8 Kislev 5780‎ | 6 décembre 2019

Faut-il offrir des cadeaux à Hanouka ?

Les chances que votre enfant vous interpelle en vous posant cette question sont sans doute minimes… mais cela ne nous empêche pas de nous pencher sur le sujet et de tenter de comprendre l’origine et le sens de ce que nous faisons bien souvent « par habitude ». D’emblée, l’on pourrait affirmer que le fait d’offrir des cadeaux à Hanouka n’est nullement une obligation, mais constitue une coutume assez répandue. Quelles sont les raisons liées à cette coutume et quelles sont les sources qui sy référent ?
À l’époque de l’histoire de ‘Hanouka, les Grecs étaient déterminés à convaincre le peuple juif dadopter l’hellénisme au détriment des idéaux et des valeurs du judaïsme. Pour y faire face, il fallait que les Juifs renforcent leurs convictions et leurs valeurs telles quelles sont prônées par notre Torah éternelle. Dans un tel contexte, l’éducation des enfants se trouvait en danger et il était donc nécessaire de s’investir doublement pour que la jeunesse ne soit pas influencée par l’idéologie grecque. Donc, l’on incitait et encourageait les enfants à l’étude de la Torah – élément fondamental de l’éducation juive – en leur offrant de largent ou des cadeaux. À propos, le Rambam explique l’importance d’utiliser des cadeaux incitatifs et des récompenses jusquà ce que l’enfant soit suffisamment grand et comprenne de lui-même la beauté de la Torah et des Mitsvot. Le Gaon de Vilna également soulève le concept de cadeaux/récompenses qui stimulent les enfants à létude. Au fil du temps, cette motivation intéressée (« Lo Lichma ») finira par devenir pure et désintéressée (« Lichma »).
En outre, il existe une raison plus profonde à cette ancienne coutume. Le Rambam précise dans son récit des événements de ‘Hanouka : « les Grecs mirent la main sur les possessions d’Israël ». Ils y mirent la main sans pour autant s’en accaparer. Quel but visaient-ils? Tout comme les Grecs avaient souillé l’huile du Beth Hamikdach sans la détruire, ils tentèrent, dans le même esprit, d’imprégner les possessions des Juifs d’idéaux grecs. Autrement dit, ils incitaient les Juifs à utiliser leurs biens à des fins égoïstes et impures et non pas à des activités saines. Ainsi, lorsque nous distribuons de l’argent ou des cadeaux à ‘Hanouka, nous cherchons à insinuer par là, que la matérialité n’est pas un but en soi et que notre mission consiste à canaliser la richesse matérielle vers des fins spirituelles, notamment par le biais de la charité et des bonnes actions.
Le Séfer Hatodaâ nous rappelle que le mot hébreu « ‘Hanouka » a la même racine que le mot «’Hinoukh», éducation. Cet ouvrage rapporte que dans de nombreuses communautés juives, les éducateurs et les responsables communautaires se réunissaient à ‘Hanouka pour traiter des sujets de l’éducation et prendre de nouvelles mesures afin d’encourager les jeunes à l’étude de la Torah. À cette occasion, on avait recours aux récompenses pour inciter les enfants à emprunter la bonne voie. L’une des origines de ce Minhag remonte à une habitude ancienne (citée par l’auteur du Emeth Léyaakov) qui consistait à payer les enseignants des enfants à ‘Hanouka. L’on envoyait les enfants remettre de largent à leurs enseignants et de là, a découlé la coutume de distribuer de largent ou des cadeaux aux enfants pendant Hanouka.
Le Séfer Siah Its’hak soulève que cette coutume était adoptée dans la communauté de Salonique ainsi que dans la communauté séfarade de Jérusalem (sous domination musulmane) où les enfants recevaient des friandises de la part des familles riches de la ville. Dans les milieux hassidiques, il est largement répandu doffrir aux enfants de largent (« Hanouke Guelt »).
Par ailleurs, il est rapporté que le Steipler respectait scrupuleusement cette coutume et avait l’habitude de distribuer à ses petits-enfants, les « Dmé Hanouka » spécifiquement le cinquième jour de Hanouka car (selon l’explication citée par son fils, le rav Haïm Kanievsky) ce jour-là ne peut jamais tomber un Chabbat.
Il en résulte des différentes sources évoquées que le cadeau est porteur dun message. Il sagit d’un tremplin pour motiver lenfant à fournir des efforts, à lui transmettre le goût de la Torah et des Mitsvot dans une atmosphère chaleureuse et agréable. Par conséquent, il conviendrait de s’assurer que le cadeau choisi fasse plaisir à lenfant, mais ce nest pas tout…il faudrait également veiller à ce que le jeu, le livre ou autre soient compatibles avec les valeurs que nous souhaitons lui inculquer ! Va-t-on privilégier un jeu de société qui renforce les bonnes relations au sein de la fratrie ? Est-ce que telle bande dessinée exposera l’enfant à des personnages auxquels il pourrait sidentifier ? Les bonnes formules ne manquent pas…et chaque parent est à même de se poser les questions adéquates qui l’aideront à faire de bons choix.
Que les lumières des huit jours de ‘Hanouka nous éclairent pour refouler l’obscurité qui tente parfois de s’infiltrer au sein de nos foyers. Profitons de cette belle fête pour transmettre à nos enfants que notre source de lumière, notre source de joie, mais aussi, notre source de vie, émanent uniquement de notre Torah. Joyeux ‘Hanouka !
Yokhéved Levy