7 Kislev 5780‎ | 5 décembre 2019

Après un an de crise politique, Israël a besoin d’unité nationale

Qui l’eut cru ? Deux mois après les élections du 17 septembre pour la 22e Knesset, plus de 7 mois après les législatives du 9 avril, et un an après la dissolution de la 20e Knesset consécutive à la démission d’Avigdor Liberman, l’Etat d’Israël n’avait ce mardi soir 19 novembre (à l’heure du bouclage de notre édition. Ndlr), toujours pas de gouvernement ! Pire encore ! Depuis les élections d’avril, pas un seul accord de coalition n’a été signé entre les partis qui sont censés être au pouvoir et les plus petites formations qui souhaiteraient les rejoindre ! Ces deux données suffisent à elles seules pour résumer l’ampleur de la crise politique sans précédent qui ébranle la classe politique israélienne. Et même s’il est impossible de pronostiquer ce qui se passera aux heures qui vont suivre notre bouclage, une conclusion s’impose : rien dans la vie politique de l’Etat d’Israël ne sera plus jamais comme avant, après ces longs mois d’impasse méandrée, d’imbroglio rocambolesque. Rien ne sera jamais plus comme avant dans la relation déjà chaotique entre les Israéliens et leurs députés. Oui, au cours de ces interminables semaines de tractations factices, de dialogues pour le protocole, d’incitations respectives, d’insultes copieuses et de colères plus ou moins feintes, quelque chose s’est brisé entre le peuple et ses élus. Souvent ceux qui ont reçu le mandat de gouverner ne s’en sont pas montrés dignes. Ils ont préféré manipuler, manœuvrer habilement ou encore jouer au poker menteur, comme si cela prouvait leur perspicacité, leur sagesse politique. Ils n’ont pas compris que de jour en jour, de semaines en semaine, ils se ridiculisaient et perdaient les derniers zestes de respect que les citoyens pouvaient avoir à leur égard. Les dégâts de cette crise qui n’est pas encore terminée sont incommensurables : il y a bien sûr les dégâts collatéraux dû à la vacance partielle du pouvoir depuis un an : ceux qui veulent les constater de visu sont invités à venir passer une nuit de calvaire dans les départements d’urgence des hôpitaux israéliens où avant d’être soignées, des personnes âgées doivent patienter des heures durant sur une simple chaise… Ceux qui n’ont pas cette opportunité n’ont qu’à se lancer sur les autoroutes israéliennes aux heures de pointe pour comprendre leur détresse. Et nous n’avons pas encore parlé des carences de la police qui n’a pas de patron véritable depuis un an ou de l’ensemble des ministères qui souvent sont paralysés par l’incertitude politique. Certains s’empresseront d’accuser nommément Binyamin Nétanyaou d’être au moins en partie responsable de ce chaos, d’autres pointent un doigt vengeur en direction de Liberman, d’autres encore fustigent les partis orthodoxes, d’autres préfèrent s’en prendre à Lapid. Il ne fait aucun doute que chacun d’eux doit endosser une part de responsabilités dans ce qui se passe, ou dans ce qui s’est déjà passé ces derniers mois. Mais rien que pour cela, rien que pour avoir réussi à secouer aussi fortement, le paquebot national au point que parfois on a cru qu’il allait se briser sur les vagues de haine et de mépris mutuel qui déferlaient de toutes parts. Rien que pour cela, ces leaders devraient cesser sans délai leurs boycotts mesquins, leurs accusations gratuites, afin, une fois pour toutes, de retrouver la cohésion nationale nécessaire pour faire face aux véritables enjeux sécuritaires qui sont à nos frontières et qui menacent… Oui l’union nationale n’est pas obligatoirement la meilleure des solutions mais dans la conjoncture actuelle, c’est certainement la moins pire : celle qui peut-être sera capable d’apaiser les querelles et de relativiser les animosités afin de céder, enfin, la place à
plus de compréhension, de respect mutuel et de considération.

Daniel Haïk