Supplément Torani : L’héritage de la royauté – Haguesher
30 Shevat 5780‎ | 25 février 2020

Supplément Torani : L’héritage de la royauté

Lorsque les frères vendirent Yossef, Réouven s’y opposa : « Ils complotèrent pour le faire mourir … maintenant, tuons le… Réouven entendit cela… Il dit : “Ne lui ôtons pas la vie… Ne répandez pas de sang… jetez-le dans cette fosse… » (Beréchit 37, 18-22). Pourquoi s’opposa-t-il plus que ses autres frères ? D’ailleurs, il n’était pas non plus présent lorsqu’ils le vendirent, et lorsqu’il revint vers la fosse et ne vit pas Yossef, il paniqua et craignit d’être celui qui serait châtié : « Ils s’assirent ensuite pour manger… ils le vendirent… aux Ismaélites… Réouven revint à la fosse et voici, Yossef n’était plus dans la citerne. Il déchira ses vêtements, retourna vers ses frères, et dit : “L’enfant n’y est plus ! Et moi, où irais-je ? » (Beréchit 37, 25-30). En fait, pendant qu’ils mangeaient, il s’était éloigné pour jeûner, se revêtir d’un sac et se repentir de sa faute avec Bilha (Beréchit Rabba 84, 19, cité par Rachi). Pourquoi regretta-t-il juste maintenant son acte avec Bilha, et pourquoi craignit-il une sanction plus que ses frères ?

La faute de Réouven : En fait, concernant la faute de Réouven : « Réouven alla se coucher avec Bilha, la concubine de son père » (Beréchit 35, 22) il existe trois avis. Selon certains, il n’avait pas touché Bilha, et ceci ne lui était même pas venu à l’esprit. Mais une fois Ra’hel décédée, Yaacov avait installé son lit dans la tente de Bilha. Réouven en avait ressenti un déshonneur vis-à-vis de sa mère et dit : « Si la sœur de ma mère [Ra’hel] était la rivale de ma mère [Léa], la servante [Bilha] de la sœur de ma mère le sera autant ? Il sortit le lit de Yaacov [et l’installa chez Léa] ». Selon d’autres, Réouven projeta de s’unir à Bilha, mais à la fin il se retint. Selon Rabbi Eliezer et rabbi Yehochoua, il fauta réellement avec elle (Chabbat 55/b). Selon l’avis estimant qu’il fauta, ou l’envisagea, quelle était sa motivation ? Si la cause était un désir charnel, il aurait eu plus de facilité à aborder une femme non juive plutôt que la femme de son père, qui l’aurait selon toute vraisemblance énergiquement repoussé. De plus, il l’aurait regretté immédiatement et n’aurait pas attendu durant des années, selon le dicton : « Si tu as vu un érudit pécher durant la nuit, ne pense pas du mal de lui le lendemain, car il a sans doute regretté sa faute », (Bérakhot 19/a) ! Il considéra alors son geste plutôt comme une mitsva ; comment ?

