17 Heshvan 5780‎ | 15 novembre 2019

L’impact possible de la tension dans le Nord sur la formation du prochain gouvernement

L ’échange de feu d’Avivim, dimanche après-midi, n’a pas été programmé de longue date, comme l’ont prétendu certains, par Binyamine Nétanyaou, pour détourner la campagne électorale du témoignage à charge de Shlomo Filber, l’ancien conseiller du Premier ministre, ou d’autres situations embarrassantes qui pourraient affecter Mr Nétanyaou. La tension sécuritaire entre Israël et le Hizbollah n’a cessé de grimper ces dernières semaines et, si elle a explosé à deux semaines des élections, c’est probablement avant tout parce que Nassarala, qui se considère comme l’un des meilleurs décrypteurs des tendances sociétales israéliennes, pensait qu’en cette période préélectorale, le Premier ministre disposerait d’une marge de manœuvre bien plus restreinte qu’à l’accoutumée, comme ont pu le constater, ces derniers, mois, les dirigeants du Hamas, dans le Sud.

Cependant, cette tension sérieuse au Nord pourrait avoir des répercussions électorales positives pour Mr Nétanyaou et pour le Likoud. En effet, ces développements ont permis au Premier ministre de revêtir sans complexe le «blouson» de Mr Sécurité, un blouson qui s’était passablement étriqué, depuis un an, le long de la frontière entre Israël et la Bande de Gaza. Cet échange de feu et les provocations de Nassarala ont repositionné Mr Nétanyaou dans son rôle de prédilection : celui du pourfendeur de l’agressivité des Iraniens et de leurs alliés du Hizbollah. Et il est possible que cette posture «musclée» du Premier puisse persuader une partie de l’électorat traditionnel du Likoud, déçue jusque-là de l’attitude trop tempérée envers le Hamas, de voter en faveur d’un Premier ministre qui n’a finalement pas froid aux yeux et qui est redouté par le Hizbollah.

Mais au-delà, et c’est sans aucun doute l’apport électoral le plus conséquent, cette situation de crise, si elle perdure au-delà des élections du 17 septembre, pourrait bien servir de prétexte au Premier ministre pour opter en faveur de la formation d’un gouvernement d’union ou d’urgence nationale avec Bleu Blanc, mais sans Liberman, devenu l’ennemi politique No1, et probablement aussi sans Yamina, conduite par Ayelet Shaked. Pour que cela se produise, il faudrait remplir deux conditions : que le Likoud s’impose nettement devant Bleu Blanc dans le nombre de mandats et que les deux grandes formations totalisent ensemble plus de 61 députés. On peut en effet aisément imaginer un cas de figure dans lequel Binyamine prendrait les devants et annoncerait au président, au lendemain des élections, que, s’il lui confie le soin de former une coalition, il s’efforcera de former un tel gouvernement d’union. Au moins jusqu’à ce que le conseiller juridique du gouvernement Avihai Mendelblit décide, ou non, de l’inculper. Dans un tel gouvernement, Benny Gantz pourrait sans problème être vice-Premier ministre et ministre de la Défense, et cela lui permettrait au moins de pénétrer dans le gouvernement pour la première fois sans avoir à endosser l’immense responsabilité du poste de chef de gouvernement. Un tel cas de figure serait un véritable pied de nez du Likoud envers Yamina. Il semble d’ailleurs que dans l’entourage de Shaked on ait compris ces derniers jours que ce scénario n’était pas aussi improbable qu’il n’y paraissait il y a peu. Et cela pourrait alors expliquer les joutes oratoires auxquelles se livrent Nétanyaou et Shaked ces derniers temps.

Daniel Haik