17 Tishri 5780‎ | 16 octobre 2019

L’évolution de la doctrine militaire israélienne face au Hezbollah depuis 1982

On peut distinguer 4 étapes dans la définition de la stratégie israélienne contre la milice chiite.

De 1982 à 1993

La création du Hezbollah par l’idéologue chiite iranien Mohammed Hussein Fadallah durant l’été 1982, en pleine Guerre du Liban, a quelque peu surpris et pris de vitesse les stratèges israéliens qui venaient de voir les populations de certains villages chiites du sud du Pays du Cèdre accueillir avec joie les soldats de Tsahal en jetant du riz sur leur passage. Il fallut donc attendre l’envoi, au fil des ans, de plusieurs milliers de militants chiites partis collecter des fonds en Europe occidentale et y organiser des manifestations demandant purement et simplement « la suppression d’Israël » pour que certains experts militaires israéliens se réveillent…

De 1994 à 1998

Redéfinissant le Hezbollah au début des années 1990, non plus comme un simple « groupe terroriste », mais comme « une véritable organisation de guérilla possédant des arsenaux et des réseaux sociaux conséquents », Tsahal ne fait le constat que des importants stocks d’armes conventionnelles déjà aux mains de la milice chiite, mais sans percevoir que sa parfaite immersion/dissimulation au sein des localités chiites du Sud-Liban va lui permettre d’y accumuler (secrètement, du moins au début) des roquettes et mêmes des missiles capables de menacer le territoire israélien.

De 1999 à 2006

C’est le ministre (Likoud) de la Défense, Moché Arens, qui définit en 1999 une autre stratégie de dissuasion face au Hezbollah : ainsi, propose-t-il que Tsahal – qui s’est retiré de la zone de sécurité au sudLiban en mai 2000 – riposte à ses attaques et menaces en ciblant les infrastructures de l’Etat et du gouvernement libanais euxmêmes puisque le Hezbollah, qui a déjà des députés au parlement de Beyrouth, est une force ayant pignon sur rue sur la scène politique nationale du Pays du Cèdre. Un changement qui se concrétise sur le terrain lors de la 2e Guerre du Liban de l’été 2006 quand Tsahal bombarde massivement les quartiers chiites de Beyrouth et des sites d’infrastructures nationales libanaises pour riposter au feu nourri de plus de 680 roquettes tirées sur le nord d’Israël par le Hezbollah.

De 2007 à 2019

De sévères leçons internes mais surtout stratégiques sont tirées par Tsahal après cette 2e Guerre du Liban et dans le sillage des attentats menés à l’étranger par le Hezbollah (deux fois en Argentine, puis à Burgas en Bulgarie) contre des Juifs et des Israéliens. Bien plus que comme un « supplétif » bénéficiant au Liban de l’aide de Téhéran, le Hezbollah est donc désormais considéré par Tsahal comme « l’une des structures du commandement iranien lui-même déployé près de la frontière-nord du pays ». Ce qui implique pour Israël, de mener des actions bien plus offensives de dissuasion préventive, comme la destruction (par plus d’un millier de raids en 6 ans) des QG., bases et arsenaux irano-chiites au Liban et en Syrie.

Richard Darmon.