7 Kislev 5781‎ | 23 novembre 2020

La volonté derrière la pensée

La volonté derrière la pensée

 

De prime abord, l’épreuve de la ligature d’Its’hak constitue une contradiction flagrante entre les différentes prophéties annoncées à Avraham. En effet, Its’hak avait d’emblée été destiné à devenir l’héritier spirituel du premier patriarche ; or à présent, D.ieu exige qu’il soit sacrifié sur un autel…

 

En réalité, s’il l’on examine attentivement les formulations des ordres divins, on s’apercevra qu’il n’y a jamais eu aucune contradiction entre eux. Rachi (sur Béréchit 22, 12) rapporte en effet au nom du Midrach : « Je n’ai jamais contredit les paroles de Mes lèvres, puisque Je ne T’avais pas demandé de “l’égorger”, mais de le “faire monter”. Par conséquent, après que tu l’as fait monter [sur l’autel], tu peux l’en faire redescendre… » En clair, le commandement divin avait été textuellement : « Va pour toi vers la terre de Moriya, et fais-le monter là-bas en holocauste » (22, 2). Or, « faire monter » ne signifie pas « égorger », mais simplement présenter Its’hak sur un autel et en faire une « offrande symbolique ».

Pourtant, Avraham n’a pas vu les choses sous cet angle : pendant les trois jours de marche jusqu’à la montagne de Moriya, il était convaincu qu’il s’apprêtait à égorger son fils bien-aimé ! Bien plus : Avraham avait clairement conscience de l’apparente contradiction entre les ordres divins, comme le souligne ce Midrach (Béréchit Rabba 56, 15) : « Avraham s’est ainsi exprimé : “Maître du monde ! Au moment où Tu m’as ordonné : “Prends ton fils, ton fils unique [et fais-le monter en holocauste]”, j’aurais pu Te répondre : “Hier, Tu m’as annoncé : “Car c’est la postérité d’Its’hak qui portera ton nom” (supra 21, 12), et maintenant, Tu me demandes de le sacrifier !” Je n’ai pourtant rien dit : j’ai surmonté l’amour de mon enfant pour faire Ta volonté.” » Compte tenu de cette contradiction et de l’ambivalence de l’ordre divin, comment se fait-il qu’Avraham n’ait pas réalisé son erreur ? Pourquoi a-t-il persisté à croire qu’il allait bel et bien égorger son fils, alors qu’il n’en était rien ?!

De fil… en aiguille

Après la victoire d’Avraham contre les quatre rois féroces (voir supra chap. 14), le roi de Sodome lui proposa d’emporter tout le butin en récompense de son dévouement : « Rends-moi les personnes, et prends les biens pour toi ! » (v. 21). Mais le patriarche a catégoriquement refusé : « Je jure que fût-ce un fil, fût-ce la courroie d’une sandale, je ne prendrai rien de ce qui est à toi… » (v. 23). Citant ce verset, le Talmud explique que par le mérite du refus d’Avraham de prendre le moindre fil et la moindre courroie, ses descendants bénéficieront de deux mitsvot : les fils des tsitsit et les lanières de téfilines. Quel est donc le lien entre le refus du patriarche et ces deux commandements ?

En réalité, un lien étroit unit les tsitsit et les téfilines : ces deux préceptes sont destinés à stimuler le souvenir. En effet, le Choul’han Aroukh rapporte au sujet de ces dernières : « En attachant les téfilines au bras, on pensera au fait que le Saint béni soit-Il nous a ordonné de placer ces quatre parchemins (…) afin que nous nous souvenions des miracles et des prodiges qu’Il a accomplis en notre faveur… » Pour ce qui est des tsitsit, cela apparaît explicitement dans le verset : « Vous le verrez et vous vous souviendrez de tous les préceptes de l’Éternel… » (Bamidbar 15, 39). D’ailleurs, la notion de « souvenir » est particulièrement marquée s’agissant de cette mitsva, comme le souligne ce célèbre enseignement : « Rabbi Méïr disait : Pourquoi l’azur a-t-il été désigné [pour les tsitsit] plus que toute autre couleur ? Car l’azur rappelle la mer, et celle-ci fait penser au firmament, et le firmament évoque le Trône de gloire » (Ména’hot 42/b).

