16 Elul 5779‎ | 16 septembre 2019

La paracha avec le Rav Ye’hiel Brand

Yitro, le beau-père de Moché  Visé par la police du Pharaon, le jeune Moché fuit lEgypte et atterrit à Midyan; il sy maria avec Tsipora, la fille de Yitro. A ses 80 ans, Moché est appelé à retourner en Egypte et à faire sortir les juifs. Quavait-il donc fait entre sa fuite et son retour en Egypte ? Daprès un Midrach, il demeura à Kouch (Ethiopie), et gouverna le pays; il sy maria aussi avec une femme éthiopienne : « Moché a pris une femme kouchite » (Bamidbar, 12, 1). Mais pourquoi-donc Hachem la-t-il fait gouverner sur un pays  étranger? Probablement pour quil apprenne le métier, afin quil ne fasse pas derreurs, en gouvernant par la suite les juifs. Les sages nont-ils pas dit : « lhomme ne saisit pas la Torah correctement, sans quil, dans un premier temps, se trompe », (Guitin, 43, a) ? Daprès la voix officielle des sages (Sifri ; voir Rachi, Bamidbar, 12, 1), Moché ne se maria pas avec une femme éthiopienne ; la « kouchite » citée dans la Torah serait Tsipora ; ainsi, sa fuite dEgypte lamena probablement directement vers Midyan. Mais pourquoi-donc Hachem a laissé Moché habiter la moitié de sa vie dans un pays étranger, comme berger, en gardant des moutons ? Cependant, comme lécrit le Hovat Halevavot, la solitude permet de méditer et de contempler l͛œuvre divine, des conditions nécessaires pour devenir prophète. Mais il y a plus ; Midyan est un fils dAvraham (Beréchit, 25, 2-4). Ce dernier lui enseigna les principes moraux : « Je (Hachem) laime (Avraham), du fait quil ordonne à ses fils et à sa famille après lui de respecter les voies de D.ieu, en pratiquant la générosité et la justice… », (Beréchit, 18, 19). Bien quà lépoque de Moché et celle des Juges, ce peuple est entré en conflit avec les juifs (Bamidbar, 25; Juges 6), Yitro se distinguait de son peuple. Encore ministre chez Pharaon, il fuyait lactivité antijuive de ce dernier (Sotah 11 a). Apres avoir donné sa fille en mariage à Moché, il sapprocha de plus en plus de D.ieu. Quand Moché le sollicita pour sinstaller en Eretz-Israël, Yitro refuse et repart dans son pays (Bamidbar, 10, 29-30), afin de convertir sa famille (Méhilta ; Rachi, Chémot, 18, 27), au judaïsme, ou en non-juif religieux. Nétant pas descendants dItshak, à qui la terre fut promise, les Juifs réserveront à la famille dYitro la ville de Jéricho détruite, où ils habiteront dans des tentes pendant 440 ans (Sifri ; Rachi Bamidbar, 10, 32). En effet, le peuple de Midyan était composé de bédouins, avec chameaux et moutons, qui vivaient dans des tentes (Choftim, 6, 5 ; Isaïe 60, 6). Une partie de la descendance de Yitro quitta Jéricho, pour aller étudier chez Otniel ben Kénaz, où ils excellaient dans létude: « Les fils du Kéni, beau-père de Moché, montèrent de la ville des palmiers (Jéricho), chez les fils de Juda… », (Juges, 1, 16 ; voir Sotah, 11, a). Dautres descendants résidaient autour dErets Israël ; ils furent respectés par les Juifs pour leur intégrité, et aussi par les populations environnantes, pourtant opposées aux Juifs. Fuyant larmée de Deborah, le général Sissera se croyait en sécurité chez eux, mais à tort, car Yaél le tua (Juges, 4, 17-21). Quant au premier roi juif Chaoul, avant quil nélimine le peuple dAmalek, il a demandé à cette famille de séloigner des lieux des opérations militaires, pour ne pas subir les dégâts collatéraux inévitables de la guerre, (Samuel, 1, 15, 6). Des siècles plus tard, un de leurs descendants, Yonadab fils de Réhav, ordonna à ses enfants et ses descendants de ne jamais construire de maisons, ni semer des champs ni planter de vignes, afin de respecter la propriété juive sur la terre dIsraël: « Vous ne bâtirez point de maisons, vous ne sèmerez aucune semence, vous ne planterez point de vignes et vous n’en posséderez point ; mais vous habiterez sous des tentes toute votre vie, afin que vous viviez longtemps dans le pays où vous êtes étrangers », (Jérémie, 35, 6-10). Le prophète Jérémie vante cette famille, et la prend comme exemple pour leur fidélité aux traditions ancestrales, et il lui promet de ne jamais subir lexil travers le monde, comme le subira le peuple juif, (Jérémie 35). Pour résumer, bien que Moché instruise pendant la moitié de sa vie le peuple juif, il se soucie aussi dautres familles sur terre, et instruit pendant lautre moitié de sa vie une famille non-juive, sa belle-famille. Cette

dernière devienne ainsi un modèle dune famille non-juive, respectueuse des lois données aux non-juifs, respectueusedu peuple juif, et qui vit en bonnes entente avec les peuples environnants. Une des filles de Yitro fut mariée à Eléazar, le fils de Aharon, et elle engendra Pinhas : « Éléazar, le fils dAharon, prit pour femme une des filles de Poutiel (Yitro), et elle lui enfanta Pinhas », (Chémot, 6, 23). Ce dernier est lexemple de lhomme zélé ; cest lui qui a éliminé limmorale Zimri et la midianite Kozbi. Yonadav fils de Réhav cité, fut aussi un homme dun zèle rare ; il fut témoin et acteur, quand le roi juif Yéhou supprima le culte du Baal et tous ses prêtres, après quil avait, sous ordre du prophète Elicha, exterminé toute la famille mécréante du roi Achav, pour venger le sang des prophètes (Rois, 2, 9-10).  Le fait que cette famille ne construise pas des maisons, ni sème des champs, sexplique encore mieux si on tient compte de lenseignement du Arizal, que Yitro, appelé dans ces versets « Kéni », qui sécrit avec les mêmes lettres que Kaïn, serait un Guilgoul, une incarnation, de Kaïn, le fils dAdam Harichon. Pour saccaparer la terre entière, ce dernier a tué son frère (Beréchit Rabbah, 22, 7). Hachem la puni dêtre errant toute sa vie : « Maudit tu seras, de la terre qui a ouvert sa bouche pour recevoir, de ta main, le sang de ton frère. Quand tu cultiveras le sol, il ne te donnera plus sa richesse ; tu seras errant et vagabond sur la terre », (Beréchit, 4, 11). Moché, qui fut un Guilgoul de Hével (Arizal), devait enseigner à son beau-père de ne pas se laisser aller dans la passion meurtrière. Ainsi, Yitro et sa descendance étant errants, nont jamais pris possession de la terre, et nont jamais construit de maisons. Ce nest que pour le zèle pour D.ieu, quand la situation lobligeait, que sa pulsion meurtrière sexprima, chez Pinhas et chez Yonadav fils de Réhav. (Les druzes détiennent une tradition, quils descendraient de cette famille).