La transmission de l’aînesse : En fait, Its’hak et Yaacov, les deux fils tsadikim respectivement d’Avraham et d’Its’hak, reçurent la bénédiction de leur père, sans avoir été les aînés. Yichmaël et Essav les avaient précédés, ce qui provoqua jalousie et haine. Pourquoi D.ieu n’a-t-Il pas fait naître Its’hak et Yaacov comme aînés ? Rabbi Yossef Gikatilya, (Espagne, 1248-1305, Chaaré Ora chap. 5) l’explique ainsi : Avraham hérita de son père Téra’h des forces négatives. Pour engendrer un fils tsadik comme Its’hak, il devait engendrer dans un premier temps Yichmaël, qui retiendrait une partie de ces forces, et ainsi l’âme d’Its’hak serait « filtrée ». Avant que ce dernier n’engendre Yaacov, le processus se répéta : Essav le précéda et prit avec lui les résidus des forces obscures. Yaacov naquit ainsi « tam », parfait, et sa « beauté », physique et surtout spirituelle, ressembla à celle d’Adam, créé par D.ieu Lui-même (Baba Batra 58/a), et « l’Homme » dans le Char Céleste est le visage de Yaacov (Rabbenou Ba’hya, Beréchit 37, 2). Aucun nouveau « filtrage » n’était nécessaire et Yaacov engendra 12 tsadikim. Il envisagea alors que le sacerdoce et la royauté reviennent à son aîné, et de ce fait, il n’y aurait ni jalousie ni haine. Léa et Ra’hel étaient destinées respectivement à Essav et à Yaacov, et tous disaient : « La grande [Léa] pour le grand [Essav] et la cadette au cadet » (Baba Batra 123/a). Avant qu’Its’hak ne transmette à Yaacov la bénédiction de l’aîné, avec la promesse de la prêtrise et de la royauté, il lui demanda de l’embrasser. Ainsi, lorsque Moché transmit à Aharon la prêtrise, Aharon l’embrassa (Chemot 4, 27 ; voir Rachi, 4, 14), et lorsque Chemouel transmit la royauté à Chaoul, il l’embrassa (Chemouel I 10, 1). Ainsi, lorsque Yaacov vit Ra’hel au puits et vit qu’elle était sa destinée, il décida d’engendrer avec elle le fils aîné qui recevrait la prêtrise et la royauté, et il l’embrassa. Mais il vit qu’elle ne serait pas enterrée avec lui dans le caveau des Patriarches (Beréchit Rabba 70, 12 ; cité par Rachi), et eu peur que les pleurs d’Essav l’empêchent de réaliser son plan. Il pleura alors aussi, pour annuler les projets d’Essav. Entendant les pleurs de Yaacov (Beréchit 29, 13), Lavan décida que ce dernier, après avoir acquis le droit d’aînesse d’Essav et reçu ses bénédictions, devait engendrer le fils aîné avec la destinée d’Essav, Léa. Il la convainc alors de son bon droit. Puis, lorsque Réouven apporta à sa mère les « doudaïm », des fleurs « royales » qui semblent annoncer la venue de la royauté (Targoum, Chir Hachirim 7, 14), Ra’hel demanda à sa sœur : « Donne-moi, je te prie, des doudaïm de ton fils », en voulant partager la royauté avec elle. Mais Léa refusa : « Est-ce peu que tu aies pris mon mari, pour que tu prennes aussi les doudaïm de mon fils ? » (30, 15). Avec ces doudaïm, Léa « loua » son mari pour une nuit et conçut Issakhar, le fils érudit, autre symbolique des doudaïm (Targoum cité). Yaacov aussi considéra Réouven comme son fils aîné avec tous ses droits, comme il le lui confia avant sa mort : « Réouven, tu es mon aîné, ma force et les prémices de ma vigueur, tu mérites le surplus de la charge [du Temple], et le surplus de la puissance [la royauté] » (Beréchit 49, 3). Mais Réouven constata que Yaacov préférait Ra’hel : « Yaacov… aimait plus Ra’hel que Léa… » (Beréchit 29, 30), et même après la mort de Ra’hel, en installant son lit chez Bilha. Réouven renonça alors à son droit d’aînesse et envisagea de le rendre à la famille de Ra’hel, en s’unissant à Bilha et en espérant engendrer avec elle son fils aîné. En son for intérieur, Réouven ne fautait pas, vu que cette dernière était à l’origine donnée à Ra’hel comme servante, qui la donna par la suite à Yaacov pour engendrer, mais Yaacov la prit uniquement comme « concubine », qui n’est pas mariée légalement (Ramban Beréchit 25, 6). Il pensa qu’après la mort de Ra’hel, Bilha ne serait plus liée à Yaacov et donc permise à lui, comme une femme séduite sans mariage par un homme, qui est permise au fils de cet homme (Yébamot 97). Observant comment Yaacov préférait Yossef, les frères craignirent que leur père accepte le renoncement de Réouven, et considère dorénavant Yossef comme son aîné, et ils attentèrent alors à la vie de Yossef. Réouven se rendit compte de son erreur et la regretta immédiatement. Et lorsqu’il trouva la fosse vide, il craignit que Yossef soit dévoré par les serpents et se sentit coupable de sa mort.