7 Kislev 5781‎ | 23 novembre 2020

Le beau rôle

C’est le jour d’intronisation du Roi des rois et nous donnerions cher pour nous trouver aux premières loges et acclamer Sa souveraineté au son tonitruant du Chofar. Sauf que la plupart d’entre nous ne mettrons pas les pieds à la synagogue de toute la fête, mais suivrons cette cérémonie par la pensée, en compagnie de nos juniors. Pis-aller ou peut-être… privilège ?!

La fête de Roch Hachana approche à grands pas et, cette année encore, nos maris vont se rassembler dans les synagogues enveloppés de leurs châles de prière, le visage surmonté d’un halo éblouissant de sainteté. De notre côté, nous autres femmes et mères d’enfants en bas-âge, nous les regarderons s’en aller aux aurores avec un regard d’envie non dissimulé.

Chofar ou chauffard ?

Car pendant que ces messieurs écouteront l’officiant psalmodier les poignants cantiques d’« A’hot Kétana » ou de « Ounétané Tokef », nous-mêmes resterons bien au chaud dans nos humbles demeures à écouter la joyeuse cacophonie de nos rejetons. Et pendant que leurs cœurs vibreront au son majestueux du Chofar, les nôtres trembleront à la vision de nos petits « chauffards » dégringolant les escaliers du grenier au volant de leur voiturette en jouet. Tout en nous évertuant, tant bien que mal, à glaner quelques bribes de prières, à formuler quelques pieuses bonnes résolutions. Entre deux caprices. Entre deux distributions de Bissli. Entre deux règlements de compte.

Bien entendu, ce pincement de jalousie, cette bouffée de nostalgie pour nos années de séminaires où nous trônions, toutes pimpantes, à la Ezrat Nachim, se verront aussitôt évincés de nos esprits en repensant à cette belle conférence à laquelle nous avons assisté veille de fête : « Votre place est à la maison, avec les enfants, que martelait la Rabbanite. C’est grâce à VOUS que vos maris pourront prier en toute sérénité ! »

Convaincues ou résignées ?

Alors nous nous convainquons. Ou plutôt, nous nous résignons. Car au fond de nous, tout au fond de nous, une petite voix têtue et insidieuse ne peut s’empêcher de nous narguer perversement : « Allons, un peu d’honnêteté. Entre toi qui passes ta matinée à servir du gâteau au miel, changer des couches et relire pour la énième fois “Petit Ours Brun veut aller à l’école”, et lui qui va tranquillement à la Syna pour s’y répandre en prières – lequel d’entre vous deux tient le beau rôle ?! Toi ou lui ?! Un peu d’honnêteté, s’il te plaît… »

Eh bien, que cette petite voix têtue et insidieuse se détrompe. Et qu’elle ait l’humilité de prêter l’oreille à cet enseignement inédit du regretté rav Moché Shapira zatsal quant au rôle grandiose de la femme tout au long de l’année, et plus particulièrement pendant les fêtes solennelles.

Privilège ou pis-aller ?

Tous les matins, à notre réveil, nous exprimons notre gratitude à Hachem pour tous les cadeaux dont Il nous comble, mais que nous avons la fâcheuse tendance à tenir pour acquis. À commencer par la vie : « Je Te rends grâce, Ô Roi vivant et immuable, de m’avoir rendu mon âme avec mansuétude ». À continuer par la vue : « Béni Tu es, Hachem, notre D.ieu, Roi de l’univers, qui rends la vue aux aveugles. » Nous allons même jusqu’à Le louer pour notre garde-robe ô combien fournie : « Béni Tu es, Hachem, notre D.ieu, Roi de l’univers, qui vêts ceux qui sont nus. » Et bien sûr, nous terminons en beauté en Le remerciant  de notre  appartenance à la gent féminine : « Béni [Tu es, Hachem, notre D.ieu, Roi de l’univers,] qui m’as faite selon Sa volonté. »

Mais pour peu que nous lorgnions sur la colonne de gauche de notre Pata’h Eliahou, là où figure la bénédiction réservée aux membres de la gent masculine – « Béni Tu es, Hachem, notre D.ieu, Roi de l’univers, qui ne m’as pas fait femme » – nous pourrions être tentées de réciter la nôtre sur le ton du… dépit. Presque comme si nous entamions notre journée en nous résignant stoïquement à notre sort de femme : « Tu m’as faite femme et non pas homme. Soit. J’accepte mon rôle et je me plie humblement à Ta volonté. » Vous ne trouvez pas cela un tantinet tristounet pour une bénédiction censée célébrer votre féminité ?!

