17 Shevat 5779‎ | 23 janvier 2019

La peur de l’inconnu

Il est écrit concernant la plaie des sauterelles : « Les sauterelles se répandirent dans tout le pays d’Égypte. […] Avant cela, on n’avait jamais vu autant de sauterelles, et après cela il n’y en aurait jamais autant » (Chémot 10, 14). L’annonce de ce verset suscite une question bien connue : à l’époque du prophète Yoël, la terre d’Israël fut également frappée par une plaie de sauterelles exceptionnelle. Or, il est précisé à son sujet: « Ce fut une abondance prodigieuse, telle qu’il n’y en eut jamais et qu’il n’y en aura plus… » (Yoël 2, 2). Alors finalement, est-ce la plaie de l’époque de Moché ou celle du temps de Yoël qui fut la plus féroce ? (Voir Rachi et Ramban).
Le Ktav Sofer propose de résoudre cette question par une idée originale. Lorsqu’une catastrophe encore inconnue se produit, la panique qu’elle entraîne est double : non seulement les populations doivent faire face aux malheurs qu’elle provoque, mais de surcroît, elles sont terrifiées à l’idée de devoir affronter un événement absolument inédit, que personne n’a encore jamais enduré. En revanche, lorsque des faits similaires se sont déjà produits par le passé – même si c’était dans une moindre mesure –, l’anxiété est atténuée par le fait que des hommes ont déjà affronté ce genre de calamités.
Dès lors, nous pouvons avancer que la plaie ayant sévi du temps de Yoël était effectivement bien plus importante d’un point de vue quantitatif. Cependant, le fléau que durent affronter les Égyptiens fut absolument unique en son genre, en raison de la manière dont ce peuple le vécut : comme cet événement était absolument inédit, la peur de l’inconnu pétrifia les hommes, provoquant en eux une angoisse si intense qu’« après cela, il n’y en eut jamais de telle »…
Y. Bendennoune