14 Kislev 5780‎ | 12 décembre 2019

Le processus de paix responsable de la montée de l’antisémitisme ?

Le dialogue entre Israéliens et Palestiniens, les accords signés dans le cadre de ce que l’on appelle le processus de paix, soulèvent l’espoir, entre autres, que cela parviendra à faire baisser le degré de haine dans la région. C’est arrivé à certains endroits, mais la plupart du temps, le processus de paix a été, au contraire, une source supplémentaire d’hostilité vis-à-vis d’Israël. Ces dernières années, l’antisémitisme musulman a pris des proportions particulièrement inquiétantes, même si quelques lumières d’espoir commencent à poindre.

L’antisémitisme en Europe, dans sa version théologique ou raciste, était, jusqu’à une certaine époque, étranger à la culture musulmane. Pourtant, peu à peu, ces idées ont subi un processus d’islamisation. L’argument selon lequel les Juifs et les Chrétiens ont déformé le livre sacré, s’est transformé pour aboutir à ce que la Torah est fausse, une version réécrite afin de faire croire que les Juifs sont le Peuple élu et que la Palestine leur appartient. La plupart des théories complotistes visant les Juifs sont aujourd’hui adoptées par les populations Arabes. Les Palestiniens sont devenus les victimes des crimes commis par Israël et par les sionistes, accusés de servir de pont et d’outil de l’incursion américaine et occidentale au MoyenOrient. L’Amérique est le grand Satan et Israël, le petit Satan et ensemble, ils constituent le grand danger pour la région. Selon la version antisémite européenne, le schéma est inversé, c’est l’Amérique qui est manipulée par Israël et les Juifs et pas le contraire, comme le suggéraient déjà les nazis. Dans la plupart des écrits musulmans récents, l’ennemi n’est plus l’Israélien ou le sioniste, mais bien le Juif, porteur d’un héritage maléfique depuis plusieurs générations. Selon certains universitaires palestiniens, les Juifs sont le plus grand ennemi des Musulmans, sans valeur ni morale, qui ont choisi le mal et la fourberie. Pourtant, certains se défendent d’être antisémites. Lors d’une interview à la chaîne américaine CNN, le président Iranien Hatami a déclaré que « l’antisémitisme est un phénomène occidental et qu’il n’a aucune base dans l’islam ou en Orient. Les Juifs et les Arabes ont vécu en harmonie durant des siècles. » Mais le leader religieux Ali Hamenai a rejeté ces arguments : « L’histoire est remplie d’intrigues juives contre le prophète Mahomet et d’attaques meurtrières… des versets explicites du Coran parlent de la haine et de l’hostilité des Juifs contre les Musulmans. S’il faut distinguer les Juifs du régime sioniste, les propos de Hatami sont exagérés et inutiles. »

Si les Iraniens restent prudents dans leur propos contre les Juifs, pour montrer leur tolérance vis-à-vis des autres religions, ils n’hésitent tout de même pas à adopter des écrits comme « Le Protocole des Sages de Sion », pamphlet antisémite qui dénonce le complot juif de la conquête du monde. L’opposition arabe au processus de paix se décline en trois arguments principaux : politique, économique et islamique. Le premier est dans la continuité de l’idéologie contre le sionisme et contre l’Etat d’Israël. Malgré l’avancée du processus de paix, cette opposition a grandi, même si certains Arabes modérés s’opposent aux campagnes de haine contre Israël.

Selon certains extrémistes arabes, Israël aurait pour objectif de prendre le contrôle du monde arabe. Ils voient comme une menace chaque accord commercial que signe Israël avec ses voisins. Tout rapprochement est considéré comme une tentative de destruction de la culture de l’islam et une preuve de l’avancée impérialiste d’Israël. Malgré le peu de crédibilité d’une telle conspiration, elle trouve un large écho notamment en Égypte. Les adeptes de cette théorie se servent de l’histoire de l’antisémitisme européen et l’étendent à leur existence. Shimon Pérès, qui avait une vision économique d’un nouveau Moyen-Orient où tous les pays seraient partenaires, a essuyé des critiques assassines dénonçant la mise en place d’un futur contrôle du programme sioniste sur le monde arabe. Les campagnes contre la collaboration entre Israël et l’Égypte en matière d’agriculture, et de technologie se multiplient. Elles sont diffusées contre les produits israéliens laissant entendre leurs effets néfastes sur la santé des Égyptiens, en dépit du bon sens. Outre l’argument politique et économique, l’islam reste celui qui parle le mieux à la sensibilité des peuples. Les paroles fondées sur l’islam trouvent toute leur légitimité auprès des populations. Cette propagande s’appuie sur l’histoire locale. Ainsi, la Turquie accuse Israël de la chute de l’empire Ottoman ou des conflits actuels en Bosnie, ou en Iran, notamment des sanctions américaines fomentées par les Juifs de Washington. La religion est également utilisée pour accuser les Juifs dont les rabbins promettent le paradis à tout Juif qui tuera un palestinien.

Ces campagnes de haine ont un dénominateur commun : elles tentent toutes d’effacer le passé et tout ce qui pourrait provoquer un soutien ou de la sympathie pour le peuple juif. Les Arabes n’hésitent pas pour cela, à réécrire l’histoire, à nier la Shoah ou à comparer les Juifs avec les nazis. Certains musées ont effacé toute présence juive de la région et inventent une histoire de la Palestine. Dans les livres scolaires des écoles de l’Autorité Palestinienne, il n’est fait aucune allusion à la présence juive en Israël. L’histoire de la Palestine débute avec les Cananéens et passe directement à l’invasion arabe au 7e siècle. La Shoah n’a jamais existé ou alors dans des proportions moindres. De nombreux Palestiniens adoptent les thèses des plus célèbres négationnistes, comme Roger Garaudy. La plupart des pays arabes interdisent la diffusion de films comme « La liste de Schindler » ou toute autre manifestation culturelle ou livres qui pourraient rappeler de près ou de loin ce chapitre de l’histoire ou qui pourrait montrer des Juifs sous un jour positif ou humain. Même avec les pays qui ont signé des accords de paix avec Israël, les relations demeurent froides et pleines de haine. Toutefois, de plus en plus de dirigeants, de responsables militaires, d’hommes d’affaires et d’intellectuels entretiennent des relations avec des homologues israéliens.

Plus d’un million d’Arabes Israéliens vivent en Israël et deux millions d’autres vivent ou ont vécu sous domination israélienne. Beaucoup reconnaissent le caractère démocratique et ouvert de la société israélienne et souhaiteraient le voir exister dans les pays arabes. D’autres signes d’ouverture commencent à se voir et l’espoir d’une normalisation ne paraît plus totalement utopique pour certains. L’un des rares intellectuels égyptiens à s’être rendu en Israël a écrit un jour : « Je considère l’accord entre Palestiniens et Israéliens comme un événement historique rare. Un moment de reconnaissance mutuelle – j’existe et tu existes aussi. J’ai le droit de vivre, et toi aussi. C’est une longue route semée d’embûches, mais les dernières étapes en sont la liberté et les droits de l’homme. Ce ne sera pas un chemin couvert de roses, mais un long combat. Impossible de faire la paix uniquement en paroles. Le seul moyen est d’aller de l’avant, d’obtenir la paix par des actes et non par des mots. » PAR BRANDES LEWIS POUR MIDA.ORG.IL