16 Kislev 5780‎ | 14 décembre 2019

8 choses que tu ne savais (peut-être) pas sur… le rire

1. Non, non, nous ne sommes pas au mois d’Adar où la joie et la bonne humeur sont de mise. Mais alors quelle mouche a-t-elle bien pu piquer la rédaction du Haguesher Junior pour décider subitement de t’offrir un topo sur le rire ?! Eh bien, primo, qui a dit qu’il fallait forcément attendre la venue de Pourim pour exercer ses muscles zygomatiques ? Chez nous les Juifs, la joie est la bienvenue sept jours sur sept, et vingt-quatre heures sur vingt-quatre ; c’est bien ce que nous recommande David Hamélekh dans les Téhilim : « Servez l’Éternel avec joie, présentez-vous devant lui avec des chants d’allégresse » (chapitre 100, verset 2). Deuxio, c’est en parcourant la Paracha de la semaine, celle de Vayéra, qu’on s’est aperçu que le rire y occupait une place de choix. En effet, lorsque l’ange Michaël se présente dans la tente d’Avraham pour l’informer de la naissance d’un fils à Sara, les deux époux réagissent en riant. Et si le rire de Sarah est teinté d’une certaine incrédulité, celui d’Avraham est un rire plein de joie pure. D’ailleurs, un an plus tard, lorsque Sarah met au monde un enfant, Avraham le nommera Its’hak, un nom qui rappelle le rire de joie de notre patriarche en apprenant l’extraordinaire nouvelle de sa naissance (Rabbénou Be’hayé). Et puis, il y a une autre raison magnifique derrière ce nom. Il s’avère que le jour où Its’hak est né, de nombreuses femmes stériles sont devenues enceintes, de nombreux malades ont été guéris et de nombreuses prières ont été exaucées. La venue au monde d’Its’hak a donc été accompagnée d’une grande joie (Béréchit Rabba 53, 8). D’où l’exclamation de Sarah : « Hachem m’a fait un rire ; quiconque entendra cette bonne nouvelle rira avec moi ! » (Béréchit 21, 6)

2. Nos amis anglais ont l’habitude de dire : « Laughter is the Best Medicine ». Ce qui, en français, signifie : « Le rire est le meilleur des médicaments ». Les scientifiques ont en effet commencé à découvrir que le rire possède des vertus thérapeutiques insoupçonnées. Ils se sont notamment aperçus que lorsqu’un enfant malade rit, le niveau de l’hormone du stress appelée cortisol diminue comme par magie dans son sang. Du coup, l’enfant ressent moins la douleur, même si objectivement parlant, celle-ci reste identique. Cette drôle de découverte, et c’est le cas de le dire, explique la présence très répandue de clowns médicaux dans les services pédiatriques des hôpitaux. Par exemple, lorsqu’une infirmière fait une prise de sang, le clown médical racontera une bonne blague au petit patient. Du coup, il sera beaucoup plus détendu et coopérant et en oubliera même sa douleur ! De plus, la diminution de l’hormone du stress détend les muscles et améliore également le système immunitaire, ou pour parler français, les armes dont dispose notre corps pour se protéger des virus et des bactéries. Mais ce n’est pas tout ! Les recherches prouvent que le rire permet de dilater nos vaisseaux sanguins, ce qui améliore la circulation sanguine et garantit une meilleure santé cardiaque. Tu l’auras compris, le rire, c’est une affaire drôlement sérieuse ! D’ailleurs, l’étude du rire et de ses effets thérapeutiques sur le corps porte même un nom scientifique : c’est la gélotologie !

3. Le rire mobilise une quinzaine de muscles faciaux — les plus célèbres étant le muscle grand zygomatique, le muscle petit zygomatique et le muscle petit zygomatique accessoire — mais aussi le diaphragme et les muscles thoraciques. Si vous n’appelez pas cela du sport…

