17 Shevat 5779‎ | 23 janvier 2019

Un Premier ministre sous enquête judiciaire

Israeli prime minister Benjamin Netanyahu leads the weekly cabinet meeting in PM Netanyahu's office in Jerusalem on November 13, 2016. Photo by Emil Salman/POOL *** Local Caption *** éùéáú îîùìä áðéîéï ðúðéäå øàù äîîùìä áðéîéï ðúðéäå

Ce n’est pas la première fois que Binyamin Nétanyaou est interrogé par la Police. À l’issue de son premier mandat en 1999, l’actuel Premier ministre qui s’était alors retiré de la vie politique avait été convoqué par les enquêteurs dans une affaire de cadeaux faits à un entrepreneur Ygal Amedi. La police avait recommandé d’inculper Mr Nétanyaou, mais le conseiller juridique du gouvernement de l’époque et le parquet avaient décidé de ne pas donner suite à cette recommandation, et s’étaient contentés de le sermonner en tenant compte alors du fait qu’il n’était plus dans les arcanes du pouvoir. En novembre 2006, alors qu’il était chef de l’opposition, Binyamin Nétanyaou avait également été interrogé par la Police dans le cadre d’une affaire liée au financement de sondages qu’il avait commandités auprès d’un institut spécialisé. Là encore, Mr Nétanyaou n’avait pas été poursuivi par la Justice. Enfin en 2012, il avait été interrogé dans la fameuse affaire « Bibitours » révélée un an plus tôt par le journaliste Raviv Drucker de la chaîne 10 et qui se rapportait au comportement de Mr Nétanyaou avant qu’il ne soit Premier ministre. Et même dans ce cas, l’enquête n’avait pas abouti, comme l’a d’ailleurs confirmé, lundi soir, le conseiller juridique du gouvernement (voir plus bas).
Mais lundi soir, un nouveau palier a été franchi puisque pour la première fois, Binyamin Nétanyaou a été interrogé en tant que Premier ministre pour des affaires liées à son comportement alors qu’il avait déjà atteint la fonction politique suprême.
Pendant trois heures, les enquêteurs de la police conduits par le commandant en chef du département des investigations, l’inspecteur-chef Korech Barnour, ont interrogé le Premier ministre et lui ont détaillé une partie des soupçons qui pèsent contre lui. Mr Nétanyaou est, selon la police, soupçonné d’avoir reçu de manière illégale des « faveurs ». Au début de l’interrogatoire, l’un des inspecteurs a signifié au chef du gouvernement qu’il était suspect et l’a mis en garde. On ne connaît pas la teneur exacte de l’interrogatoire de Mr Nétanyaou, mais l’on sait qu’il a porté essentiellement sur l’une des deux affaires dans lesquelles il serait incriminé, celle des faveurs et cadeaux qu’il aurait reçus en espèces ou en nature de la part de deux hommes d’affaires l’un israélien, l’autre étranger (dossier 1000). Sur la seconde affaire (dossier 2000), qui selon certains médias serait bien plus embarrassante pour le Premier ministre, on ne sait quasiment rien. Par contre, à l’issue de ce premier interrogatoire, le conseiller juridique du gouvernement Avi’haï Mendelblit a publié un communiqué levant légèrement le voile sur l’affaire des cadeaux, mais surtout détaillant les dossiers judiciaires qu’il a décidé de fermer.
Dans ce communiqué, le conseiller juridique a indiqué qu’il avait effectué au cours des derniers mois de nombreuses vérifications complexes et diverses dont certaines avaient fait apparaître des éléments pouvant justifier l’ouverture d’une enquête contre le Premier ministre. Avi’haï Mendelblit a souligné qu’il ne pouvait pour l’instant détailler la teneur de ces soupçons et que cela sera envisagé en fonction des progrès de l’enquête.
Par contre, le Conseiller a précisé qu’il avait décidé d’abandonner toute poursuite contre le Premier ministre dans plusieurs autres affaires. Il s’agit donc en priorité de l’affaire dite « BibiTours » selon laquelle Sarah et Binyamin Nétanyaou auraient reçu des faveurs de la part de richissimes hommes d’affaires américains dans le cadre de déplacements luxueux effectués lorsque Mr Nétanyaou était un personnage privé. Il s’agit ensuite de l’accusation selon laquelle, les Nétanyaou auraient doublement facturé à des associations certains de leurs déplacements à l’étranger. Là encore, le conseiller juridique a affirmé qu’aucune preuve tangible pouvant conduire à l’ouverture d’une enquête judiciaire n’avait été trouvée. Le Conseiller a également fermé deux dossiers « électoraux ». Il s’agit d’accusations portées contre Mr Nétanyaou sur un financement illégal de sa campagne électorale en 2009 et d’irrégularités relevées dans la publication des résultats des primaires 2009 au sein du Likoud.
Face à ces développements d’importance, Binyamin Nétanyaou fait montre d’un certain aplomb doublé d’un dédain prononcé pour les médias israéliens qui se focalisent sur ses agissements : « Je suggère à ceux qui se réjouissent dans les médias et au sein de l’opposition de ne pas aller trop vite en besogne. Il n’y aura rien dans ces affaires, car il n’y a rien », a souligné Mr Nétanyaou, quelques heures avant son premier interrogatoire.
Cependant, il convient de rappeler que le prédécesseur de Mr Nétanyaou à la présidence du Conseil, Ehud Olmert avait lui aussi affirmé et répété qu’il n’avait pas reçu de pots-de-vin de la part de l’homme d’affaires juif américain Moché Talansky et qu’il n’avait pas reçu de pots-de-vin dans la fameuse affaire du complexe immobilier Holyland. Aujourd’hui, le même Olmert purge une peine de prison dans une maison d’arrêt israélienne… Dans l’entourage de Binyamin Nétanyaou, on se dit persuadé que l’issue de l’actuelle enquête sera totalement différente. Certains admettent que Mr Nétanyaou a peut-être des goûts de luxe, mais qu’il n’est pas corrompu et qu’il ressortira la tête haute de ces déboires actuels.
Daniel Haïk