17 Shevat 5779‎ | 23 janvier 2019

Strasbourg : un nouveau beth hamidrach prometteur

Le bâtiment neuf de l’école Eshel comprend une synagogue et un lieu d’étude déjà respecté au-delà des frontières alsaciennes. Le grand rabbin de Jérusalem, le Richon Letsion Chlomo Amar chlita, vient d’assister à son inauguration officielle.
Eliezer Abergel n’est pas un responsable communautaire comme les autres. Ce dentiste qui préside l’école Eshel de Strasbourg est un talmid ‘hakham à l’érudition exceptionnelle : il a remporté en décembre, à Jérusalem, la deuxième place du Concours biblique international pour adultes. Il est aussi ‘hazan et l’établissement dont il a la charge est à son image : très exigeant en matière de kodech.
Créé dans les années 60 rue Schweighaeuser, le collège-lycée pour garçons Eshel a déménagé rue Sellénick, au cœur du quartier juif historique de la métropole alsacienne, il y a cinq ans. Il accueille une centaine d’élèves, dont vingt-cinq en internat, issus de milieux traditionalistes ou plus religieux. Quel que soit le niveau de pratique des parents, les enfants sont tous « tirés vers le haut » puisque… cinq heures d’enseignement confessionnel sont dispensées chaque jour ! Cette particularité, qui donne aux élèves une culture talmudique quasi-équivalente à celle de ba’houré yéchiva, a pour conséquence l’absence de contrat d’association avec le ministère de l’Education. C’est un handicap financier mais c’est aussi le gage d’une pédagogie inspirée par la stricte orthodoxie, sous la houlette de l’infatigable directeur de l’école, le rav Daniel Elgrabli. Au demeurant, de nombreux bacheliers de l’établissement poursuivent leur cursus dans les meilleures yéchivot israéliennes et restent définitivement en Eretz. D’autres entrent dans le système universitaire français, prélude à une carrière souvent brillante dans la mesure où le socle intellectuel élevé acquis rue Sellénick ne concerne pas seulement le kodech mais aussi le ‘hol, avec 100 % de réussite au bac la saison dernière. Depuis la rentrée 2016, une seconde professionnelle forme de futurs comptables.
Mais l’actualité d’Eshel, c’est surtout l’inauguration, dimanche 29 janvier, du nouveau bâtiment construit dans l’ancienne cour de l’établissement. Le gros œuvre est achevé depuis longtemps mais les finitions viennent d’être terminées. L’objectif est le développement des activités de l’école en termes qualitatifs et quantitatifs. Dès 2014, les animateurs de l’institution strasbourgeoise ont constaté que la synagogue et le beth hamidrach installés dans leur immeuble étaient trop étroits au regard de la demande : les adultes du quartier les fréquentaient en soirée et le chabbat. Le public non scolarisé ne cessait de croître. Le nouveau bâtiment, flambant neuf, permet d’accueillir un internat agrandi et rénové, un kahal de plus de cent fidèles le samedi matin et à terme, espère Eliezer Abergel, un véritable kollel. Pour le moment, le beth hamidrach (qui porte désormais le nom d’Edmond J. Safra) est principalement ouvert aux enfants pendant les heures de cours. Ils viennent y étudier seuls ou en ‘havrouta. Le président d’Eshel voudrait qu’il se transforme en école talmudique permanente, où jeunes et moins jeunes se pencheraient sur les pages sacrées du matin au soir, tous les jours. « A Strasbourg, les besoins spirituels sont là, dit-il, ils sont même exponentiels. Nous souhaitons y faire face avec deux axes majeurs : permettre à chacun d’interroger la guemara, le Tana’h et l’ensemble des textes de façon approfondie et surtout donner au public de l’autonomie. Les membres du kahal ne doivent pas, à mon sens, ‟consommerˮ la Torah mais devenir peu à peu indépendants et capables d’étudier sans l’aide d’un rav ».
L’inauguration s’est déroulée en présence du grand rabbin de France, Haïm Korsia, et du grand rabbin de Jérusalem, le rav et Richon Letsion Chlomo Amar chlita. S’il s’est déplacé, c’est parce qu’il apprécie le travail du rav Daniel Elgrabli et parce qu’il est proche du rav Gabriel Ittah, ancien enseignant à Eshel et talmid ‘hakham réputé bien au-delà des limites de l’Alsace. Le rav Amar chlita est également l’ami fidèle de Meïr Tapiero. Cet ex-président de la communauté séfarade de Strasbourg soutient le beth hamidrach Edmond J. Safra et les projets du docteur Abergel.
Notons qu’Eshel était à l’honneur pendant tout le week-end : une série d’événements chabbatiques ont eu lieu les 27 et 28 janvier dans différentes synagogues de la ville autour des responsables et rabbanim de l’établissement, du rav Amar chlita et de son épouse. Ces derniers ont donné des chiourim et une rencontre a été organisée entre le grand rabbin israélien et l’une des hautes autorités halakhiques européennes, le rav Chmouel Yaffe Schlezinger chlita.
Axel Gantz