10 Kislev 5781‎ | 26 novembre 2020

Rav Steinmann zatsal : 104 années au service de D.ieu et de la Torah

Rabbi Aharon Leib Steinman, a prominent Haredi rabbi currently living in Bnei Brak, Israel. He belongs to the Lithuanian branch of Judaism, and heads a division of the famed Ponevezh Yeshiva. Photo by yaakov Naumi/Flash90. **YATED NEEMAN & KIKAR SHABAT OUT** *** Local Caption *** äøá ùèééðîï, áðé áø÷, âãåì äãåø, úìîéã çëí øá ùèééðîï

Au lendemain de la Lévaya du Gadol Hador, tel a été le témoignage d’un speaker à la radio israélienne : « Hier, au lieu de vingt minutes, mon trajet a duré deux heures ! Comment ai-je réagi ? Je les ai insultés. Puis, un spectacle incroyable s’est offert à moi : des milliers de personnes ont laissé leur voiture au bord de la route et se sont mis à courir des kilomètres pour arriver à temps à l’enterrement de leur maître âgé de 104 ans… Quand j’étais jeune, il m’est peut-être arrivé de parcourir 2 km, en courant, pour assister à un match de football… mais certainement pas pour accompagner une personne âgée à sa dernière demeure. Mes insultes se transformèrent en source d’admiration ».

Qui était ce Géant auquel une foule immense a tenu à rendre hommage ? Pourquoi sa disparition a-t-elle tant impressionné le public non religieux? Voici quelques récits qui permettent de mieux décrire la personnalité hors du commun du rav Aharon Yéhouda Leib Steinmann zatsal, récits qui ont été publiés et rapportés durant les Chiva:

 

Qu’en est-il de nos bagages pour notre dernier voyage ?

Avant que le Rav Steinmann zatsal n’entreprenne son premier voyage aux Etats-Unis, ses proches se chargèrent de lui préparer sa valise. Une fois le bagage prêt, le Rav s’exclama : « Je m’apprête à voyager vers une destination où j’aurai la possibilité de me procurer des vêtements, de la nourriture, et je serai entouré de personnes qui se soucieront de moi… Et pourtant, l’homme veille à se munir de ses affaires avant un tel voyage. Oh ! Combien donc devrions-nous préparer nos provisions dans ce monde ici-bas avant notre voyage ultime vers le monde futur. Là-bas, nous n’aurons aucun moyen de nous approvisionner, nous disposerons uniquement de ce que nous avons emporté avec nous ».

Cette anecdote illustre cette leçon de vie essentielle vécue en permanence par le Gadol et transmise à tout celui qui le consultait, et même palpable, à toute personne qui franchissait le seuil de son modeste appartement. « Ne chargeons pas nos bagages d’objets inutiles ou accessoires, et encore moins de « choses » interdites à faire passer aux contrôles des frontières, à savoir : l’orgueil, la paresse… Munissons-nous de ce qui est vital : la Torah, la crainte du Ciel et les bonnes vertus ! »

 

L’effort, une valeur que le Rav chérissait au quotidien

L’effort, le travail sur soi et l’investissement personnel pour acquérir la Torah et s’élever spirituellement, étaient des valeurs chères aux yeux du Gadol. Si l’acquisition de connaissances en Torah est très importante pour discerner le permis de l’interdit, le désir d’accomplir la volonté divine et les aspirations de l’homme constituent son véritable test sur terre. Un avrekh qui s’était joint au voyage entrepris par le Rav Steinmann et le Admour de Gour à destination des Etats-Unis et du Canada, a rapporté : « Suite à cette expérience unique qui nous avait renforcés et enrichis, mon ami et moi-même avions consulté le Rav Steinmann, dès notre retour en Israël. Nous lui avions demandé de nous bénir pour que cet élan spirituel expérimenté nous accompagne tout au long de notre vie. Après nous avoir lancé un regard bienveillant, le Rav nous répondit avec douceur : « l’éveil spirituel et la crainte du Ciel ne peuvent être acquis par le biais d’une bénédiction… Cela nécessite un travail quotidien. C’est exactement comme la nourriture. Est-ce qu’un homme pourrait concevoir de se rassasier aujourd’hui du repas consommé la veille ? Il en est de même pour la nourriture spirituelle, son apport doit être renouvelé chaque jour ! Et le Rav de conclure… Je vous bénis qu’avec l’aide d’Hachem, vos efforts et votre investissement portent leurs fruits ! »

 

Une attention à l’égard de chacun

Rav Moché Lebbel, Roch Yéchivat Torat ‘Haïm (Moscou), a partagé une scène inoubliable à laquelle il a assisté lors d’une de ses visites chez le Rav Steinmann zatsal. « A cette occasion, je m’étais présenté chez le Rav avec un homme d’affaires fortuné. Ce dernier soutenait généreusement notre Yéchiva et souhaitait recevoir une bénédiction du Rav pour réussir dans ses affaires. Mais, fidèle à son habitude, le Rav Steinmann zatsal ne dispensait pas ses bénédictions si rapidement.

