18 Kislev 5781‎ | 4 décembre 2020

L’assassin de Sarah Attal-Halimi zal aux assises ?

L’analyse très attendue de l’expert-psychiatre a été révélée le 13 septembre. Elle ouvre la voie à la reconnaissance de la responsabilité pénale du meurtrier et peut-être à la qualification antisémite des faits. Mais la famille juge le rapport édulcoré.

 

Daniel Zagury a vécu au Maroc jusqu’à l’âge de dix ans et lorsqu’on évoque sa judéité, il réagit ainsi : « Je ne la mets pas constamment en avant mais je ne l’élude pas. Etre juif, en termes d’Histoire, de culture, d’amour, d’obstination au dépassement de soi et d’exigence de la transmission, a toujours été pour moi une évidence » (interview dans le quotidien La Croix en 2016). C’est ce même Daniel Zagury qui a été chargé, en tant qu’expert-psychiatre auprès des services judiciaires, de rédiger un rapport très attendu sur la responsabilité pénale de Kobili Traoré, l’assassin de Sarah Attal-Halimi zal décédée dans des conditions barbares le 4 avril 2017. L’analyse rendue le 13 septembre conclut à une altération du discernement favorisée par la drogue (une prise massive de cannabis), sans abolition du jugement. « Un crime délirant », est-il écrit. Le praticien, expérimenté et unanimement respecté, estime que l’aspect « pathologique du passage à l’acte ne fait aucun doute », mais que « la prise volontaire de stupéfiants permet de considérer que le sujet en est partiellement responsable ».

L’examen révèle que l’égarement mental en question était « notamment caractérisé par un délire de persécution polymorphe, à thématique mystique ». Ce trouble psychotique, selon Daniel Zagury, n’est « pas incompatible avec une dimension antisémite » du crime – qualification non retenue à ce jour, on le sait, dans la procédure. Cette dernière évaluation pourrait être lourde de conséquence : elle abonde dans le sens de la revendication des dirigeants communautaires en faveur de la reconnaissance par la justice du caractère islamiste et antijuif de l’attentat perpétré par Kobili Traoré. Cela ouvrirait la voie à une condamnation pour homicide aggravé et non pour « simple » assassinat (si l’on peut dire…). Le président du Consistoire, Joël Mergui, s’est d’ailleurs félicité du rapport, remarquant qu’il préconisait tout au moins la comparution du prévenu devant les assises et non un classement pour folie et irresponsabilité pénale.

De son côté, le fils de la victime a fait part de sa déception, regrettant les commentaires à ses yeux trop nuancés de l’expert. « Il est pénible de lire ce texte, a affirmé Yonathan Halimi devant les caméras de la chaîne israélienne francophone i24News. Les faits sont clairs pour nous. Cet assassin a été arrêté plusieurs fois, il était connu de la police et n’a jamais été considéré comme un malade mental (…). Il a tout prémédité et organisé (…). On se bat pour que le caractère antisémite et terroriste soit reconnu. Il faut que tout le monde comprenne que la veille du meurtre, Traoré a passé la journée dans une mosquée. (…) Il savait que ma mère était juive ».

Alexandre Buchinger, avocat de la famille, a sollicité une contre-expertise, estimant que Daniel Zagury édulcorait la réalité.