Vade-mecum

Or, il convient justement de s’interroger à ce sujet : comment ces symboles sont-ils censés éveiller précisément les souvenirs visés ? Autrement dit, nous avons tous eu recours un jour ou l’autre à des aide-mémoires, afin de nous souvenir de tâches que l’on aurait été susceptibles d’oublier. Cependant, il est impératif que ces objets évoquent eux-mêmes clairement la tâche en question, sans quoi on pourrait tomber dans un cercle vicieux où l’on oublie ce que le pense-bête était supposé nous rappeler… D’où la question : comment la vue d’un fil coloré d’azur est-elle censée nous aider à nous rappeler « tous les préceptes de l’Éternel… » ? Et, semble-t-il, les explications de Rabbi Méïr ne font qu’intensifier la question : s’il convient de passer par l’azur, la mer puis le firmament pour se souvenir du Trône de gloire, l’esprit risque fort de se perdre en route…

Selon rav Dessler, la réponse relève d’un phénomène humain bien connu : nous sommes tous dotés d’une mémoire sélective, c’est-à-dire que les souvenirs jaillissent dans l’esprit en fonction de l’importance que nous accordons aux choses. Ainsi, lorsque nous attendons la visite d’un invité de marque, notre esprit peut difficilement se détacher de cette pensée, et chaque petit bruit nous fait penser à des coups frappés à la porte. Et il en va ainsi dans tous les domaines de la vie : ce qui occupe et préoccupe notre esprit le remplit au point que la moindre évocation a un effet mémoriel immédiat.

Voilà donc l’intérêt du symbole des tsitsit, destiné à stimuler notre mémoire. Certes, un simple fil bleu est une évocation très éloignée des dimensions qu’il est censé rappeler. Cependant, c’est précisément là l’un des enjeux de ce commandement : il nous invite à accroître l’importance que l’on accorde aux mitsvot, de sorte que la vue de ces fils suscite spontanément en nous le souvenir du Trône de gloire et des autres commandements.

C’est ainsi que s’explique le mérite particulier que renferme la réponse d’Avraham au roi de Sodome : « Je jure que fût-ce un fil, fût-ce la courroie d’une sandale, je ne prendrai rien de ce qui est à toi… » Pourquoi le patriarche refusa-t-il toute compensation ? Car son cœur était si rempli des valeurs spirituelles, que le matériel n’avait absolument aucun attrait pour lui. Ce refus catégorique était la preuve manifeste qu’à ses yeux, seuls importaient sa proximité de D.ieu et les moyens nécessaires pour atteindre ce but. Or, lorsqu’un homme voue à ce point toutes ses forces et pensées à l’idéal divin, chaque élément de l’existence constitue pour lui un objet de rappel, qui dirigera spontanément son esprit vers les valeurs spirituelles.

Donner, tout donner…

Il en alla de même au moment de la ligature d’Its’hak. Certes, en relisant attentivement l’ordre divin et en prêtant attention à la contradiction qu’il implique, on comprend qu’il ne s’agissait pas de « sacrifier » Its’hak, mais d’en faire un symbole de dévouement pour la postérité.

Mais ces considérations n’entrent pas en ligne de compte pour un personnage de l’envergure d’Avraham : pour lui, chaque circonstance de la vie est une occasion de se dévouer davantage au Créateur ; pour lui, une marque de dévotion implique un don de soi total, sans concession. Aussi, lorsque D.ieu lui ordonna de « faire monter son enfant en holocauste », cela ne pouvait signifier autre chose que sacrifier la vie de son fils bien-aimé. Car telle était la force du patriarche : il était si entier dans ses convictions que dans son monde, les euphémismes et autres demi-mesures n’existaient tout bonnement pas…

(D’après Chiour Léyom Hachabbat).

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