Il prenait le temps de cibler son visiteur, en s’intéressant à ses activités, sa situation… et il en fut ainsi lors de notre visite. Le Rav saisit chaleureusement la main du donateur et lui posa une série de questions : « Qu’est-ce que vous vendez ? Y a-t-il des aliments interdits ? Et qu’en est-il du Chabbat ? » Le businessman  était plus ou moins pratiquant, et ces questions ne lui avaient jamais effleuré l’esprit … Pendant près d’une demi-heure, le Rav Steinmann zatsal, tout en lui tenant la main, se mit à lui expliquer avec douceur et gentillesse, les différentes questions halakhiques liées à son commerce, et il lui suggéra des solutions. Le visiteur fut si touché de la patience du Rav, qu’en sortant de chez lui, il me dit : « je vais suivre à la lettre ses recommandations ». Cette rencontre marqua un tournant dans sa vie, et son parcours de Téchouva fut sérieusement entamé. »

 

Vive émotion suite au Moussaf de Yom Kippour

L’un des fidèles du Minyan du Collel ‘Hazon Ich ayant prié à Yom Kippour, il y a de longues années, aux côtés du Rav Steinmann zatsal, a raconté : « Après la prière de Moussaf, le Rav Steinmann semblait fort perturbé. Il s’était levé de sa place et regardait à droite, à gauche… Cherchait-il quelqu’un ? Avait-il quelque chose à demander ? J’avais alors osé l’aborder pour lui proposer de l’aide. Avec un regard lumineux, il déclara : « nous venons de lire la Avoda du Cohen Gadol en ce jour le plus saint de l’année qui pénétrait dans le Kodech Hakodachim … Tu te rends compte du contenu de la prière du Cohen Gadol de Yom Kippour : « que cette année soit une année d’abondance, de pluie… » Elle ne concerne que des requêtes matérielles !! N’est-ce pas surprenant ? » Et le Rav de répondre : « se préoccuper des besoins matériels d’autrui constitue son propre travail spirituel » ». Bien plus qu’une réponse à une question soulevée, ce principe était le leitmotiv de la vie du Rav Steinmann zatsal. Si son mode de vie pourrait laisser croire qu’il était « déconnecté » de ce monde, ce serait une fausse interprétation. Le Rav « comprenait » parfaitement les enjeux de ce monde. Et, par sa vision claire et lucide de l’essentiel, il ne s’éloignait pas un seul instant de la mission qu’il avait à accomplir sur terre.

 

Avez-vous pensé aux cadeaux ?

Son propre confort matériel ne le préoccupait guère, mais lorsqu’il s’agissait du bien-être de son prochain, cela prenait une tout autre dimension.

L’anecdote suivante illustre bien le principe énoncé. Lors d’un voyage à l’étranger, on annonça au Rav Steinmann que le vol de retour avait deux heures de retard… Ses proches qui l’avaient accompagné réfléchissaient à ce qu’ils pouvaient faire pour profiter de ce laps de temps supplémentaire, et le Rav s’exclama : « est-ce que vous avez acheté des cadeaux à vos enfants ? Vous avez quitté la maison quelques jours et vos familles vous ont languis …il ne faut pas revenir les mains vides ! » Penser à autrui, être sensible à ses attentes. Voilà encore un détail révélateur de la grandeur de ce Géant !

 

Le respect de l’élève

Rav Steinmann zatsal était très investi dans l’éducation de la jeunesse, et participait régulièrement aux réunions pédagogiques organisées par les directeurs des établissements scolaires. Ces derniers ont rapporté un principe clef que le Rav répétait souvent : « le traitement le plus efficace contre l’insolence – c’est le respect de l’élève ». En respectant l’élève et sa personnalité, vous le conduirez à se soumettre à l’autorité de l’éducateur ». Pour avoir une idée concrète de la manière dont le Rav Steinmann se comportait, en tant qu’enseignant à la Yéchiva, à l’égard de ses élèves, voici un exemple cité par le Gadol Hador.

« En pleine interrogation écrite, j’ai aperçu un élève jeter un coup d’œil sur la copie de son camarade. Comment le professeur réagit en général ? N’est-ce pas qu’il aurait tendance à retirer la copie immédiatement… y coller un zéro ou la déchirer !? J’ai décidé de réagir différemment. Je me suis approché délicatement de l’élève, et je lui ai proposé : « s’il y a une question que tu ne comprends pas, tu peux venir me voir et je te l’expliquerai… » »

Des années plus tard, cet élève rencontra le Rav Steinmann et lui confia : « Le Rav m’a enseigné beaucoup de choses que j’ai eu le temps d’oublier, mais le respect que le Rav m’a accordé lors de cette fameuse interrogation… je ne l’oublierai jamais ! ».

Puissions-nous nous imprégner de ces exemples vécus pour y puiser ne serait-ce qu’une petite goutte de cet océan infini de Torah, crainte du Ciel et maîtrise de soi. Puissions-nous suivre les enseignements de ce Gadol, qui continueront à nous éclairer dans ce sombre exil en perte de repères. Que le Rav Steinmann intercède en faveur de ses frères et hâte la délivrance finale !

Yokheved Levy