21 Elul 5779‎ | 21 septembre 2019

Le Hamas tenté par une escalade militaire contre Israël ?

A Palestinian man and his son hold a Qatari flag during a rally in support of Qatar, inside Qatari-funded construction project 'Hamad City', in the southern Gaza Strip June 9, 2017. REUTERS/Ibraheem Abu Mustafa - RTX39TEW

Plusieurs facteurs pourraient pousser le Hamas de Gaza à vouloir sortir de son isolement en faisant monter la pression dans la région par de nouvelles attaques contre l’Etat hébreu…

Alors qu’au cours des derniers mois, Tsahal a surtout œuvré pour renforcer sa présence sur tout le front-nord d’Israël en menant une série de « manœuvres-surprises » afin de bien signifier au Hezbollah libanais qu’Israël était prêt à toute éventualité, les choses sont visiblement en train de changer avec une préoccupation sécuritaire qui se tourne aussi vers le sud du pays.

L’establishment sécuritaire israélien regarde à nouveau vers Gaza

En effet, non seulement plusieurs rapports et déclarations des experts de Tsahal comme du Shin-Bet confirment cette tendance, mais c’est la situation sur le terrain qui est en train de changer sous l’effet de plusieurs facteurs concomitants : l’aggravation de la crise humanitaire dans la Bande de Gaza (tout en réduisant les salaires des fonctionnaires de Gaza, l’AP a fini par obtenir d’Israël une réduction de 40 % de sa fourniture d’électricité dans la Bande), doublée du récent boycott contre le Qatar – principal pourvoyeur de fonds de l’économie du Hamas et soutien N°1 de ses dirigeants régionaux– par la plupart des pays sunnites de la région, le tout s’ajoutant à l’intensification de la construction en cours par Israël d’une longue barrière de sécurité souterraine contre les tunnels du mouvement islamique et aux insistantes exigences sécuritaires égyptiennes anti-terroristes au sud de Gaza…

Autant de considérants qui, isolant encore davantage le Hamas aux plans local et régional, pourraient le pousser à déclencher des tirs plus ou moins massifs de roquettes sur le territoire israélien. D’ailleurs, outre ce scénario qui pourrait paraître encore assez lointain, il s’avère que plusieurs sources sécuritaires israéliennes ont confirmé que le Hamas déploie déjà de gros efforts pour organiser des attaques terroristes en Judée-Samarie ainsi que des « manifestations de masse » dans ces deux régions contre la barrière de sécurité, ainsi qu’une éventuelle « grande marche populaire » des Gazéens vers la frontière israélienne.

Elément aggravant : le nouveau N°1 du Hamas de Gaza, Yahya Sanouar, risque fort d’entacher sa réputation de « dur » et de faucon s’il ne prend pas prochainement quelques initiatives militaires plus ou moins spectaculaires. Certes, le régime islamiste de Gaza ne souhaite pas un large conflit immédiat avec Israël, mais son « chef d’état-major » semble s’y préparer de manière plus sérieuse et intensive qu’avant la guerre de l’été 2014…

L’Iran a renoué avec le Hamas de Gaza

Autre source d’inquiétude, plus internationale celle-là : le fait qu’avant le tout récent boycott du Qatar initié par l’Arabie Saoudite dans le sillage de la visite de Donald Trump à Ryad, les mollahs de Téhéran ont entrepris fin mai un rapprochement avec le Hamas de Gaza, après d’intenses pourparlers « secrets » bilatéraux tenus durant des semaines au Liban en présence de hauts-responsables des Gardes révolutionnaires iraniens.

On se souvient en effet que l’Iran avait pris ses distances d’avec le Hamas au plus fort de la guerre civile syrienne quand son N°1 d’alors à Gaza, Ismaël Haniyeh, avait refusé de soutenir le régime Assad, allié direct de Téhéran. Résultats : les mollahs allèrent même jusqu’à tenter d’implanter voilà trois ans une milice chiite au cœur de Gaza, censée devenir la « section locale » du Hezbollah libanais !

Or l’intensification actuelle du face-à-face Ryad-Téhéran tout comme l’isolement progressif du Hamas ont poussé les Iraniens à vouloir faire volte-face en se rapprochant des dirigeants gazéens actuels pour leur proposer une nouvelle alliance faite de soutiens financier, logistique et militaire. Fait illustrant ce rapprochement en cours : une délégation officielle de très haut rang du Hamas menée par Haniyeh, président du Bureau politique du Hamas, est en passe de se rendre à Téhéran.

Richard Darmon