12 Kislev 5781‎ | 28 novembre 2020

Pourquoi la déclaration de Donald Trump est historique

U.S. President Donald Trump gives a statement on Jerusalem, during which he recognized Jerusalem as the capital of Israel, as he appears with Vice President Mike Pence in the Diplomatic Reception Room of the White House in Washington, U.S., December 6, 2017. REUTERS/Jonathan Ernst TPX IMAGES OF THE DAY - RC19CD983A00

Il y a deux manières d’aborder la déclaration de Donald Trump reconnaissant Jérusalem comme capitale de l’Etat d’Israël : celle qui est guidée par la Realpolitik, et celle qui est guidée par l’Histoire, en particulier l’histoire d’un peuple juif qui, jamais, n’a démenti son attachement à la Ville d’où il a puisé son éternité. Analyse.

 

– Il y a cent ans, le 2 novembre 1917, Lord Arthur Balfour, représentant de l’Empire britannique, alors la plus grande puissance au monde, reconnaissait dans une lettre adressée au Lord Lionel Walter de Rothschild, le droit du peuple juif à instaurer un Foyer national en Eretz Israël, terre que les Britanniques venaient de conquérir.

– Il y a 70 ans, le 29 novembre 1947, les Nations du Monde, réunies a New York, votaient en faveur du plan de partage de la Palestine mandataire, en deux états, l’un juif et l’autre arabe. En pleine guerre froide, les Etats-Unis et l’Union Soviétique s’unissaient, exceptionnellement, pour permettre au peuple juif, au sortir de la plus grande catastrophe de son histoire, de fonder le premier Etat juif souverain depuis près de 2000 ans ! Mais en même temps – ne l’oublions pas –, ces Nations refusaient au futur Etat d’Israël, la moindre parcelle de souveraineté sur Jérusalem, qui devait être « internationalisée ».

Il y a 50 ans, le 7 juin 1967, l’Etat d’Israël agressé par les nations arabes parvenait, à la stupéfaction générale, à libérer le Mont du Temple et le Kotel et à réunifier Jérusalem, la proclamant, dans son intégralité, capitale une et indivisible de l’Etat et du peuple juif. Mais depuis, aucune nation n’avait jamais cautionné officiellement et solennellement cette démarche.

Jusqu’à ce 6 décembre 2017, où le président de la superpuissance américaine, Donald Trump, est apparu devant les caméras du monde entier et, sans la moindre équivoque possible, a reconnu pour la première fois de l’Histoire, cette « réalité » qui fait de Jérusalem, la capitale de l’Etat d’Israël.

On peut bien évidemment fournir de nombreuses explications très cartésiennes à la décision de Trump :

– Effectivement, celle-ci a été motivée par la pression grandissante des 60 millions d’Evangélistes américains, ultra-inconditionnels d’Israël, qui ont nettement contribué, l’an dernier, à l’étonnante victoire électorale de Trump, en novembre 2016, et qui n’avaient pas vraiment apprécié de le voir reporter, il y a six mois, sa promesse électorale de déplacer l’ambassade des Etats-Unis de Tel Aviv à Jérusalem.

– Effectivement, le président Trump s’est doté d’une Dream Team de conseillers (Kushner-Greenblat-Freidman) qui, tous, sont des Juifs croyants et pratiquants, tous sont plus pro-israéliens les uns que les autres et qui ont certainement encouragé le président américain dans son initiative. Il faut bien évidemment rajouter à cette équipe, les deux fervents défenseurs que sont le vice-président Mike Pence, et Niky Haley à l’ONU qui, ensemble, ont vaincu l’opposition des Secrétaires d’Etat américains Rex Tillarson et James Mattis.

– Effectivement, depuis un an, Binyamin Nétanyaou, en habile Premier ministre et chef de la diplomatie israélienne, a su ménager l’imprévisible président américain en allant, le plus souvent, dans le sens de ses aspirations, comme lorsqu’il a accepté, dès le mois de mars dernier, de restreindre, au grand damn de l’aile droite de sa coalition, la construction de logements en Judée et Samarie.

– Effectivement, pendant ce temps, les Palestiniens ont éludé les exigences américaines de cesser le versement des salaires aux familles des terroristes emprisonnés en Israël, et de geler les démarches diplomatiques anti-israéliennes à l’ONU et à La Haye.

Mais tout de même, cet impressionnant déroulé de dates historiques intervenues durant des années civiles se terminant par le chiffre 7 (ou dans le calendrier hébraïque), et qui se termine (pour l’instant) par la déclaration de Trump, ne peut pas nous laisser indifférent et doit nous interpeler.

Sans savoir encore précisément comment l’interpréter, nous  percevons qu’il est en train de se passer quelque chose : que la déclaration de Donald Trump, si contestée par les Nations Occidentales, s’inscrit peut-être dans un processus qui nous dépasse. Et que ces nations, en particulier sur ce Vieux continent européen, paraissent si fatiguées, tellement plongées dans l’obscurité de l’esprit, et si incapables d’innover ou de sortir des sentiers battus, qu’elles ne peuvent pas mesurer le sens profond de ces instants.

 

Mais, c’est un fait: la déclaration du président américain aura au moins permis à Israël de distinguer ceux qui sont ses véritables amis de ceux qui ont toujours du mal à accepter réellement, sincèrement, sans préjugés ou arrière-pensées, l’existence d’un Etat juif sur la Terre d’Israël ; ceux qui sont véritablement épris de vérité historique de ceux qui continuent à colporter stupidement  les mensonges les plus grossiers distillés par les Palestiniens et leurs alliés de l’UNESCO. Elle a permis de rappeler des évidences triviales, selon lesquelles Jérusalem était la « Lumière du monde », alors que Paris s’appelait encore Lutèce et ne rêvait pas encore d’être la ville des Lumières…

Elle a donné du courage à tous ceux qui, à travers le monde, savent depuis longtemps qu’il y avait une anomalie historique à ne pas faire de Jérusalem, la capitale du seul Etat juif existant. Et qui, depuis ces derniers jours, osent le dire, comme l’a fait admirablement bien Franz Olivier Giesbert sur RMC.

Cette déclaration a permis aussi de constater que, si les Européens sont toujours obsédés par le conflit israélo-arabe, les pays arabes sunnites modérés sont bien plus préoccupés par la menace iranienne que par la souveraineté sur Jérusalem.

David Ben Gourion, qui n’est guère en odeur de sainteté – c’est le cas de le dire – dans le monde juif orthodoxe, disait qu’en Israël, celui qui ne croit pas aux miracles n’est pas réaliste.

Et si la Déclaration de Donald Trump était l’un de ces miracles-là ?
Daniel Haïk