23 Sivan 5779‎ | 26 juin 2019

Arour Haman ?

Une halakha bien  connue  établit  qu’à  Pourim,  « chacun  a  le  devoir  de  s’enivrer  jusqu’à  ne plus savoir distinguer “maudit soit Haman”, de “béni soit Mordékhaï” » (Choul’han Aroukh O.H.  695,  2).  De  nombreuses  explications  ont  été  données  à  cette  coutume  apparemment insolite. L’une d’entre elles, proposée par le Gaon de Vilna, met cette loi en relation avec une autre,  également  spécifique  à  Pourim : « On  ne  se  montre  pas  tatillon  avec  l’argent  de  la charité distribué à Pourim : on donne à quiconque tend la main » (ibid. 694, 3).

Du  fait  que  l’argent  de  la  charité  est  largement  distribué  pendant  cette  fête,  les  indigents  l’attendent  avec  impatience,  certains  de  recevoir  alors  de  généreux  dons.  Aussi,  lorsque  les mains –  et  les  portefeuilles –  s’ouvrent  à  Pourim,  les  personnes  nécessiteuses  bénissent ce jour, et plus particulièrement Mordékhaï qui instaura cette fête: « Béni soit Mordékhaï ! » De l’autre  côté  de  la  barrière,  se  tiennent  les  personnes  aisées  pour  qui  il  n’est  pas  toujours  évident de distribuer si  largement la charité pendant cette journée. Aussi, chaque  fois qu’elles sont  contraintes  de  « lâcher  du  lest », les  plus  regardantes  d’entre  elles  ne  manquent  pas  de maudire l’homme à l’origine des événements de Pourim : « Maudit soit Haman ! » Nos Sages prescrivent donc qu’en ce jour de fête, on doit s’enivrer jusqu’à ne plus savoir si l’on appartient à la classe de ceux qui « maudissent Haman » ou de ceux qui « bénissent Mordékhaï »…Y.B.