23 Sivan 5779‎ | 26 juin 2019

Rétablir la dignité en premier

Lorsque D.ieu S’est révélé à Moché pour lui annoncer la délivrance d’Israël, Il lui a déclaré : « Chaque femme demandera à sa voisine et à l’habitante de sa maison des ustensiles d’argent, des ustensiles d’or et des tuniques. Vous en couvrirez vos fils et vos filles et vous dépouillerez l’Égypte » (Chémot 3, 22). Il est intéressant de noter que dans ce verset, l’ordre des idées ne semble apparemment pas cohérent. En effet, il est d’abord question des trésors que les Hébreux recevront des Égyptiens. Puis la Torah précise qu’ils pareront leurs enfants de ces ornements, après quoi elle revient au premier point, en soulignant qu’ils dépouilleront le pays des Pharaons. Pourquoi cette digression ? En outre, il convient de comprendre pourquoi il était impératif de préciser que ces bijoux serviront à couvrir les enfants.
Selon le Gaon de Vilna, les ustensiles d’argent, d’or et les tuniques dont parle le verset sont tous des vêtements. D.ieu a donc ordonné aux Hébreux de recevoir avant tout des habits de la main des Égyptiens, afin de pouvoir en vêtir leurs enfants. C’est seulement en un second temps qu’ils se sont consacrés à « dépouiller l’Égypte » – c’est-à-dire à leur confisquer tous les autres types d’objets précieux, qui n’étaient pas nécessairement à but vestimentaire. Pourquoi avoir procédé dans cet ordre ? Parce que le regard que portent les hommes sur leurs semblables dépend en grande partie de leur apparence. Or jusqu’à ce jour, les enfants d’Israël avaient vécu en tant qu’esclaves, et ils ne disposaient que de haillons pour couvrir leurs corps. Il était donc indécent, pour leur propre dignité, d’aller réclamer des trésors auprès de leurs anciens maîtres, tant que ceux-ci les regarderaient avec mépris. C’est la raison pour laquelle D.ieu ordonna tout d’abord aux parents de se procurer des habits princiers pour leurs enfants, afin de leur rendre au plus tôt leur dignité.
Cette idée n’a certainement rien perdu de son actualité jusqu’à nos jours. Lorsqu’on vient en aide à une personne défavorisée, la toute première priorité consiste à lui rendre sa dignité, afin que le regard de son entourage – et plus encore celui qu’elle porte sur elle-même– lui permettent de relever la tête et d’aller de l’avant.
Y. Bendennoune