15 Adar II 5779‎ | 22 mars 2019

Ils ont découvert la mèche Voir plus clair, avec le rav Lionel Cohn

Il est clair qu’il ne saurait être question de généraliser et de prétendre que la haine des Juifs habite tous les « gilets jaunes », mais l’attaque de samedi contre Alain Finkielkraut est riche de signification. La haine du Juif est connue, elle est traduite comme la haine d’Essav contre Yaakov, mais elle est aujourd’hui recouverte et protégée par l’antisionisme. C’est à Israël qu’on s’attaque, plus qu’aux Juifs. Il est évident que l’antisémitisme de gauche s’allie à celui de droite, plus classique. Ce qui est important aujourd’hui, c’est de faire deux remarques différentes, concernant ces réactions « jaunes ». Il est d’abord intéressant de relever qu’il s’agit d’une nouvelle couleur : autrefois l’antisémitisme était brun – avec le fascisme, rouge – avec le communisme – quand Staline s’attaquait aux médecins juifs, verts – avec la haine des musulmans, et il semble aussi « jaune » actuellement. Une première remarque s’impose : l’antisémitisme s’intègre toujours dans un refus des valeurs démocratiques ; il s’attaque à la société organisée et il est toujours à la source des dictatures : le Reich hitlérien, le stalinisme, le terrorisme djihadiste ont un dénominateur commun : l’opposition à la démocratie. On aurait l’impression qu’il s’agit d’un virus qui ronge la société occidentale. En s’attaquant aux Juifs, c’est à l’organisation d’une civilisation que l’on s’en prend. Cette remarque s’applique aussi actuellement aux « gilets jaunes », qui n’acceptent pas l’autorité, s’inscrivent en dehors des règles démocratiques. Alain Finkielkraut, qui représente bien le Juif d’origine polonaise, intégré à l’établissement, puisqu’il est membre de l’Académie française, philosophe
reconnu, qui ne cache pas ses origines juives. Il apparaît clairement comme une cible idéale pour ceux qui n’ont comme doctrine que le désordre et le trouble de la société. Une deuxième remarque est essentielle : il ne saurait être question d’être défaitiste, ou à l’inverse triomphaliste. Il ne faut en aucun cas affirmer : c’est le moment de l’exode des Juifs. Ce serait le succès des antisémites : fuir la France, partir en Israël, ou en Amérique, ou au Canada. La communauté juive de France est visée, mais elle n’est pas en danger de mort. Il y a, grâce à D.ieu, des institutions importantes pour le maintien du judaïsme, pour l’essor de la pensée juive. Il y a des yéchivot, des synagogues pleines, D.ieu merci. Les écoles juives fleurissent, aujourd’hui plus qu’il y a cinquante ans : détruire cette floraison serait faire le jeu des antisémites, et, pire, serait une voie vers l’assimilation. La communauté juive de France se sent, certes, attaquée, mais il importe de ne pas céder aux sirènes, qui créent une atmosphère délétère. L’époque est, certes, messianique, l’Histoire est en marche, mais il faut veiller à rester prudent, et un départ organisé risque de détruire l’épanouissement actuel. Il est évident qu’aujourd’hui, Israël est un aimant qui attire, avec sa vie de Torah riche, comme elle ne l’a jamais été en exil. Cependant, soyons prudents : certes les dangers existent, mais si l’on sait, si l’on ressent la protection de la Providence, si l’on dit « D.ieu nous protège », sachons « raison garder », espérer la venue proche du Machia’h. En attendant, comme à chaque période de l’Histoire, il importe de se renforcer dans notre judaïsme, de lutter contre les mariages mixtes, et de préparer la venue
du « Retour total » des exilés, avec la construction du Temple, et l’avenir d’une paix mondiale comme l’affirme le prophète (après la disparition des ennemis, attendons le jour où « l’Eternel sera roi sur toute la terre, en ce jour l’Eternel sera UN et UNIQUE sera Son nom » (Zacharie 14,9).