13 Kislev 5780‎ | 11 décembre 2019

Les coulisses du coup d’éclat de Binyamin Nétanyaou face à Sigmar Gabriel

German Foreign Minister Sigmar Gabriel seen before his meeting with Israeli President Reuven Rivlin at the President's residence in Jerusalem, Israel on April 25, 2017. Photo by Yonatan Sindel/Flash90 *** Local Caption *** נשיא נשיא המדינה רובי ריבלין גרמני מסיבת עיתונאים לחיצת יד זיגמר גבריאל שר החוץ

Une fois de plus la chorale des faiseurs d’opinion anti-Nétanyaou s’est instinctivement indigné en apprenant que le Premier ministre israélien avait annulé, mercredi 26 avril sa rencontre avec le chef de la diplomatie allemande Sigmar Gabriel en visite en Israël : « Pourquoi se comporte-t-il avec tant d’arrogance face au représentant du pays le plus puissant d’Europe ? Pourquoi met-il ainsi en péril, les étroites relations diplomatiques entre Israël et l’Allemagne », ont alors lancé plusieurs éditorialistes israéliens, relayés par certains leaders de la gauche israélienne.
De prime abord, ces interrogations sont légitimes. L’Allemagne est sans conteste aujourd’hui le pays européen le plus proche d’Israël et une telle crise ne paraissait pas indispensable. Mais pour mieux comprendre ce coup d’éclat du Premier ministre israélien, il faut le replacer dans son contexte diplomatique et politique. La réalité apparaîtra alors sous un nouveau prisme qu’il est souhaitable de mettre en évidence, alors que l’Etat d’Israël célèbre son 69è anniversaire.
Depuis plus d’un an, Binyamin Nétanyaou répète à qui veut l’entendre que l’Etat d’Israël est courtisé par des puissances économiques et démographiques telles que la Chine, l’Inde, le Japon et la Russie pour son expertise dans deux secteurs privilégiés : la lutte anti-terroriste et la très haute technologie. A cela, il faut rajouter l’attrait retrouvé de l’Afrique pour l’Etat hébreu et le rapprochement stratégique opéré par plusieurs pays arabes sunnites modérés effrayés par la menace iranienne. Mêmel’ONU sous la direction d’Antonio Gutterres et avec la poigne de fer de l’ambassadrice américaine Nikky Haley, semble changer de ton envers l’Etat hébreu (contrairement à l’UNESCO)…

Cette très nette embellie diplomatique, contraste singulièrement avec le positionnement glacial voire hostile de l’Europe envers Israël. Alors que le Proche-Orient est en plein chaos, l’Europe semble continuer à réfléchir selon des poncifs dépassés. Pour les Européens, Jérusalem ne peut être la capitale d’Israël, les implantations restent toujours la « cause » du conflit entre Israël et les Palestiniens et le retour au calme dans la région continue de passer par un règlement de ce conflit. Ne pouvant pas décemment boycotter l’Etat hébreu, l’Union européenne prône l’étiquetage de produits provenant des implantations. Et ne pouvant ouvertement faire chuter le gouvernement nationaliste de Binyamin Nétanyaou, l’UE en tant que telle, ainsi que des pays européens, tels que l’Allemagne, le Danemark ou la Suède finance à coup de millions de dollars des ONG israéliennes d’extrême-gauche, telles que Betselem et « Breaking the silence » (BtS) qui se font un devoir de salir l’Etat d’Israël, Tsahal et ses soldats ,sur toutes les places étrangères. Depuis sa réélection, à la présidence du Conseil , il y a deux ans, Binyamin Nétanyaou a décidé de lutter avec tous les moyens légaux contre ces « experts en calomnie ». Pour le Premier ministre, si la démocratie leur octroie le droit d’agir comme ils l’entendent, elle autorise également l’Etat de Droit à se défendre et à les combattre. Ainsi l’été dernier, la coalition gouvernementale a voté une loi obligeant ces ONG à publier leurs sources de financement.Depuis le début de 2017, Mr Nétanyaou semble être passé à la vitesse supérieure : en février lors de sa visite à Londres, il a demandé à Thérésa May que la Grande Bretagne cesse de financer BtS. Lorsque May lui a rétorqué que Londres ne versait pas de budgets à l’ONG, Mr Nétanyaou lui a prouvé document à l’appui que le gouvernement britannique finançait l’association chrétienne Christian Aid qui, elle, finance BtS. Et c’est également en février que le Premier ministre a ouvertement critiqué son homologue belge Charles Michel qui, lors d’une visite en Israël, avait tenu à rencontrer les représentants de BtS…Ceci pose donc de manière assez précise le décor. Mais pour avoir une vue plus complète de l’affaire Sigmar Gabriel, il faut d’abord savoir que selon les convenances diplomatiques, lorsqu’un diplomate est en visite dans un pays étranger, il doit généralement se plier au programme qu’on lui propose. Bien évidemment il peut librement rencontrer l’opposition démocratiquement élue. Mais si ses hôtes lui indiquent qu’ils ne voient pas d’un bon œil sa rencontre avec des organismes qui combattent les instances étatiques, alors il est de tradition de s’abstenir. Au cours des jours qui ont précédé la visite en Israël de Sigmar Gabriel, l’entourage du Premier ministre (qui est aussi le chef de la diplomatie israélienne) a discrètement fait savoir que Jérusalem ne tolèrerait une rencontre avec BtS et avec Betzelem. Mais Gabriel semble avoir voulu faire la sourde oreille. Ainsi lorsque Mr Nétanyaou a tenu mercredi dernier à lui expliquer pourquoi il ne le rencontrerait pas, le ministre allemand a très impoliment refusé de prendre le Premier ministre au téléphone.

