17 Kislev 5780‎ | 15 décembre 2019

La classe politique n’a toujours pas vraiment tiré les leçons du précédent scrutin

Les élections pour la 21e Knesset se sont tenues, il y a 3 mois et demi, à peine. Personne en Israël n’a oublié ce mercredi soir 29 mai lorsque les députés de cette 21e Knesset se sont fait un « hara-kiri » politique et public en votant en faveur de leur auto-dissolution. C’est pourquoi on aurait pu légitimement penser que les personnalités politiques aient tiré les leçons du tremblement de terre qu’ils ont provoqué. Mais, apparemment il n’en n’est rien.

Jugez plutôt : Au Likoud, d’abord : durant ces grandes vacances, Binyamin Nétanyaou s’en est pris plus d’une fois à ses incontournables partenaires de l’Union de la Droite, qui se fait appeler désormais Yamina. Au lieu de former avec Ayelet Shaked un solide bloc de Droite, le Premier ministre fait tout pour la discréditer et à travers elle, affaiblir Yamina dans l’espoir de glaner çà et là des voix dans ce parti. On sait parfaitement comment tout cela s’est terminé en avril dernier lorsque la Nouvelle droite s’est retrouvée à 1200 voix en deçà du seuil d’éligibilité. S’il avait été plus prudent, Binyamin Nétanyaou serait aujourd’hui Premier ministre à la tête d’une coalition de 64 mandats. S’il avait vraiment tiré les leçons de cet échec, le Premier ministre aurait plutôt dû tenter de séduire les électeurs centristes de Gantz, ceux qui considèrent qu’en matière de sécurité, Gantz ne fait pas encore le poids face à Nétanyaou même s’il a été chef d’état-major…

Le même reproche est à faire à Yamina et dans le cas précis au no 3 du parti, le ministre des Transports Betzalel Smotrich. Celui-ci semble avoir remplacé Naftali Benett dans le rôle du « trublion nationaliste » dont les déclarations suscitent débats et polémiques (en particulier sur l’Etat de halakha). Là encore : au lieu de jouer l’alliance entre le Likoud et Yamina, Smotrich revendique une ligne critique envers le Premier ministre, qui ne passe pas bien dans l’électorat nationaliste. Il lui reste 3 semaines pour tenter de rectifier le tir.

Plus à droite encore, trois partis ultra radicaux n’ont apparemment toujours pas compris les règles du jeu politique : Otzma Yehoudit de Ben Gvir, Zéout de Feiglin et Noam n’ont, de l’avis des experts, aucune chance de franchir le seuil d’éligibilité. Si ces trois formations se maintenaient jusqu’au scrutin, elles obtiendraient selon les sondages les plus favorables : 2 % pour Otzma, 2 % pour Zeout et moins d’1 % pour Noam. En d’autres termes, unies, ces trois formations récolteraient 5 % des voix soit plus de 5 mandats ! Mais divisées telles qu’elles le sont actuellement,elles peuvent faire perdre la Droite. Les observateurs nationalistes reconnaissent que l’attitude de ces trois partis et de leurs leaders est irresponsable, et ils affirment que se maintenir dans une course solitaire comme le fait par exemple Moché Feiglin est un pur suicide politique et le reflet d’une incapacité à bien lire la carte politique doublé d’un égo surdimensionné. Et qu’importe si Feiglin était prêt à s’unir avec Yamina. Le fait de ne pas se retirer humblement est , pour ces observateurs, un véritable sacrilège. A Otzma Yehoudit on dresse aussi des plans sur la comète et l’on croit dur comme fer que la sympathie d’une partie de l’opinion publique se transformera en votes surs, le 17 septembre sans comprendre qu’il n’y a rien de plus faux. Il faut ici rappeler que s’il avait agi avec un certain pragmatisme, Itamar Ben Gvir aurait pu être actuellement à la 7e de la liste unifiée avec la certitude de siéger au sein de la 22e Knesset. Son arrogance l’a conduit vers une impasse dont il essaie de s’extraire en affirmant que si Otzma passe le seuil, Nétanyaou aura ses fameux 61 députés… Mais à ce jeu là, les plus pathétiques sont, de loin, les responsables du parti Noam qui eux aussi sont persuadés d’entrer dans la prochaine Knesset et refusent de voir la vérité en face. Leur attitude radicale risque là encore de coûter très cher à la droite nationaliste le 18 septembre.

