17 Heshvan 5780‎ | 15 novembre 2019

Comment enseigner la Torah à son fils

Outils et principes pour l’étude avec ses enfants

Je me trouvais dans un beth hamidrach de Jérusalem où j’ai remarqué un homme qui attendait son fils toujours à la même heure, pour étudier avec lui. Le père pensait probablement qu’il devait étudier tous les jours avec son fils pour le faire progresser dans la Guemara : « Vous les enseignerez à vos fils » (Devarim 11.19). Chaque jour, le fils entre au beth-hamidrach d’un pas traînant et attend l’accueil de son père… qui s’avère réservé : le père lui consacre de son temps précieux et est pressé. Il veut avoir le temps de lui enseigner la Guemara et de voir qu’il comprend les nuances de la souguiya. L’étude commence sans tarder : le père se plonge dans ses explications tandis que face à lui, son fils se perd dans ses rêveries. Poussé par l’idée qu’il doit accomplir la mitsva d’enseigner la Torah, le père tente désespérément de connecter son fils à l’étude, et le fils est désespéré lui aussi… Ce spectacle qui se répète chaque jour est regrettable pour le père et pour le fils.

Un disciple du Gaon Rabbi Chlomo Zalman Auerbach m’a raconté que son maître disait : « Si la Torah n’avait pas ordonné ‘tu les inculqueras à tes fils’, j’aurais dit qu’un père ne doit pas étudier avec son fils… » Un père a des souhaits, un père a des rêves. Il lui est pénible de voir que son fils ne les réalise pas. Le résultat, c’est qu’il est déçu, ce que le fils ressent tout de suite. Quoi de plus pénible que de sentir que « quelqu’un est déçu de toi », à plus forte raison si c’est ton père ? Aux yeux du fils (à certains âges, bien sûr), le père est fort et sage et représente le cœur de son être. Le fils veut lui ressembler. Si « je déçois mon père », alors je ne vaux rien. Ah, dommage que je sois né…

Rav Avraham Guelbart, directeur du Talmud Torah Karlin à Bné Brak m’a raconté : « Il y a plus de 20 ans, je suis allé demander à Rav ‘Haïm Kaniewsky que faire car l’un de mes fils ne réussissait pas dans l’étude. Notre Maître m’a répondu : « Engage un avrekh pour étudier avec lui ». Je lui ai répondu que j’étudiais avec des élèves et que je pouvais donc étudier avec lui aussi. Notre Maître m’a dit : « Si tu étudies avec lui patiemment, tu accomplis ‘tu les inculqueras à tes fils’. Mais si tu étudies avec lui et manques de patience, tu es un assassin… » C’est effrayant ! Un manque de patience suffit pour transformer une grande mitsva en assassinat… Il en ressort que le rôle d’enseigner la Torah à ses fils est une mitsva difficile pour le père. Il doit neutraliser ses désirs, cacher ses espoirs et se connecter au niveau de l’enfant sans le surcharger par ses vastes connaissances, même lorsqu’il le dépasse de très loin. Je voudrais présenter six outils et principes importants pour accomplir la mitsva d’inculquer la Torah à ses fils. (J’en ai entendu une partie de la bouche de Rav Moché Hillel Hirsch, Roch Yechivat Slabodka, ainsi que de Rav ‘Haïm Pérets Berman, Roch Yechivat Ponievezh).

Préparation : il est bon que le fils sache à peu près à quelle heure son père va étudier avec lui, afin qu’il n’ait pas l’impression qu’il sacrifie son temps de jeux ou sa pause à la yéchiva. L’étude ne doit pas être perçue comme une privation. (Avot Oubanim est excellent à ce niveau.)

Conditions : certains enfants aiment étudier au beth-hamidrach, ce qui leur donne de l’ardeur, mais d’autres sont dérangés par le bruit ou l’espace, ou sont gênés qu’on les voie étudier avec leur père, et préfèrent la maison ou une pièce fermée.

Ajuster ses espérances : il ne faut rien attendre, ni combien le fils sait ou écoute, ni combien il comprend. Il vaut mieux l’accepter comme il est, avec joie et amour, sans le pousser au-delà de ses capacités. Que seul un père capable d’être content de ce qui dépasse le zéro étudiera avec son fils (un père du genre déjà content que son fils mette les tefilin et observe le chabbat).

Calme : Le père ne doit pas être fatigué, et doit connaître parfaitement la souguiya avant d’étudier avec son fils afin d’éviter toute nervosité ou erreur.

Proximité et amour : l’étude entre un père et son fils doit se faire avec les sentiments naturels d’amour et de décontraction, avec le toucher même (la main sur l’épaule), avec joie et sourire. Même s’ils n’ont pas terminé leur programme, il ne faut pas susciter de tension et de heurts.

Un bon moment : l’étude est un partage et pas une interrogation. Le père lit et explique la guemara et le fils écoute, à moins que le fils ait demandé à expliquer. Même s’il n’explique pas bien, il ne faut pas l’embarrasser : il faut lui expliquer et continuer l’étude. L’enfant doit toujours – toujours ! – terminer la session d’étude avec le sentiment que son père est content de l’étude. Un père qui n’en est pas capable (et c’est difficile !) ferait mieux de ne pas étudier avec son fils.

Pour conclure : un fils qui aime étudier avec son père continuera à acquérir la Torah. Il aimera la Torah comme il aime son père et aimera son père comme il aime la Torah, car c’est lui qui la lui transmet. Et D.ieu en préserve, dans le cas contraire… Un homme qui ne peut pas étudier avec ses fils pour les raisons mentionnées ci-dessus peut accomplir la mitsva avec ses élèves : « Tu les inculqueras à tes enfants – tes enfants, ce sont tes élèves ».

RAV ELIAV MILLER, DIRECTEUR GENERAL LEV CHOMEA

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