23 Sivan 5779‎ | 26 juin 2019

« Ultra-Orthodoxes », ces Français qui ont fait téchouva

Ultra orthodox students from the Ponovitz Yeshiva listen to a Torah lesson at the Ponovitz Yeshiva in Bnei Brak, September 11, 2016. Photo by Flash90 *** Local Caption *** úôéìä ôåðåéáæ éùéáä úôéìä çøãé îúôìì ôåðåáéõ

Ils sont de plus en plus nombreux à quitter les bancs de la fac, à repousser leur enrôlement dans Tsahal ou à réduire leur temps de travail pour pouvoir étudier la Torah dans une yéchiva ou un Kollel (yéchiva pour personnes mariées). « Ultra-orthodoxes », un documentaire produit par Torah-Box et réalisé par Stéphane Calvo et Jérémie Sok, se propose d’offrir un nouveau regard sur ces Français devenus étudiants orthodoxes à Jérusalem. Yoni Gabali a 37 ans. Il est né d’un père guadeloupéen et d’une mère juive algérienne. Ancien danseur, il habite aujourd’hui Jérusalem et travaille à mi-temps pour une agence de voyages en ligne. Il consacre l’autre partie de sa journée à étudier la Torah dans une yéchiva. Le rav Ra’hamim Ankri, ingénieur de formation, habite Jérusalem depuis 20 ans. Il dirige un groupe d’étude au kollel du grand rabbin séfarade d’Israël, Yéhavé Daat sis à Har-Nof, à seulement quelques mètres de la synagogue où eut lieu, il y a deux ans, le massacre de Har-Nof.  Shimon Saada a 21 ans. Originaire de Hong-Kong où il a vécu dix ans avec sa famille, il a fait son alya en 2011 et a troqué son uniforme de l’armée pour rejoindre la yéchiva « Torah Mi Tsion », il y a maintenant trois ans.  Leur point commun ? Tous ont grandi loin des quartiers orthodoxes et pourtant, ils sont aujourd’hui partie intégrante de ce monde, sur lequel ils acceptent de nous offrir un nouveau regard.  De l’Essonne à Hong-Kong, du monde du rap à celui des hautes études d’ingénierie, les parcours sont différents, mais se croisent, comme une évidence : « La Téchouva n’est pas une cassure avec le monde d’avant », aime à expliquer Rivka, l’épouse de Yoni Gabali et mère de quatre enfants. « On mène une vie normale, la vérité en plus », ajoute Yoni, souriant. La vérité en plus, parce qu’avant d’entreprendre quoi que ce soit, Yoni ne manque pas d’interroger son rav, le rav Ron Chaya, afin de savoir ce que préconise la Halakha dans tel ou tel cas : « Oui, tu as le droit de vendre une croisière même si tu ny as pas participé. Tant que tu sais que les services proposés sont à la hauteur, cela ne sappelle pas induire le client en erreur », répond le rav. Rassuré, Yoni regagne son travail…Pour Shimon, qui s’apprêtait à être enrôlé dans l’une des unités combattantes de Tsahal, il a suffi d’une entrevue « fortuite » avec un rav francophone. La rencontre avec la Guémara est décisive ; il repousse sa conscription et entre à la yéchiva à plein temps. C’est avec le sourire aux lèvres et une pointe de fierté –qu’il a du mal à dissimuler –qu’il nous convie au repas de Siyoum organisé en son honneur et celui de ses compagnons d’études. Le rav Its’hak Fitoussi, qui dirige le groupe, n’est pas peu fier de son élève, qu’il contemple alors que perlent quelques larmes au coin de ses yeux…Pour le rav Ra’hamim Ankri, qui en plus de sa fonction au sein du kollel Yéhavé Daat, diffuse inlassablement la Torah via Internet, faire le choix d’étudier la Torah à plein-temps peut se résumer à : « Sacrifier une brillante carrière d’ingénieur pour me consacrer à mon peuple, en formant les juges rabbiniques de demain appelés à rendre des jugements dans toutes les villes d’Israël. »

Et la famille dans tout ça ? Si pour certains, leur décision d’abandonner leurs études ou leur métier pour rejoindre les bancs de la yéchivaa été acceptée avec difficulté par leur entourage, pour d’autres ce fut plus facile. C’est le cas de Yoni Gabali, qui nous raconte : « Lorsque jai dit que je partais en Israël à la yéchiva, mes parents étaient surpris. Mais il ny a pas eu de clash, on a immédiatement engagé le dialogue. » Pour Shimon Saada, les réactions étaient plus mitigées: « Toute ma famille a appelé le rav :  Rendez-le-nous !  Mais ils ont fini par accepter mon choix. Aujourdhui, ils nappellent plus », dit-il avec le sourire.  Ainsi, « Ultra-Orthodoxes », c’est le parcours différent de trois hommes qui sont revenus à la Torah et qui consacrent désormais leur vie – ou une partie – à l’étude. Ce documentaire tourné en plein cœur de la ville sainte offre un nouvel éclairage sur l’univers des yéchivot, ce monde trop souvent dépeint comme austère et déconnecté de la réalité, pour dévoiler sa vraie face : celle d’une Torah de vie, ancrée dans la réalité. Elyssia Boukobza « Ultra-Orthodoxes », les 05/01/17 à Jérusalem et le 16/01/17 à Tel-Aviv Pour plus de renseignements : http://www.torah-box.com/ultra