17 Shevat 5779‎ | 23 janvier 2019

Alep, c’est la ville historique d’Aram Tsova

Située au nord-ouest de la Syrie, la ville d’Alep est depuis 2012 le théâtre de violents combats entre les forces loyales à Assad et les rebelles. En plus d’être la seconde plus grande ville de Syrie, Alep a été pendant des centaines d’années le berceau d’une communauté juive florissante, celle d’Aram Tsova.
Alep-Aram Tsova est mentionnée pour la première fois dans le Livre de Samuel qui relate que la ville a été conquise par Yoav, général du roi David. Les traces de la première communauté juive d’Alep, elles, remontent à l’époque du Premier Temple. Ces Juifs, qui se sont toujours fait appeler les Juifs d’Aram Tsova, ont vécu au fil des siècles des périodes de prospérité alternées avec des périodes de persécution. Le statut des juifs était, comme dans beaucoup d’endroits, fonction des souverains et de leurs gouvernements.
Au XVesiècle la ville accueille de nombreux Juifs parmi les Expulsés d’Espagne. Le XVIIIe siècle marque la période la plus florissante de la communauté d’Aram Tsova qui s’enrichit avec la venue de marchands juifs du monde entier. En effet, Alep a été, de l’Antiquité jusqu’à l’ouverture du canal de Suez, un lieu de passage primordial pour le commerce entre l’Occident et l’Orient. Beaucoup de Juifs réussissent dans les affaires et deviennent très fortunés tout en restant extrêmement pieux et attachés à la tradition juive. C’est à cette époque que la communauté devient plus nombreuse et qu’elle joue un rôle important dans la vie de la cité.
Une des particularités de la communauté d’Aram Tsova d’avoir conservé pendant plus de cinq cents ans un très précieux manuscrit : le « Keter Aram Tsova » (couronne d’Aram Tsova) appelé le Codex d’Alep est en effet la plus ancienne version connue du Tana’h. Écrit entre 910 et 930 de notre ère à Tibériade, ce texte est considéré comme la plus grande autorité en matière de « massora » (transmission). Il est le plus fiable concernant son texte biblique, sa vocalisation et sa cantillation. C’est d’ailleurs sur la base de ce texte que Maïmonide a écrit les règles relatives à la rédaction précise des rouleaux de la Torah.
Le Codex a transité entre différentes communautés du Moyen-Orient pour finalement arriver à Alep en 1375. Les juifs se sont empressés de lui aménager une salle dans la grande synagogue d’Alep, l’ont renommé le Codex d’Alep, et l’ont gardé farouchement pendant près de six cents ans, jusqu’à sa disparition en 1947.
1947 reste dans la mémoire des juifs des pays arabes comme une année fatale. Au lendemain du vote de l’ONU pour le partage de la Palestine en deux États, des persécutions contre les Juifs éclatent. Ces émeutes vont durer une seule journée et vont coûter la vie à 75 personnes. Les synagogues de la ville ainsi que des maisons, commerces et centres juifs sont incendiés. Pour se protéger, les Juifs se barricadent chez eux pendant trois jours. Dès que le calme est retrouvé, la grande majorité de la communauté s’organise afin de quitter Alep.
Pour ce qui est du Codex, la synagogue dans laquelle il est entreposé est elle aussi incendiée. Le Codex subit de nombreux dommages et ensuite disparaît subitement : les rumeurs courent qu’il a été détruit. Pourtant, en 1958, il refait miraculeusement surface en Israël. Un juif qui arrive d’Alep après s’être enfui à pied par la Turquie remet aux autorités israéliennes la Couronne. L’État d’Israël conscient du trésor qu’il détient entre ses mains, l’entrepose dans les archives du Musée d’Israël où il est conservé jusqu’à nos jours.
On peut retrouver aujourd’hui la diaspora d’Aram Tsova aux quatre coins du monde. Ainsi, dès l’ouverture du canal de Suez, une partie de la communauté quitte Alep pour aller vivre en Égypte où le commerce se développe. Au cours du 20esiècle, la diaspora d’Alep a recréé des communautés au rite d’Aram Tsova de par le monde, notamment en Israël, à Manchester, à Buenos Aires, à Mexico, à São Paulo et aux USA. Le célèbre chanteur Yaacov Shwekey est, par exemple, descendant de cette communauté d’Alep par son père.
Éliana Gurfinkiel