15 Adar II 5779‎ | 22 mars 2019

Les Juifs allemands et l’attentat de Berlin : solidarité et inquiétude

Policemen investigate the scene where a truck ploughed into a crowded Christmas market in the German capital last night in Berlin, Germany, December 20, 2016 REUTERS/Fabrizio Bensch - RTX2VTAM

La communauté juive allemande subit une double peine : la crainte sécuritaire et celle de la poussée de l’extrême droite qui profite du climat délétère provoqué par l’attaque du 19 décembre. Les leaders juifs du continent sont sur le qui-vive Le Conseil central des Juifs d’Allemagne a réagi « avec une grande tristesse » à l’attentat de Berlin.« Nous sommes profondément choqués, surtout en cette période hivernale, quand notre société est focalisée sur des valeurs telles que la charité, la bonté et la paix », a déclaré son président, Josef Schuster. « Mais nos pensées et nos actes ne doivent pas être dominés par la peur et la terreur », a-t-il ajouté, espérant que « le message de ‘Hanouka nous donne de la force ».

De son côté, le chalia’h ‘Habad et rav de la communauté orthodoxe berlinoise, Yéhouda Teichtal, a manifesté sa solidarité en soulignant que le cœur des Juifs de la ville battait « avec celui des familles de victimes ». Au moment des faits, il participait à un événement cultuel qu’il a abandonné pour se précipiter sur la scène de crime et offrir son aide. « J’ai d’abord entendu parler de l’attaque par des proches d’hommes ou de femmes se trouvant dans la zone en question », a-t-il expliqué, ajoutant qu’il avait reçu un flot d’appels venant de partout dans le monde. Il est resté en contact avec la police au sujet de l’identité des personnes touchées. Deux d’entre elles, on le sait, étaient israéliennes (lire ci-contre). Sur le fond, la crainte sécuritaire se double, pour les Juifs installés outre-Rhin, d’une inquiétude renouvelée s’agissant de la poussée de l’extrême droite, qui risque de profiter de la situation alors que l’auteur de l’attaque serait un réfugié attiré en Allemagne par la politique migratoire très généreuse d’Angela Merkel. « Ce sont les morts de la chancelière », a carrément lancé après la tuerie Marcus Pretzell, l’un des responsables du parti nationaliste qui a le vent en poupe, l’AFD.

Partout en Europe, les leaders communautaires ont adressé leurs condoléances à l’ensemble des Berlinois. « Nos prières vous accompagnent », a écrit à leur intention le grand rabbin de France, Haïm Korsia.

Le président de la Conférence des rabbins européens, le grand rabbin de Moscou Pin’has Goldschmidt, a noté que le Vieux Continent était « une fois de plus en état de choc ». Il a appelé les chefs religieux dans le monde « à prendre la parole au sujet de ces attaques devenues trop fréquentes (…). Nous devons saisir toutes les occasions pour souligner combien il est de notre responsabilité de combattre l’extrémisme, quelle qu’en soit la forme ».

Axel Gantz

Une Israélienne parmi les personnes décédéesLe corps sans vie de Dalia Élyakim zal, une Israélienne portée disparue après l’attentat du 19 décembre, a été identifié dans la nuit du 21au 22 décembre, mettant fin aux espoirs de ses proches et laissant deux orphelins. Elle avait soixante ans et était en vacances en Allemagne avec son mari Rami, grièvement blessé lors de l’attaque terroriste. Il est actuellement sous assistance respiratoire après avoir été opéré dans un hôpital berlinois. Le président Réouven Rivlin a fait part de son émotion. «Nous resterons unis et déterminés face à cette terreur meurtrière qui frappe partout dans le monde, et nous combattrons sans relâche l’extrémisme et la haine », a-t-il déclaré. Benjamin Nétanyaou a présenté ses condoléances à la famille Élyakim et au gouvernement allemand. « Nous vaincrons le terrorisme rapidement, a-t-il affirmé, si toutes les nations libres s’unissent dans ce but ». Notons encore qu’une Israélienne de passage, qui a assisté à la scène de crime et en est sortie indemne, a indiqué à la presse de Tel-Aviv qu’elle n’était pas surprise par l’attentat, dans la mesure où « les contrôles de sécurité sont ici beaucoup moins fréquents et réguliers qu’en France. D’ailleurs, je n’ai vu aucun policier sur le marché attaqué ». Axel Gantz Encadré 2 : Budget français dela Défense : le cri d’alarme du chef d’état-major C’est une démarche très rare. Après l’attentat de Berlin, le général Pierre de Villiers, chef d’état-major des armées françaises, a lancé un cri d’alarme. Il a appuyé la revendication principale des militaires : le passage du budget de la Défense à 2 % du produit intérieur brut. La proportion actuelle, en baisse quasi constante, s’élève à 1,7 %. Le président Hollande a assuré que des mesures seraient prises – sans précisions -, mais a répondu par la négative s’agissant d’une hausse immédiate de ce budget. Selon Pierre de Villiers, la situation telle qu’elle se présente aujourd’hui « n’est pas tenable dans un contexte de dégradation durable de la sécurité et ne pourra être résolue exclusivement par le tout-technologique. Le prix de la paix, c’est l’effort de guerre », a-t-il conclu. Axel Gantz