4. Tu connais le proverbe : « Rira bien qui rira le dernier » ? À l’époque du Talmud, on disait plutôt : « Étudiera bien qui rira en premier »… En effet, plusieurs Amoraïm (c’est le nom donné aux Sages du Talmud) avaient l’habitude de débuter leurs cours de Torah par des plaisanteries. C’était notamment le cas de l’illustre Sage Rabba bar Nahmani, qui était Roch Yéchiva de la célèbre académie d’étude de Poumpedita. Mais d’où vient cette surprenante habitude ? Nos maîtres expliquent que la joie ouvre le cœur et l’esprit, et va donc faciliter la compréhension de l’étude. Pour te donner un exemple concret, cela ressemble un peu à un pêcheur qui accroche une petite boulette de mie sur son hameçon. Appâté par la perspective de ce petit déjeuner gratis, le poisson s’approche et mord à l’hameçon. Il ne reste plus à notre pêcheur qu’à rembobiner sa canne à pêche pour récupérer sa prise. De même, les plaisanteries éveillent l’attention de l’auditeur. Et l’encouragent à écouter la suite du discours. Aujourd’hui encore, de nombreux Rabbanim et conférenciers mettent à profit cette astuce talmudique pour captiver leur public. Difficile de ne pas évoquer le souvenir béni du grand rabbin Sitruk zatsal, dont les légendaires plaisanteries et mots d’esprit saupoudraient chacun de ses inoubliables cours de Torah.

5. Il existe tout un tas d’expressions verbales décrivant différents types de rires. Sauras-tu les retrouver à partir des définitions suivantes ? A. Rire contre sa volonté en montrant bon visage ? B. Rire bruyamment, la bouche grande ouverte, et de toutes ses forces ? (Au moins six réponses possibles.) C. Rire d’une personne en sa présence et avec la ferme intention de se moquer d’elle ou de la défier ? D. Rire d’un rire pincé, distant ou réservé ? E. Rire à contrecœur et avec une certaine amertume ? F. Rire fréquemment et pour un rien ? G. Rire de manière discrète en se moquant ? (Au moins six réponses possibles) Découvre toutes les réponses en fin d’article

6. François Rabelais, un écrivain français qui était aussi médecin, prétendait que le rire est le propre de l’homme. Aujourd’hui, les scientifiques n’en sont pas si sûrs ; ils se demandent si certains animaux comme les rats, les gorilles ou les orangs outangs ne connaîtraient pas eux aussi ce phénomène. Voilà qui donnerait un tout nouveau sens à l’expression : « Rire bêtement »…

7. Voici quelques belles citations sur le rire que tu pourrais afficher sur la porte de ton réfrigérateur par un jour de grisaille : « Un rire sincère est un rayon de soleil dans une maison. » (William Thackeray) « Nul n’a plus besoin d’un sourire que celui qui n’en a plus à offrir. » « Un sourire coûte moins cher que l’électricité, mais donne autant de lumière. » (Henri Grouès) « Celui qui ne sait pas rire ne doit pas être pris au sérieux. » (Philipe Sollers)

8. Le Talmud nous raconte qu’un Sage appelé Rabbi Beroka rencontra Eliahou Hanavi au marché de Beth Léfet et lui demanda si parmi les badauds se trouvaient une personne digne du monde futur. Le prophète désigna entre autres deux hommes qui avaient une allure tout à fait ordinaire. Intrigué, Rabbi Beroka les accosta et leur demanda : « Quelles sont vos occupations ? » Voici leur réponse : « Nous sommes de joyeux drilles ; quand nous voyons une personne qui a l’air triste, nous essayons de l’égayer et quand nous rencontrons des personnes qui se disputent, nous tentons de rétablir l’harmonie entre eux en les faisant rire. (Traité talmudique Taanit, p.22/a) Faire rire les personnes qui n’en ont pas le cœur n’est pas une Mitsva comme une autre ; c’est carrément un visa d’entrée pour le Monde Futur ! Dans l’attente du jour où « notre bouche s’emplira de rires joyeux et notre langue d’accents d’allégresse ! »

PAR ORA MARHELY

Réponses aux devinettes du paragraphe 5: A. Rire à contrecœur. B. Rire à gorge déployée / Rire à pleines dents / Rire à pleine gorge / Rire de toutes ses dents / Rire à s’en décrocher les mâchoires / Rire aux éclats. C. Rire au nez de quelqu’un. D. Rire du bout des lèvres. E. Rire jaune. F. Rire pour un oui ou pour un non. G. Rire dans sa barbe / Rire à la dérobée / Rire en cachette / Rire en coin / Rire sous cape / Rire en cachette.