13 Tammuz 5781‎ | 23 juin 2021

La toupie : un jeu, un objet d’art et un symbole

Quelle que soit sa forme, son matériau ou son emploi, la toupie a traversé les siècles et a émerveillé plusieurs générations d’enfants et d’adultes de par son mouvement de rotation fascinant.

 

Toupie, Sévivone ou Dreydel

La toupie se traduit, en hébreu moderne, par « Sévivone » : mot « nouveau » du dictionnaire hébraïque, qui a été inventé par le jeune Itamar fils d’Eliezer ben Yéhouda, âgé alors de 5 ans ! Auparavant désignée par « Karkar », « Hazarzar » ou « Galgalone », c’est la « Sévivone » du jeune linguiste qui a été retenue. La toupie, qui se dit « Dreydel » en Yiddish, se rapprochait des jeux de hasard répandus chez les Juifs d’Europe de l’Est durant les longues soirées d’hiver. La toupie s’est associée aux traditions de ‘Hanoucca à partir du dernier quart du 19ème siècle.

Sur les faces de la toupie, étaient inscrites les mêmes lettres qui figurent sur nos toupies de Diaspora, mais leurs significations en étaient bien différentes et se référaient à des mots issus du Yiddish qui résumaient les règles du jeu.

Nikht =rien, Guantz= tout, Haleb =la moitié, et Shtil= reste en place, le joueur perd un tour.

 

Comment jouer à la toupie ?

On peut jouer à la toupie de différentes façons : la faire tourner le plus longtemps possible, la faire aller le plus loin possible pendant sa rotation, faire tomber des quilles avec la toupie ou encore faire arrêter une autre toupie sans que la nôtre n’interrompe son mouvement. Quelle que soit la règle du jeu, le principe reste le même, c’est le principe des gyroscopes, un objet d’une certaine masse qui tourne assez vite sur lui-même conserve la même direction… La toupie doit donc être lancée perpendiculairement au sol et sur une surface bien plane, autrement, elle fait des mouvements perpendiculaires à son axe de rotation et perd de l’énergie : c’est ce que l’on appelle l’effet de précession.

 

Des toupies variées de plusieurs continents

Toupies japonaises : de formes diverses, fabriquées en bois ou en tissu, elles peuvent parfois s’emboîter. Elles sont populaires chez toutes les classes d’âge et, dans certains milieux, les toupies japonaises s’apparentent à un art.

Toupies à ficelles : souvent en bois et typiques des XIXème et XXème siècles avant l’essor des toupies en plastique, elles ont des formes diverses souvent sphériques.

Toupies Beyblade : ce sont des toupies en plastique fabriquées par un Japonais du même nom. Equipées d’un lanceur, elles peuvent être personnalisées de différentes façons pour en modifier le mouvement ou la vitesse de rotation… Le principe de ce jeu consiste à arrêter la rotation de la toupie adverse avec sa propre toupie en les entrechoquant. Il existe des techniques de lancement de ces toupies, et même des championnats.

Toupie du Bauhaus : Elle dispose de disques colorés interchangeables. Créée par l’Allemand Ludwig Hirshfeld-Mack, elle montre comment la rotation d’un objet peut modifier les couleurs.

Une toupie historique :

Lors de son quatrième voyage dans l’espace, en décembre 1993, l’astronaute juif américain Dr Jeffrey Hoffman, se trouvait pendant ‘Hanoucca dans la navette spatiale « Endeavour ». Il s’était équipé d’une toupie qu’il avait faite tourner « en l’air » jusqu’à ce qu’elle frotte un objet… cette expérience fut filmée et observée par des millions de personnes.

 

Un jouet qui a inspiré des artistes et passionné des collectionneurs

Au cours de ces dernières décennies, la toupie est devenue un objet typique de judaïca, et une certaine mode artistique a été lancée autour d’un design varié et original, tant au niveau des matériaux utilisés que des thèmes évoqués… Plusieurs collectionneurs s’y sont intéressés.

Parmi les collections de toupies, celle de Moché Fuks en compte 200, la plus grande mesure près de 30 cm. Plusieurs d’entre elles ne sont pas destinées à être tournées, elles servent de bijou, de boîte de Tsédaka, de ‘Hanoukiya ou de bonbonnière… enfin, tout objet dont la forme rappelle celle de la toupie, est appelé Sévivone, même s’il ne répond pas forcément à sa propre définition !

La collection la plus impressionnante est sans doute celle d’Avrom Boreg (ancien membre de la Knesset), qui contient près de 3 500 toupies soigneusement rangées sous vitre. La plus petite toupie mesure 2 millimètres seulement. Chaque année, le collectionneur rajoute dix à vingt pièces. Plusieurs offres d’achat de sa collection ont été soumises à Mr Boreg, mais il les a toutes rejetées. Si le prix de ces toupies ne dépasse généralement pas quelques sous, exceptées celle de Michal Negrin ou encore celle de l’institut Betsalel fabriquée dans les années trente ou quarante, leur valeur sentimentale n’est, aux yeux de leur propriétaire, pas monnayable.

 

Un jeu riche en messages…

Dans un article paru dans le Jewish Magazine, Lee Ratzan nous livre la richesse des symboles de la toupie. Nous en rapporterons un extrait :

Sens théologique : la toupie, de par son mouvement de rotation autour d’un point central, nous rappelle l’Omniprésence d’Hachem, qui dirige le monde dans ses quatre directions mais aussi notre vie, sous tous ses angles.

Rappel historique : les quatre faces du corps central de la toupie font référence aux quatre Empires qui ont asservi le peuple juif : la Babylonie, la Perse, la Grèce et Rome, qui, après avoir été des puissances mondiales à une période déterminée, ont tous finis par être décimés.

Symbole psychologique : l’être humain est constitué de quatre principaux composants : Néfech (l’âme), Gouf (le corps), Hakol ou Hével (référence aux mauvaises pulsions) et Sékhel (l’intellect). Tout comme la toupie tourne autour d’un point unique… notre défi consiste à faire fonctionner harmonieusement ces quatre éléments et à les diriger vers Le Créateur pour nous maintenir en équilibre.

Amusez-vous bien avec vos toupies, et ‘Hanoucca Saméa’h à tous !

Yokheved Levy