15 Adar II 5779‎ | 22 mars 2019

L’Iran continue d’enrichir son uranium et de fabriquer des missiles en série

Head of the Iranian Atomic Energy Organization Ali Akbar Salehi attends the lecture "Iran after the agreement: Hopes & Concerns" in Vienna, Austria, September 28, 2016. REUTERS/Leonhard Foeger - D1BEUDWPMSAA

Alors que les feux de l’actualité sont braqués sur les activités militaires iraniennes en Syrie, Téhéran poursuit sans entrave son programme nucléaire de mise au point de missiles balistiques à moyenne et longue portées. Ne tenant pas compte de ses engagements – il est vrai seulement verbaux ! – consignés dans l’accord de Vienne (JCPOA) passé en juillet 2015 avec les six grandes puissances mondiales, l’Iran, devenu expert pour agir avec ruse en manipulant les décideurs de la scène internationale, continue
tous azimuts de préparer ses armes nucléaires et ses missiles porteurs. Pour ceux qui en douteraient, il suffit d’écouter ce qu’a dit récemment Ali Akbar Sale’hi, le chef du programme atomique iranien, dans une interview accordée le 22 janvier dernier à la télévision d’Etat en perspective des célébrations du 40ième anniversaire de la Révolution islamique,notamment quand il a affirmé que son pays poursuivra ses activités fissiles dans l’usine de production d’« eau lourde » d’Arak, et ce, à l’encontre du JCPOA… Des capacités intactes pour booster l’uranium Ainsi, contrairement à ce qu’avait prescrit cet accord, l’Iran s’est abstenu de recouvrir de béton le coeur du réacteur d’Arak pour le neutraliser, Salehi précisant à ce propos que les images publiées en 2016 montrant un réacteur iranien bétonné – après un rapport de l’Agence internationale à l’Energie Atomique (AIEA) ayant confirmé que l’Iran avait supprimé et rendu « inutilisable l’installation d’Arak » – avaient été… falsifiées ! Et d’expliquer, sourire narquois aux lèvres, que les négociations sur les aspects techniques des pourparlers sur le nucléaire furent menées à Vienne d’une façon qui a ensuite autorisé Téhéran à en contourner certaines dispositions à son avantage : « L’Iran n’a rien perdu à la suite de la signature de Vienne et l’Histoire le prouvera, a-t-il déclaré. Nous avons préservé nos capacités dans le domaine de l’enrichissement et nous continuons à fabriquer de nouvelles centrifugeuses. En fait, nous faisons tout ce que nous devons faire ! » Salehi a aussi révélé que l’Iran avait transféré 30 tonnes de matière fissile du 1er niveau (pour produire du combustible nucléaire) du site de production d’Ardakan à Ispahan sans doute vers la gigantesque usine de conversion
d’uranium de Natanz. Pire encore, il a suggéré que l’Iran continuait à « découvrir et à exploiter» l’uranium en envisageant de construire deux
réacteurs atomiques supplémentaires dans la province de Bushehr et à
fabriquer de l’eau lourde à Arak. Des dires confirmés par Behrooz Kamalvandi, le porte-parole de la Commission iranienne de l’Energie atomique, qui a dit que l’Iran restructurait le réacteur d’Arak avec l’aide de la Chine « alors qu’on pourrait le faire sans nulle aide étrangère » … Si bien que, selon Sale’hi, « l’Iran est désormais capable avec sa propre technologie nucléaire d’augmenter son pourcentage d’enrichissement d’uranium à 20 % en trois ou quatre jours » ! Des affirmations qui ont poussé certains experts américains à se reposer la question de savoir si leurs agences de renseignements ne s’étaient pas toutes complètement trompées sur les réelles capacités nucléaires iraniennes… Téhéran refuse de négocier sur son arsenal de missiles Evoquant les hésitations actuelles de l’Europe à prendre une position trop ostensiblement pro-iranienne, Salahi a précisé que son pays voudrait que l’Union européenne (UE) concrétise sa proposition
faite voilà deux mois de lancement d’un « mécanisme financier indépendant» pour contourner les nouvelles sanctions américaines et lui permettre d’accéder au système bancaire international. Toutefois, la tension s’est ravivée ces dernières semaines entre l’Iran et l’UE après que Téhéran eut été directement impliquée dans des activités terroristes sur le sol du Vieux-Continent, mais aussi en raison de plusieurs tirs d’essai de nouveaux missiles balistiques iraniens et de satellites dans l’espace. A ce propos, le porte-parole de la diplomatie iranienne, Bahram Qasemi, a formellement démenti, voilà quelques jours, que son pays négociait secrètement avec la France sur son programme de missiles balistiques, comme l’avait laissé entendre le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian qui s’est même déclaré prêt à imposer de nouvelles sanctions contre l’Iran : « Ce programme défensif de missiles vise à assurer la sécurité de notre pays, a dit Qasemi. Car nous ne voulons pas avoir des difficultés en achetant nos armes à l’étranger. Il n’y a donc pas de négociations – secrètes ou pas – avec la France ou tout autre pays sur ce dossier qui restera de toute manière non-négociable ». Rappelons que la République islamique possède plus d’un millier de missiles à courte et moyenne portées et qu’elle fournit des dizaines de milliers de roquettes en tous genres à ses alliés non-étatiques comme le Hezbollah libanais et le Hamas de Gaza. Toutefois, au moment même où l’on apprenait en fin de semaine dernière l’existence d’au moins deux nouveaux types de missiles iraniens, le Département d’Etat annonçait que Washington ne relâchera pas
sa pression pour dissuader l’Iran de poursuivre son programme balistique. Autant de tensions qui incitent l’aile conservatrice des dirigeants iraniens
– avec l’appui du Guide suprême, l’ayatollah Khameinei – à critiquer le gouvernement du président Rou’hani et à lui reprocher de ne pas s’être encore retiré du JCPOA…
Richard Darmon