Femmes, je nous aime

Pour le rav Moché Shapira zatsal, il s’agit là d’une grave erreur d’interprétation de cette bénédiction. Et il suffit de se pencher un peu plus attentivement sur sa formulation pour s’en apercevoir. « Béni qui m’a faite selon Sa volonté », disons-nous. Mais quelle est donc « Sa volonté » ? Comme l’écrit le Ram’hal, la volonté du Tout-Puissant en créant ce monde est de « partager Sa bonté avec Ses créatures » (Daat Tévounot 18). Donner de manière inconditionnelle, donner sans rien attendre en retour, donner pour le seul et unique désir de donner ; telle est la volonté suprême du Créateur du monde.

Or il s’avère que parmi les innombrables créatures qui peuplent Son univers, Il en a forgé une qui possède un état d’esprit particulièrement proche du Sien. De qui s’agit-il ? Déroulez le tapis rouge. Il s’agit de nulle autre que… la femme. En effet, comme nous fait remarquer le maître incontesté de la pensée juive, une femme n’a aucune obligation de se marier, d’avoir des enfants ni de promouvoir les progrès spirituels de son époux. Et pourtant, elle remplit tous ces rôles admirablement. Et savez-vous pourquoi ? Eh bien parce qu’ils correspondent à sa volonté la plus profonde. Par son altruisme totalement désintéressé, par sa générosité dénuée de la moindre arrière-pensée, la femme épouse la volonté suprême du Créateur du monde ; celle du Don par excellence. Aussi, chaque matin, à l’aube d’une nouvelle journée où elle sera tout entière tournée vers ceux qu’elle aime, la femme remercie Hachem de lui avoir accordé une volonté intime qui se fait l’écho de celle de Son Créateur. Bref, loin d’une déclaration résignée, la bénédiction « Béni qui m’a faite selon Sa volonté » n’est autre qu’une remarquable ode au dévouement féminin sans bornes.

Sur les traces du Roi

À Roch Hachana, hommes et femmes proclament la Royauté de D.ieu. Mais chacun le fait à sa façon. Les premiers se réunissent dans le palais du Roi où ils chantent en chœur Sa gloire et sonnent du Chofar pour acclamer haut et fort Sa souveraineté. Quant aux secondes, elles optent pour une approche qui leur correspond à merveille. Elles restent chez elles, en toute discrétion, et prennent la ferme décision de L’imiter. De suivre Son exemple. De s’inspirer de plus belle de Sa volonté suprême. D’ailleurs, elles ne se contentent pas de cette bonne résolution. Elles la mettent aussitôt à exécution. À peine tombées du lit en ce tout premier jour de l’année juive, les voilà qui s’empressent de réchauffer des biberons pour leurs enfants, de leur servir collation après collation, de leur chanter des berceuses, de soigner leurs bobos, de consoler leurs chagrins… Et tout cela, elles le font de façon volontaire, sans en avoir jamais été obligées par le Roi. Mues par cette forme précise de bonté pure, sincère et désintéressée qui poussa le Souverain à établir Son royaume sur terre. Y a-t-il de plus belle marque d’allégeance que celle de marcher sur les traces du Roi ?

En conclusion, entre lui qui passe le plus clair du Yom Hadin à la synagogue et nous qui partageons notre temps entre la cuisine, le salon-salle de jeux et le jardin du coin, qui tient le beau rôle ? À vous d’en juger…

 

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