en commun les découvertes des uns et des autres, dans leur propre famille ou dans des dépôts d’archives peu connues et de créer des contacts entre généalogistes. Leur revue trimestrielle présente des sources d’archives, des histoires familiales, des présentations d’ouvrages etc.

Informations essentielles et pièges à éviter

 

  • Les Séfarades ont adopté des noms de famille dès le 11e siècle, alors que la plupart des Ashkénazes ont adopté des noms de famille seulement vers la fin du 18e siècle.

 

  • En 1808, Napoléon obligea les Juifs à se soumettre à plusieurs déclarations administratives, et à adopter un nom de famille fixe. Ces déclarations contiennent pour chaque personne les noms et prénoms portés, ainsi que ceux existants antérieurement, ce qui complique singulièrement la généalogie.

 

  • Il existe des communautés d’origine séfarade en Lituanie, en Autriche et en Pologne.

 

  • Si votre famille vient de Hollande, vous avez des chances de pouvoir remonter facilement plusieurs générations en arrière, ce qui n’est pas le cas si elle vient d’Afrique du Nord ou de l’ex-empire ottoman.

 

  • De nombreuses familles portent le même nom, sans être apparentées.

 

  • L’Etat civil, en particulier celui de la Russie tsariste n’est pas toujours fiable. Les familles étaient prêtes à tout pour éviter à leurs enfants le service militaire obligatoire. Or la loi posait que le fils aîné en était officiellement exempt. En conséquence, les membres d’une même famille pouvaient porter différents noms de famille ou bien deux fils étaient déclarés sous le même prénom ou encore le nom d’un voisin décédé et fils unique était échangé avec le nom d’un fils bien vivant.

 

  • En Europe de l’Est, il arrivait souvent que le gendre adopte le nom de famille de sa femme pour perpétuer sa lignée, qu’il estimait plus importante que la sienne. Il arrivait aussi que des Juifs omettent de se marier civilement : les enfants prenaient le nom de famille de leur mère.

 

  • Prenez en considération le problème des différentes épellations d’un même nom, en particulier pour des ancêtres ashkénazes. A cet effet, un système de notation basé sur les sons plutôt que sur les lettres, a vu le jour : le Daitch-Mokotoff Soundex Coding associe un chiffre par son. Quand ce système ne peut être utilisé, toutes les variantes orthographiques doivent être vérifiées.

 

Je suis issu d’un grand rav !

Si vous êtes issus d’une lignée rabbinique, il y a de fortes chances que vous le sachiez car ce type d’information passe dans la famille de génération en génération. Alors que la plupart des Juifs ne parviennent à remonter que 200 ou 300 ans en arrière, le fait d’avoir un rabbin parmi vos ascendants devrait vous permettre d’étendre votre arbre généalogique à plus de 500 ans en arrière : les généalogies rabbiniques sont en effet plus documentées que les autres, elles ont souvent été préservées par les rabbins ou publiées dans leurs œuvres. Toutefois, selon le généalogiste ‘Haïm Freedman, même si vous ne descendez pas d’une lignée rabbinique répertoriée mais que vous avez été suffisamment assidus dans vos recherches, vous avez statistiquement de fortes chances de trouver un ou plusieurs rabbins parmi vos ancêtres ! La raison en est qu’au début du 19e siècle, il n’y avait que 2,5 millions de Juifs, parmi lesquels un million et demi d’Ashkénazes et un million de Séfarades, on peut donc remonter assez facilement jusqu’à cette époque.

 

Et moi, je descends de Rachi ! Un démographe israélien a aussi démontré que statistiquement, la plupart des Juifs ashkénazes étaient très probablement descendants de Rachi. En effet, la famille et les disciples de Rachi se sont mariés entre eux et ont établi des centres d’étude en Allemagne puis en Europe de l’Est. De nombreuses familles affirment d’ailleurs compter Rachi parmi leurs ancêtres. Cela est statistiquement plausible et cette hypothèse permet de remonter l’arbre généalogique encore plus loin car Rachi serait lui-même descendant de la maison de David ! Rachi serait issu de la famille des Kalonymides qui avait quitté Babylone au courant du 8e siècle, s’était installée en Italie puis en France. Or selon la tradition juive, les dirigeants de la communauté juive de Babylone étaient descendants de la maison de David. Cependant, dans la pratique, sachez que personne ne peut retracer son arbre jusqu’à Rachi, génération par génération, on peut tout au plus espérer retrouver la trace d’un ancêtre qui avait lui-même la tradition de descendre de Rachi.

  1. Alster

 

A partir des sources :

Avotaynu – Guide to Jewish Genealogy, de Sallyann Amdur Sack et Gary Mokotoff

Getting Started in Jewish Genealogy, de Gary Mokotoff et Warren Blatt

Rechercher ses ancêtres juifs, de Laurence Abensur-Hazan

Les familles juives en France – Guide des recherches biographiques et généalogiques, de Gildas Bernard

Le Site du Cercle de Généalogie Juive

 

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