24 Tevet 5780‎ | 21 janvier 2020

Les stupéfiantes incohérences de l’affaire Sarah Halimi zal

La décision scandaleuse de la cour d’appel de la Chambre d’Instruction de Paris de juger pénalement irresponsable l’assassin de Sarah Halimi zal a provoqué colère et émotion dans la communauté juive de France. Une communauté qui se demande plus que jamais, si les autorités judiciaires françaises ne tentent pas de balayer sous le tapis une terrible affaire de crime antisémite. Il y a trop de points d’interrogation et d’incohérences dans cette affaire qui secoue les Juifs de France. Ces derniers jours, après la décision de la cour d’appel, certains dans la communauté comparaient ce drame à l’affaire Dreyfus dont on reparle beaucoup en France aujourd’hui. Haguesher tente ici de mettre en exergue ces multiples illogismes.

Le silence des médias
C’est le philosophe Michel Onfray qui a été la première personnalité célèbre à s’insurger contre l’étonnant silence des médias et de la classe politique sur l’assassinat de Sarah Halimi, en juin 2017. Mais entre juin et avril 2017, la presse et les médias évitent soigneusement d’en parler. Cette omerta peut s’expliquer par la campagne électorale qui conduira Emmanuel Macron à l’Elysée. Celle-ci bat son plein, les journalistes ont apparemment d’autres priorités. Quant aux candidats, aucun d’entre eux, surtout ceux qui comptent sur le vote musulman ne souhaite vraiment monter en épingle ce nouveau crime antisémite et islamiste, qu’il est préférable de masquer sous les traits d’un simple fait divers. William Attal, le frère de Sarah Halimi enrage face à ce silence et c’est lui qui alertera, également en juin 2017, la journaliste Noémie Halioua qui enquêtera sur l’affaire et publiera, un an plus tard, un livre démontrant son caractère révoltant.

Les bavures de la police Il a été établi que le 4 avril 2017, les policiers alertés par une voisine vers 4h45 du matin, sont présents sur les lieux rue Vaucouleurs (11ème), au moment où l’assassin Kobili Traoré pénètre, par le balcon de la famille Diarra, dans l’appartement de Sarah Halimi et la torture pendant 40 minutes en récitant des sourates. Certains de ces policiers armés sont même devant la porte d’entrée de l’appartement des Diarra qui sont comme Traoré, d’origine malienne. Mais ils n’y pénètrent pas apparemment de crainte d’être confrontés avec des terroristes salafistes ou affiliés à Daech. Ils restent donc passifs. D’autres policiers de la Brigade anti-criminalité (BAC) sont dans l’immeuble au moment de la défénestration de Sarah Halimi par un Traoré qui scande, tout le monde l’entend, « Allah Ouakbar ». Mais ce qui est plus étonnant, c’est que cette passivité des policiers va « contaminer » les enquêteurs. Ceux-ci oublieront d’interroger certains témoins ayant assisté à l’assassinat comme ce témoin qui s’exprimera sur France 24 et ne sera pas convoqué par les enquêteurs. De même, ceux-ci n’investiguent pas les discussions qu’ils ont eues durant la nuit avec la mère de Traoré. Ils ne se penchent pas non plus sur la radicalisation islamiste de l’assassin, alors que celui-ci est devenu un assidu de la mosquée voisine. Autre preuve de l’amorphisme de la police : pendant les semaines qui suivent l’assassinat, aucun des enquêteurs ne jugera nécessaire d’investiguer le téléphone portable de l’assassin, qui sera durant cette période, interné dans un hôpital psychiatrique. Mais ce n’est pas tout : les Procès-Verbaux des négociations entre l’assassin et la police le soir du crime, ne seront remis ni à la juge d’instruction ni aux avocats de la famille Attal-Halimi !

Le comportement réfractaire de la principale juge d’instruction : D’emblée la juge d’instruction chargée du dossier, Anne Ihuellou, aura une attitude souvent problématique et parfois paradoxale : Elle refuse la reconstitution de l’assassinat sous le prétexte qu’elle craint que le suspect ne se suicide. L’un des avocats de la famille Halimi, Me Alex Buchinger demande à la juge de procéder à cette reconstitution comme le stipule la loi. En juillet 2018 la chambre refusera la reconstitution. En janvier 2018, elle refusera de qualifier cet assassinat d’acte de barbarie et d’acte antisémite et de retenir les circonstances aggravantes. Sous la pression du parquet de Paris et après décision de la cour d’appel, Anne Ihuellou reconnaîtra, en février, bon gré, mal gré, le caractère antisémite comme circonstance aggravante avant de solliciter une nouvelle expertise… La juge se refuse à rencontrer les avocats de la famille Halimi et Me William Goldnadel nous a confié qu’à ce jour, soit plus de 2 ans et demi après le début de l’affaire, il ne connaît pas le visage d’Anne Ihuellou. Cette dernière se comporte avec bien peu d’égard pour les parties civiles et considère que celles-ci « n’ont pas plus de droit que Traoré ».

