16 Kislev 5780‎ | 14 décembre 2019

Récit de Koby Levy : Hachem ne te doit rien

Le récit de la semaine dernière décrivait une femme à laquelle les docteurs ne donnaient aucune chance de mettre au monde des enfants. Le soir du dixième anniversaire de mariage, elle sombre dans une profonde tristesse, puis décide finalement de se rendre chez le Rav Chlomo Zalman Auerbach zatsal pour recevoir sa bénédiction. Il écoute son récit puis lui adresse une phrase foudroyante : « Hachem ne te doit rien ». Lorsqu’elle se dirige vers la sortie, il lui ajoute : « Mais si tu fais pour les autres ce que tu n’es pas obligée de faire, Hachem fera pour toi ce qu’Il ne te doit pas. Tout celui qui prend en pitié les créatures, Hachem le prend en pitié… » Elle sort soulagée et décidée à agir dans ce sens…

Je rentrai dans mon petit appartement, bouleversée par cette révélation, et c’est alors que je pris une décision : j’irai voir demain de jeunes accouchées et je les aiderai. Elles sont faibles et ont besoin d’aide… J’achetai quelques cadeaux et surprises et allai les réjouir. Elles furent réellement heureuses de ma présence, mais après quelques semaines, je compris qu’on n’avait pas vraiment besoin de moi dans cet endroit. Le service de maternité est un service empli de joie, si c’est un bébé garçon, on prévoit une Brit-Mila, si c’est une fille, c’est une lumière supplémentaire… Des proches rendent visite, amènent des cadeaux, et en général les accouchées sont heureuses… Je décidai donc de diriger mon énergie, mon argent et mes forces vers le service le plus difficile : le service oncologique. J’achetai avec le peu que je possédais beaucoup de sucreries, de toutes sortes.

Des gaufrettes, de la ‘halva, des cocos, des chocolats, des amandes, des dattes, des bonbons et des chips, avec de magnifiques serviettes de table, et j’enveloppai tout cela dans de charmantes corbeilles décorées de façon colorée et attirante. Je passai d’une malade à une autre, d’un lit à un autre, avec sourire et bienveillance, tenant le chariot décoré lui aussi de nombreux cellophanes et papiers d’emballage attirants pour les yeux, pour le palais, pour le cœur… J’essayai de faire plaisir à chacun de ces malades, pour lesquels en ces moments difficiles chaque manifestation de douceur et de bienveillance représente un cadeau des plus précieux. Pour moi aussi, cela constitue un trésor de valeur, puisque la Mitsva de bikour-’holim (visiter les malades) n’a pas de limites, comme on le dit dans la Tefila (“Elou devarim”). D’ailleurs, qui est le plus grand des visiteurs de malades ? Hachem Qui vint en personne assister Avraham Avinou (dans la Paracha de cette semaine après qu’il ait effectué la Brit-Mila à l’âge de 99 ans). J’investis dans cette Mitsva mon cœur, ma néchama, mes forces et mon argent. Je devins amoureuse de ce ‘hessed, et tout mince sourire d’une malade me transportait. Maître du monde, me disais-je, le Chekhina se trouve au-dessus de la tête du malade, et ces malades sont de vrais tsadikim (justes) qui ne refusent pas les souffrances, et leur berakha est donc digne de se réaliser. Je demandai qu’elles me bénissent, et elles me bénirent avec joie, avec une reconnaissance que je doutais de mériter. Après un an, je mis au monde un garçon.

Après quatre ans, nous avons reçu un cadeau supplémentaire d’Hachem Qui ne nous devait pas d’enfants : deux éblouissantes jumelles. Mais je ne m’arrêtai pas, quant à moi, dans ce devoir que je n’étais pas tenue d’effectuer. Actuellement, ma vie tourne autour de l’adoucissement de la vie de ces hommes et femmes qui se trouvent là-bas, au septième étage, et qui, avec les bontés d’Hachem, guériront. Chaque lundi, accompagnée de ma mère et de mes filles (lorsqu’elles ne sont pas à l’école), nous distribuons des centaines de corbeilles charmantes, qui adoucissent la vie. Une demi-tonne de sucreries par mois !!! Pour les enfants du Roi des rois, Qui nous demande de faire le bien à autrui, même sans recevoir de compensation, sans attribuer ce que nous avons reçu de Lui comme récompense à notre investissement pour les autres… Comme vous l’avez compris, de nombreuses années sont passées depuis. Il y a quatre mois, nous avons marié notre fils aîné, qui est un grand talmid ‘hakham. A son mariage, des centaines de médecins, de malades qui ont guéri et de proches parents de malades qui ont décédé sont venus eux aussi nous réjouir. Je voudrais vous raconter que j’ai vu beaucoup de séparations dans ma vie, vous comprenez… J’ai eu maintes fois l’occasion de recevoir des remerciements de personnes qui n’avaient plus beaucoup de temps à vivre, auxquelles un carreau de chocolat sur la langue a donné un bonheur énorme, indescriptible… Mon regard sur notre vie sur terre est très optimiste, très joyeux, et non égoïste. Je ne suis pas une femme riche, mon mari est un avrekh qui ne reçoit pas de bourse et les sucreries que j’achète avec mon argent et avec celui de donateurs me coûtent beaucoup d’efforts. Mais tout vaut la peine.

Car je ressens profondément que mon bonheur provient du fait que je fais pour autrui ce que je n’ai pas l’obligation de faire, et à présent cela est si intégré dans ma routine, que c’est devenu pour moi une mission dont je ne peux plus me passer. J’espère vraiment que ces mots pourront constituer un bagage pour vos chers lecteurs. Quelques mots de l’auteur pour conclure Mme Myriam Gabaï habite avec sa famille dans un tout petit appartement dans un quartier important de Jérusalem. Sa maison est ouverte à tous. Vous y trouverez amoncelés de nombreux sacs et cartons de sucreries, qu’elle emballe dans de belles corbeilles, pour les emmener chaque lundi aux malades. Elle a œuvré durant 20 ans à l’Hôpital Cha’arei-Tsédek, et la dernière année (le récit date de l’année 5775/2015), son œuvre de ‘hessed est passée à l’Hôpital Hadassa ‘Ein-Kerem, au Makhon Charet, où elle se déplace entre les huit étages de ceux qui attendent la délivrance et la guérison, et distribue des sourires, de la douceur et de la joie de vivre à ceux qui en ont tant besoin. Parmi les centaines de récits que j’ai écrits durant la dernière décennie, ce récit apparemment simple m’a conquis. J’ai moi-même envoyé un chèque destiné à l’achat de sucreries afin d’être associé à ce ‘hessed tellement spécial qui est devenu l’œuvre de la vie de cette femme qui a mérité que le Gaon Rav Chlomo Zalman Auerbach zatsal lui dise : « Hachem ne te doit pas des enfants », et qui, en fait, a pu mériter d’avoir des milliers de garçons et de filles qui ont pu profiter de son don extraordinaire. D’ailleurs, celui qui désire l’aider, et avoir une yéchou’a avec l’aide d’Hachem, peut téléphoner au 0504146190. De nombreuses et extraordinaires yéchou’ot vous attendent par l’association à cette œuvre extraordinaire.

TraduiT eT adapTé par S. Koen