Centre-gauche : le cas du parti Bleu Blanc est complexe : de prime abord, il lui suffisait de renouveler, cet été, la campagne de promotion qui lui a permis d’obtenir le score très honorable de 35 mandats le 9 avril. Mais au lieu de cela, le parti s’embourbe, ces dernières semaines, dans d’incessantes luttes intestines qui laissent penser qu’au lendemain des élections, il volera en éclats. Sans parler de cette affaire de « taupe électorale » qui porte un coup à l’image « clean » du parti. Concrètement, Yaïr Lapid qui était le responsable de la campagne musclée d’avril dernier a été mis au placard par un Benny Gantz qui aujourd’hui semble vouloir rassurer les formations orthodoxes. Gantz comprend que sans les ‘Harédim, il n’a quasiment aucune chance de gouverner et il sait que pour le tandem Litzman-Gafni, Lapid est un obstacle infranchissable. Voilà pourquoi l’ex chef d’état-major se montre soudain plus nuancé dans ses déclarations liées aux orthodoxes. Seul problème, Gantz n’a pas encore tiré les leçons de son manque d’expérience politique. En effet, on ne compte plus les ratages médiatiques du leader de Bleu Blanc et trop souvent il ne parvient pas à subjuguer son auditoire et donne l’impression qu’il n’est pas heureux là où il est.

A Gauche : l’incapacité des formations de gauche (Meretz, Parti Travailliste et Parti démocrate de Barak) à s’unir risque de lui coûter cher. En effet cette étonnante répartition avec d’un côté Barak-MeretzStav Shaffir (transfuge travailliste) et de l’autre Amir Peretz et Orly Levy Abecassis prouve là encore que ces formations n’ont pas froid aux yeux ! Même si pour l’instant les deux franchissent le seuil d’éligibilité, rien ne nous permet de penser qu’un flux de voix en faveur de Bleu-Blanc n’entraînera pas la disparition « historique » du parti travailliste-Guesher qui dans certains sondages flirte avec ce seuil à 4 mandats à peine. Dans le cas où l’une des deux formations à gauche de Bleu Blanc ne passerait pas le seuil, la droite en tirerait un indéniable profit.

Les ‘Harédim et les Arabes : cependant, si la plupart des formations ne semblent pas avoir tiré les leçons du scrutin du 9 avril, il y en a tout de même qui ont su se montrer responsables et réfléchies face aux enjeux qui s’offrent à elles. Les premières sont les formations ‘harédiot : à vrai dire, ni Shass ni le Judaïsme unifié de la Torah ne font parler d’elles durant cette campagne électorale. De facto, elles n’ont qu’un seul souhait, ou plutôt, un double souhait : renouveler leur score électoral du 9 avril (8 pour Shass et 8 pour Judaïsme unifié) et assister à la victoire de Binyamin Nétanyaou. Pour le Premier ministre, les formations orthodoxes sont du pain béni sur le plan politique. Elles sont un îlot, certains diront une péninsule de stabilité et de maturité politique qui contraste singulièrement avec la pagaille qui règne par exemple au sein de la Droite nationaliste ou même à Bleu Blanc. Pour les formations orthodoxes pas question de recommander au président Rivlin un autre candidat que Binyamin Nétanyaou. Elles savent que tant que Mr Nétanyaou sera aux commandes du pays, elles pourront non seulement servir fidèlement leur électorat mais également conserver les postes de pouvoir qui sont les leurs ces dernières années.

Enfin, parmi les formations qui ont su corriger le tir après le 9 avril on trouve les 4 partis arabes israéliens. Qu’importe si d’un côté on trouve les communistes laïcs de Hadash et de l’autre les ultra-radicaux intégristes du mouvement islamiste israélien, avec les ultras de Balad au milieu. L’essentiel est qu’après avoir frôlé la catastrophe, le 9 avril les quatre formations arabes ont réussi à trouver un dénominateur commun pour former une liste unie qui pourrait leur accorder une représentation plus forte… En résumé, ce sont les deux composantes qui souvent sont mises au ban de la société israélienne, à savoir les ‘Haredim et les Arabes qui, à la veille de ce scrutin donnent le meilleur exemple et se comportent conformément à la logique électorale. A bon entendeur…