9 Kislev 5781‎ | 25 novembre 2020

Contrecoups de la tristesse

Après s’être révélé à ses frères, Yossef s’efforça de les rasséréner et de leur ôter tout sentiment de culpabilité. Il leur recommanda en ce sens : « Maintenant, ne vous attristez pas […] car c’est pour notre survie que D.ieu m’a envoyé avant vous ! » (Béréchit 45, 5).

À travers ces mots, nous pouvons déceler une prescription universelle : la tristesse est à bannir catégoriquement, car toute situation fâcheuse est finalement suscitée par D.ieu « pour notre survie ».

Le Darké Moché explique en ce sens qu’en toute circonstance susceptible de provoquer de la tristesse, nous devons nous prêter à cette analyse bien simple : soit l’épreuve est destinée à corriger un tort passé, soit elle nous permettra d’obtenir un bienfait à l’avenir. Il en résulte que, dans un cas comme dans l’autre, aucune adversité ne saurait justifier une quelconque vague de tristesse, puisqu’un malheur n’est qu’un moyen d’accéder à un plus grand bonheur.

Cet auteur disait encore : « C’est un fait admis, aussi bien par nos Maîtres que par la médecine, et dont nous retrouvons des preuves dans les écrits du roi Chlomo et d’autres sources encore : l’inquiétude et la tristesse sont comme un véritable poison ! Même si un homme, de nature morose et mélancolique, croit être en bonne santé, il est certain que ses forces ne cessent de diminuer sans qu’il s’en rende compte, aussi bien ses forces physiques que celles d’ordre intellectuel et spirituel ! »

La bénédiction sur la lune

Un homme entra un soir, à l’issue d’un jour de fête, chez Rabbi David Moché de Tchortkov, le visage sombre et le cœur manifestement brisé. Pendant qu’il racontait au maître les lourdes épreuves qui l’accablaient, celui-ci l’interrompit brusquement et lui demanda : « Pourquoi n’iriez-vous pas danser et chanter dehors avec les ‘Hassidim ? » – telle étant leur coutume à l’issue des jours de fête.

Comme l’homme paraissait interloqué par cette remarque, le Rabbi enchaîna avec l’histoire suivante : « À la fin d’un Yom Kippour, le Baal Chem Tov sortit scruter le ciel à la recherche de la lune, dans l’espoir de prononcer la bénédiction à la vue de l’astre. Malheureusement, le ciel était entièrement couvert, et aucune lumière ne transperçait l’épaisse brume. Ce constat laissa le maître dans un profond désarroi : à ses yeux, c’était la preuve que les prières de Yom Kippour n’avaient pas été agréées dans le Ciel…

Pendant qu’il sombrait dans l’affliction, ses ‘Hassidim, ignorant tout de l’affaire, formèrent une ronde et se mirent à chanter à tue-tête, avec flamme et ferveur. Au bout de quelques minutes, le Baal Chem Tov se laissa emporter par l’enthousiasme communicatif de ses disciples et, rejoignant la ronde, la joie finit par l’inonder. Or, à mesure que la tristesse se dissipait dans son cœur, les nuages commencèrent à se disperser et à laisser clairement apparaître la lune, tel un rayon d’allégresse transperçant les ténèbres.

Cet épisode marqua profondément le Baal Chem Tov, qui en déduisit un principe fondamental : là où ses profondes dimensions ésotériques échouèrent, la joie simple et pure de ses ‘Hassidim réussit à produire des miracles ! » En conclusion, Rabbi David Moché de Tchortkov déclara à son interlocuteur : « Tu dois bien comprendre que la tristesse ne mène à rien ! Même confronté aux plus douloureuses épreuves, l’homme doit pouvoir s’adresser au Maître du monde avec joie et confiance ! ».

Chlomo Messica