11 Kislev 5780‎ | 9 décembre 2019

Israël et l’Egypte partagent des intérêts sécuritaires communs face au Hamas et à Daësh

Egypt's President Abdel Fattah al-Sisi attends during signing of agreements ceremony with Sudanese President Omar Hassan al-Bashir (unseen) at the El-Thadiya presidential palace in Cairo, Egypt October 5, 2016. Picture taken October 5, 2016. REUTERS/Amr Abdallah Dalsh

La coopération militaire régionale entre Jérusalem et le Caire bat son plein suite au regain d’attaques terroristes dans le Sinaï et en provenance de Gaza.
Comme le Pays du Nil et l’Etat hébreu sont affectés à des niveaux à la fois différents mais convergents par le danger sécuritaire que représentent les groupes armés islamistes sévissant dans la Bande de Gaza et dans la presqu’île du Sinaï, il n’est guère étonnant de voir la collaboration militaire entre les deux pays voisins atteindre des sommets jamais enregistrés même à l’époque de Moubarak…
On se souvient qu’après leurs deux importantes attaques terroristes à Taba en 2004 et de Charm El Cheikh en 2011 contre des groupes de touristes foulant le sol égyptien, les groupes djihadistes locaux affiliés à l’Etat islamique – Ansar Baïr Al-Maqdis (Les fervents de Jérusalem) et Wilayet Sinaï (Province du Sinaï) avaient lancé une vaste offensive en 2012 contre les forces de sécurité égyptiennes déployées dans le Sinaï. Or l’année 2013 devait marquer un tournant dans cette escalade : l’arrivée au pouvoir du général Sissi qui fut officiellement élu président un peu plus d’un an plus tard, lui permit une reprise en main générale de l’armée et une réorganisation de ses unités spéciales anti-terroristes qu’il lança massivement dans le Sinaï à la poursuite des cellules terroristes locales recrutées par Daësh au sein de la population bédouine de plus en plus appauvrie et radicalisée, ainsi que contre les groupes supplétifs aidant aux nombreux trafics d’armes du Hamas dans cette région.
Le plein appui d’Israël au gouvernement Sissi abandonné par Obama…
On se souvient aussi que Sissi n’hésita pas à faire détruire par ses soldats des centaines de tunnels de contrebandes et aussi pas moins d’un millier de maisons palestiniennes de la ville frontalière de Rafiah (au sud de Gaza) afin de créer un no-man’s land dans cette zone contiguë au Sinaï infestée de trafiquants en tous genres alimentant en permanence l’économie et la fiscalité « noires » du Hamas – le « gouvernement » de Gaza et sa branche armée Izzédim Al-Kassem entretenant des rapports logistiques, militaires et même sanitaires étroits avec les différents groupes armés du Sinaï affiliés à Daësh.
Soutenue par Israël qui autorisa Sissi à dépasser les quotas des troupes de l’armée égyptienne – dont un déploiement limité était jusque-là autorisé par le Traité de paix Camp David -, cette offensive porta des coups très sévères aux groupes islamistes. Mais ceux-ci revinrent à la charge le 31 octobre 2015 en faisant sauter au-dessus du Sinaï, un Boeing russe de Metrojet partant de Charm El Cheikh avec ses 213 passagers et membres de l’équipage.
Fait intéressant : cette réplique militaire égyptienne de grande envergure et les pressions exercées par le Caire sur Gaza ont poussé le Hamas à commencer à se distancer sensiblement des djihadistes de Daësh et à chercher à initier un nouveau dialogue – qui a désormais cours – avec le régime Sissi.
C’est qu’en fait l’Egypte tout comme Israël partagent la conviction que cette confrontation anti-djihadiste du Sinaï, qui a largement débordé sur la Bande de Gaza, fait partie d’une lutte régionale plus élargie ayant d’importantes ramifications globales. Voilà pourquoi Jérusalem et le Caire espèrent vivement que la nouvelle administration Trump partagera cette préoccupation tant aux niveaux politico-diplomatique que militaire. Richard Darmon