A vrai dire, le comportement de Sigmar Gabriel et son refus de se plier aux règles de bienséance diplomatiques ne sont pas surprenants. A propos des ONG d’extrême gauche, le ministre allemand est un récidiviste. Lors d’une précédente visite en Israël en 2012, Gabriel, alors président du parti Social Démocrate allemand avait déjà rencontré à Hébron les représentants de Breaking the Silence et, à cette occasion, il avait qualifié l’Etat hébreu « d’Etat d’apartheid ». Mais ce n’est pas tout, Gabriel est connu en Allemagne pour collectionner les gaffes diplomatiques. Ce fils de dignitaire nazi qui très vite a rejeté son père et condamné ses actes, s’était précipité à Téhéran au lendemain de l’accord de Vienne en juillet 2015,mettant dans un certain embarras le gouvernement allemand, l’État d’Israël et le monde juif. D’ailleurs remplaçant Frantz Steinmeyer, il y a trois mois, au poste de ministre des Affaires Etrangères, il avait publiquement reconnu qu’il allait devoir « se conduire plus diplomatiquement ». Pour justifier sa décision de rencontrer, malgré tout, les représentants de BtS, Gabriel a affirmé qu’il voulait s’entretenir, lors de sa visite, avec les diverses composantes de la société israélienne. Inutile de préciser que celui qui fut encore récemment le chef du SPD, le grand parti social démocrate (Gauche), n’a pas pris la peine de rencontrer parallèlement à BtS, les représentants du Gouch Emounim ou de Zo Artzenou, deux ONG israéliennes nationalistes… Et l’on peut raisonnablement penser que même dénué de tout sens diplomatique, Sigmar Gabriel n’aurait pas oser rencontrer lors d’une visite officielle à Washington, des représentants d’ONG d’extrême gauche américaine qui se font un devoir de salir l’armée américaine, contre l’avis de Donald Trump. Ou encore on peut largement supposer que Gabriel n’aurait pas accepté que le chef de la diplomatie israélienne rencontre à Berlin des représentants d’une ONG anti-militariste dont le financement proviendrait en partie de l’Etat hébreu. Alors pourquoi a-t-il été à l’affrontement avec le Premier ministre. Selon certaines sources allemandes, cette joute diplomatique aurait des motivations politiques et s’inscrirait dans la perspective des législatives allemandes de septembre prochain. Le SPD, pourrait s’en servir pour attirer les votes de l’électoratarabo-musulman qui s’amplifie en Allemagne.

Voilà pourquoi, au lendemain des commémorations du Yom Hashoah, Binyamin Nétanyaou a bel et bien agi comme doit le faire un Premier ministre israélien décomplexé, en refusant de recevoir le chef de la diplomatie allemande. D’une certaine manière cette attitude ferme n’est pas sans rappeler celle adoptée en 1981 par Menahem Begin, lorsque le chancelier allemand de l’époque Helmut Schmidt avait prôné entre autres la création d’un État palestinien : « Après tout ce qui s’est passé (entre nous et l’Allemagne), il ose nous dire cela. Il me demande de mettre en danger 3,5 millions d’Israéliens et je devrais me taire?…, avait alors clamé Mr Begin dans un discours mémorable…
Daniel Haïk