Les contradictions des experts psychiatriques
Avant d’évoquer les rapports, une précision juridique : la loi stipule que pour juger un suspect pénalement irresponsable il faut qu’il y ait unanimité des experts psychiatriques. Le rapport du premier expert, le Dr Zagoury remis le 4 septembre 2017, affirme qu’il n’y a pas de la part de l’assassin d’abolition du discernement mais seulement « d’altération » et il conclut que « le crime commis par Traoré est un acte délirant commis en raison de la consommation de substances toxiques, et qui plus est un acte antisémite ». Ce qui conduira le Parquet à demander à la juge d’instruction de retenir le caractère antisémite de l’homicide. Et donnera à l’affaire sa véritable dimension. Mais coup de théâtre, comme nous venons de souligner la juge d’instruction, toujours elle, réclamera une nouvelle expertise. Lors de la seconde expertise, l’expert Paul Bensoussan fait mention de schizophrénie de l’assassin et parle de maladie incurable. Contrairement au Dr Zagoury, il conclut, en mars 2019, à l’abolition du discernement… avant de se rétracter, en novembre dernier, lors des délibérations de la Cour d’Appel : « Je me suis trompé sur la maladie et sur son incurabilit ». Pourquoi un tel retournement de situation ? Pourquoi Paul Bensoussan est, depuis cette volte-face, apparemment lui-même « indisponible » alors que c’est sa décision qui a finalement conduit les juges à le juger pénalement irresponsable ? Et comment la cour a-t-elle pu le juger ainsi alors qu’il n’y a pas unanimité de la part des experts ? Enfin on a appris, lundi soir (23.12) que les juges de la Chambre d’instruction n’avaient dans leur verdict même pas tenu compte des déclarations contradictoires de Paul Bensoussan.

Préméditation ou non ? Alors que les autorités judiciaires semblent depuis le début de l’affaire tout faire pour prouver l’irresponsabilité de l’assassin et l’absence de préméditation, les éléments prouvant le contraire s’amoncellent : – Le matin du crime, donc le 3 avril, Traoré déclare : « Ce soir, tout sera terminé », ce qui prouve la préméditation. 1. Selon les témoins (qui n’ont pas été interrogés), l’assassin aurait clamé après avoir commis son crime : « J’ai tué le Sheitan (satan) du quartier ». Mais lorsque la juge d’instruction relèvera son témoignage elle affirmera que Traoré s’est contenté de dire : « J’ai tué le Shetan ». Si Traoré a effectivement parlé de « sheitan du quartier », c’est qu’il visait bien délibérément Sarah Halimi délibérément et n’était donc pas « seulement » sous l’emprise de drogues. Second exemple : le témoignage contradictoire d’un handicapé juif de l’immeuble, Mr Haouzi. Lorsque son fils a rencontré la famille Halimi peu après le drame, il n’a pas hésité à leur dire, en présence de deux journalistes, qu’il était certain que le mobile de l’assassin était antisémite. Mais par la suite, devant les policiers il dira en répondant, à une question des enquêteurs, qu’il n’avait jamais eu de problème antisémite, ce qui n’est pas foncièrement contradictoire mais permet de laisser planer un doute sur les réelles intentions de l’assassin. 3e exemple : la famille de l’assassin a affirmé à la police que la veille du crime Traoré était agité. Selon Kader, l’ami de Traoré, interrogé par la juge d’instruction, il aurait même été voir un marabout et aurait dit ensuite : « Je me sentais marabouté ». Mais les avocats de la famille Halimi ont posé la question à l’assassin qui a répondu qu’il n’était pas allé voir un marabout mais un fidèle de la mosquée salafiste qu’il fréquentait. Mais même après avoir détaillé la liste impressionnante de ces incohérences, il en est deux qui dépassent de loin toutes les autres : la première est que le 19 décembre dernier les magistrats de la cour d’appel se sont « surpassés » en affirmant dans leur verdict « que le crime avait des motivations antisémites » mais en refusant la tenue d’un procès qui aurait pu faire justice. Désormais comme l’a dit l’avocat de la famille Halimi, Me Szpiner, toute personne qui sera atteinte de bouffées délirantes parce qu’elle a consommé des substances toxiques sera exonérée de sa responsabilité pénale !!! Et pour couronner le tout, l’assassin lui même qui était interné dans un hôpital psychiatrique sans le moindre traitement est désormais « judiciairement libre » selon Me Szpiner qui se déclare certain que lorsque des psychiatres l’examineront, ils seront obligés de constater qu’il ne souffre d’aucune affection psychiatrique « puisqu’il n’est dangereux que lorsqu’il prend du cannabis… Il faut espérer qu’il ne se retrouvera pas sous peu sous l’emprise de cette drogue » ; indique Me Szpiner sur un ton acerbe. On comprend mieux maintenant l’amertume de la famille Attal-Halimi face à une justice française brouillonne et tant de fois plongée dans l’illogisme le plus criant. On comprend mieux pourquoi dans l’atmosphère ambiante, certains n’hésitent pas à parler dans les médias, d’affaire Dreyfus-bis. Car même si les deux affaires ne sont pas comparables, il y règne dans les deux, le même climat nauséabond, et la même volonté de la part des autorités juridiques de vouloir balayer le dossier sous le tapis et de tout mettre en œuvre pour que l’affaire Sarah Halimi soit classée au plus vite. Cela se passe en France, en 2019, pas en 1894…

Daniel Haïk