8 Kislev 5781‎ | 24 novembre 2020

La paracha au féminin – Le test du verrouillage

Auriez-vous accordé la main de votre fille à un criminel si cette dernière avait une chance de le remettre sur le droit chemin ? Alors pourquoi Yaacov fut-il puni pour avoir enfermé Dina dans une malle à l’arrivée d’Essav ?

Une fille à marier

Votre précieuse princesse est en âge de se marier et, tout comme vous-même à son âge, elle a tout pour elle. Un visage d’ange, le cœur sur la main, sans oublier un idéalisme contagieux qui la destine à une brillante carrière dans les hautes sphères de la diffusion du judaïsme. Rien d’étonnant à ce que les plus prestigieuses suggestions de chidoukhim pleuvent à torrent autour d’elle. Tandis que vous hésitez entre l’étoile montante de l’illustre Yéchiva X et la coqueluche de la non moins illustre Yéchiva Y (dont les parents vous courent tous deux derrière) une chadkhanite de renom vous soumet ce qu’elle appelle la « proposition du siècle ». Le parcours du candidat ? Entre vous et elle, il ne manque pas d’originalité. Élevé dans une famille strictement orthodoxe, il a malheureusement glissé dans les bas-fonds de la société. Jusqu’à devenir un délinquant bien connu des services de la police.

Mais avant que vous n’ayez eu le temps de lui raccrocher poliment au nez, votre interlocutrice juge bon d’ajouter une « information cruciale » : c’est que les éminents criminologues qui se sont penchés sur son cas sont unanimes à son sujet. Ce jeune et séduisant caïd a un bon fond. Un très bon fond, même. Et pour peu qu’il côtoie une fille aussi exceptionnelle que la vôtre, il a toutes les chances de devenir le futur dirigeant spirituel du siècle. Alors, ma très chère ? À quand fixons-nous la première rencontre entre nos deux futurs tourtereaux ?

Une scandaleuse suggestion

Si la scandaleuse suggestion de Dame Chadkhanit vous a arraché quelques haut-le-cœur, eh bien sachez que vous n’êtes pas au bout de vos peines. Car il s’avère que, dans la Paracha que nous lirons cette semaine, notre troisième patriarche va être confronté à une proposition de chidoukh du même acabit. Et le plus étonnant dans toute cette affaire, c’est que lorsqu’il refusera catégoriquement de donner la main de sa fille à un individu (très) peu recommandable, il s’en verra vertement puni ! Lisez plutôt.

Dans la section de Vayichla’h, nous assistons aux préparatifs de Yaacov en vue de sa fatidique rencontre avec son frère jumeau Essav. « Il se leva pendant la nuit ; il prit ses deux femmes, ses deux servantes et ses onze enfants et passa le gué de Yabok » nous raconte l’Écriture. Or, parmi les membres de sa famille qu’il rassemble au moment de se mettre en chemin, nos maîtres ne manquent pas de remarquer une grande absente. D’où l’étonnement du Midrach : « Et Dina, où était-elle ? » La réponse à cette énigme, vous vous en souvenez sans doute : « Yaacov l’avait enfermée dans une malle et l’avait verrouillée pour qu’Essav ne puisse porter ses regards sur elle ». Toutefois, cette réaction est visiblement désapprouvée par l’Éternel. La preuve dans la suite du Midrach : « Il a été puni pour l’avoir ainsi refusée à son frère alors qu’elle l’aurait peut-être ramené vers le bien [si elle s’était mariée avec lui]. Et elle est tombée par la suite entre les mains de Chékhem » (Béréchit Rabba 76, 9).

Le mariage n’est pas un hôpital

Dans son commentaire Or Hatsafoun, Rav Nathan Tsvi Finkel (dit le Alter de Slabodka) soulève la question qui a dû perturber plus d’un parent de fille en âge de se marier : quel père juif digne de ce nom accepterait de donner la main de sa fille à un homme qui a déjà commis les trois péchés capitaux – et plus parce qu’affinités ?! Alors pourquoi Yaacov fut-il puni pour avoir refusé Dina à son frère ? Et quand bien même il existait une infime probabilité que Dina remette Essav sur le droit chemin, fallait-il que le patriarche encoure le risque, bien plus plausible, que ce soit sa propre fille qui épouse la mauvaise voie ? Ou, comme vous le dira tout Coach Chidoukh qui se respecte, le mariage n’est pas un hôpital. Et il n’est pas question d’épouser une personne dans l’objectif, avoué ou non, de le « guérir » de ses vilains défauts. Dans ce cas, comment reprocher à Yaacov d’avoir préservé sa précieuse Dina d’un « mariage à problèmes » ?

Le cliquetis de trop

Le Alter de Slabodka nous explique que la « faute » de Yaacov se situait non pas au niveau de l’action, mais à celui, bien plus subtil, de l’intention sous-jacente. En réalité, souligne-t-il, même si Dina possédait toutes les qualités spirituelles nécessaires pour exhorter son oncle au repentir, Yaacov était dans tous ses droits de s’opposer à une union aussi hasardeuse. Cela dit, comme le Tout-Puissant se montre extrêmement exigeant envers les justes, Il a estimé que le patriarche aurait dû éprouver davantage de tristesse, davantage de chagrin, à l’idée de priver Essav d’une épouse qui aurait eu le pouvoir de le ramener sur le droit chemin.

Analysant la formulation précise du Midrach évoqué ci-dessus, Rav Nathan Tsvi Finkel remarque que le patriarche ne se contenta pas d’« enfermer » Dina dans une malle ; il alla jusqu’à la « verrouiller » ! Et c’est ce « cliquetis métallique de trop », ce tour de clé aux accents quelque peu rageurs, qui lui est reproché ! Car étant donné que l’âme d’un autre Juif était en jeu – celle de son frère de surcroît – on se serait attendu à ce que Yaacov fermât ledit coffre avec un geste contrit, voire un soupir de regret. Comme pour prouver que l’avenir spirituel de son frère jumeau le préoccupait encore. Et que, s’il lui refusait la main de sa fille – celle-là même qui détenait la clé de son âme – il le faisait par raison. Et non pas de gaîté de cœur.

En conclusion, Yaacov n’était pas tenu d’accorder la main de sa fille à un mécréant. Il était donc tout à fait légitime de sa part de l’enfermer dans une malle pour la préserver des regards malsains d’Essav. Mais là où le bât blesse, c’est que, en égard à son niveau spirituel, il aurait dû agir ainsi le cœur lourd. Et c’est cette infime indifférence face au sort de son frère, incarnée par le verrouillage acharné de la malle, qui lui a valu une sévère punition.

Le cœur a ses raisons…

Alors, quel message actuel pouvons-nous tirer de ce passage ? Celui de ne pas verrouiller à double tour notre portable quand Dame Chadkhanit nous propose des suggestions qui n’arrivent pas à la cheville de notre perle rare ? Pas tout à fait… Comme le remarque Rav Todros Miller, le « test du verrouillage » nous guette à chaque fois que les circonstances nous dispensent d’une quelconque mitsva. Car c’est dans un tel cas de figure que nous pouvons prouver notre attachement – ou au contraire notre indifférence – envers cette dernière.

Un petit exemple terre à terre ? En tant que femme mariées croulant sous les mille et une responsabilités familiales et professionnelles, notre obligation de prier est assez restreinte. (Consulter une autorité rabbinique pour connaître les prières minimum à réciter pour une femme.) Mais reste à savoir quelle sera notre attitude face à cette « dispense » de prière accordée par la halakha… Allons-nous profiter de l’occasion pour refermer notre Sidour d’un « clac » retentissant ? Ou allons-nous plutôt caresser nostalgiquement sa couverture poussiéreuse en poussant un soupir de regret pour nos lointains jours de séminaire où nous enchaînions les trois prières quotidiennes ? Et donc profiter de chaque petite parenthèse de répit pour « subtiliser » quelques mots de prière par-ci par-là…

Comme nous l’a appris Yaacov, il y a l’Action, et puis il y a l’Intention. Il y a le Cœur, et puis il y a la Raison. Et si la Raison peut nous dispenser de l’Action, le Cœur, lui, ne pourra jamais nous exempter de l’Intention. Car le Cœur a ses raisons que la Raison ignore.

Ora Marhely

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